A Clignancourl
A BROSSETTE. 637
vous me ferez en la censurant, par la peine que vous aurez à la deviner. La voici :
Du repos des humains implacable ennemie ,
J’ai rendu mille amans envieux de mon sort;
Je me repais de sang , et je trouve ma vie Dans les bras de celui qui recherche ma mort.
Tout ce que je puis vous dire par avance, c’est que j'ai tâché de répondre par la magnificence de mes paroles à la grandeur du monstre que je voulois exprimer. Adieu, mon cher monsieur, aimez-moi toujours, et croyez que je suis avec tout le respect et toute la sincérité que je dois....
P. S. Je donnai à dîner il y a deux jours à M. Bronod , à Àuteuil, et il fût très-affectueusement et très-solennellement bu i votre santé.
Paris, 4 novembre <703.
Je ne vous ai point écrit , monsieur , depuis longtemps , parce que j’ai été un peu malade, et fort accablé d’affaires. Vous êtes un véritable Œdipe pour deviner les énigmes; et si les couronnes se donnoient aujourd’hui à ceux qui en pénètrent le sens , je suis sûr que vous ne tarderiez pas à vous voir roi de quelque bonne et grande ville. Mais, si vous avez très-bien reconnu que c’étoit la puce que j’ai voulu peindre dans mes quatre vers, vous n’avez pas moins bien deviné , quand vous avez cru que je ne digérerois pas fort aisément l’insulte ironique que m’ont fait1 de gaieté de cœur, et sans que je leur en aie donné aucun sujet, MM. les journalistes de Trévoux. Comme j'ai fait profession jusqu’ici de ne me point plaindre de ceux qui m’attaquent , et que je les ai toujours rendus complaignans, j’ai cru en devoir encore user de même en cette occasion, et je les ai d’abord servis d’une épigramme. ou plutôt d'une espèce de petite épître en seize vers, où je leur ai marqué ma reconnoissance sur leur fade raillerie. Je ne saurais vous dire avec combien d'applaudissemens celte épitre a été reçue de tout le monde; et j’ai fort bien reconnu par là que non-seulement je ne suis pas haï du public, mais qu'ils lui sont fort odieux. Je m’imagine que vous avez grande envie de voir ce petit ouvrage, et il n’est pas juste de retarder votre curiosité. Le voici :
Aux révérends pires auteurs du journal de Trévoux.
Mes révérends pères en Dieu’, etc.
Au reste , comme ils ne m’ont pas attaqué seul , et qu’ils ont traité très- indignement mon frère, au sujet du livre des Flagcl-
<• On écrirait maintenant faite. — 2. Épigramme XXXV.
LETTRES DE BOILEAU
lans , je me suis cru aussi obligé de le défendre contre la mauvaise foi avec laquelle ils l’accusent, eux et M. Thiers1, d’avoir attaqué la discipline en général, quoiqu’il n’en reprenne que le mauvais usage ; c’est ce que je fais voir par l’épigramme suivante, qui court aussi déjà le monde :
Aux pères journalistes de Trévoux.
Non , le livre des Flagellons* , etc.
Cette épigramme n’est pas si bonne que la précédente. Elle dit pourtant assez bien ce que je veux dire , et défend parfaitement mon frère de la chose dont on l’accuse. Je ne sais pas ce que MM. les journalistes répondront à cela ; mais , s’ils m’en croient . Us profiteront du bon avis que je leur donne par la bouche de Regnier, notre commun ami. Je n’ai pas vu jusqu’ici que ceux qui ont pris à tâche de me décrier y aient réussi. Ainsi je leur puis dire avec Horace :
Nec quisquam noceat cupido mihi paeis ; at ïlle Qui me commdrit, melius non tangere clamo ».
Ce qu’il y a de certain , c’est que tout le tort est de leur côté. La vérité est que je me déclare dans mes ouvrages ami de M. Arnauld, mais en même temps je me déclare aussi ami des écrivains de l’école d'Ignace, et partant je suis tout au plus un molinojanséniste. C’est ce que je vous prie de bien faire entendre à vos illustres amis les jésuites de Lyon , que je ne confondrai jamais avec ceux de Trévoux, quoiqu’on me veuille faire entendre que tous les jésuites font un corps homogène , et que qui remue une des parties de ce corps , remue toutes les autres ; mais c’est de quoi je ne suis point encore parfaitement convaincu. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit point en notre querelle d’aucun point de théologie; et je ne sais pas comment messieurs de Trévoux pourront me faire janséniste , pour avoir soutenu qu’on ne doit point étaler aux yeux ce que leur doit toujours cacher la bienséance. Ce que je vous prie surtout, c’est de bien faire ressouvenir M. Perrichon de la sincère estime que j’ai pour lui. Je suis....
Paris, 7 décembre 4703.
J’ai tardé jusqu’à l’heure qu’il est , monsieur , à vous écrire , parce que j’attendois pour le faire que messieurs de Trévoux eussent répondu à mes épigrammes dans leur nouveau volume , afin de voir et de vous mander si j’avois la guerre ou non avac