Horace, liv. II, satire V, vers
A BROSSETTE
ces lions pères ; mais étant demeurés dans le silence à mon égard , voilà toutes nos querelles finies , et vous pouvez assurer MM. les jésuites de Lyon que je ne dirai plus rien contre aucun de leur compagnie, dans laquelle, quoique extrêmement ami delà mémoire de M. Arnauld , j’ai encore d’illustres amis , et entre autres, le père de La Chaise, le père Bourdaloue et le père Gaillard. Car pour ce qui regarde le démêlé sur la grâce, c’est sur quoi je n’ai point pris parti, étant tantôt d’un sentiment, et tantôt d’un autre. De sorte que m’étant quelquefois couché janséniste tirant au calviniste , je suis tout étonné que je me réveille moliniste approchant du pélagien. Ainsi, sans les condamner ni les uns ni les autres , je m’écrie avec saint Augustin : O altitudo sapientix ! mais, après avoir quelquefois en moi-même traduit ces paroles par : Oh! que Dieu est sage! j’ajoute aussi en même temps : Oh! que les hommes sont fous ! Je m’imagine que vous entendez bien pourquoi cette dernière exclamation , et que vous n’y comprenez pas un petit nombre de volumes.
Mais pour répondre maintenant à la question que vous me faites sur la prononciation du mot de Trévoux , et s’il faut un accent sur la pénultième , je vous dirai que c’est vous qui avez entièrement raison , et que ma faute vient de ce que je n’avois jamais entendu prononcer le nom de cette ville , avant les journaux de messieurs de Trévoux. Trouvez bon que je ne vous écrive rien davantage cet ordinaire, parce que le retour de M. Valincour de l’armée navale m’a surchargé d’occupations. Aimez-moi toujours, croyez que je vous rends la pareille, et soyez bien persuadé que je suis très-passionnément, etc....
P. S. On dit qu’on a découvert à Lyon l’auteur du fameux meurtre de Savary : voulez-vous bien me mander ce que vous savez là-dessus.
Parts, 25 Janvier (70*.
Ce n’est pas, monsieur, à un homme qui a tort, à se plaindre d'un homme qui a raison. Cependant vous trouverez bon que je ne m’assujettisse pas aujourd’hui à cette règle, et que tout coupable que je suis de négligence à votre égard , je ne laisse pas de me plaindre de votre peu de diligence depuis quelque temps à m'écrire. Quoi! monsieur, laisser passer tout le mois de janvier sans me souhaiter, du moins par un billet, la bonne année! Cela se peut-il souffrir? Vous me direz que j’ai bien laissé passer le mois de novembre et celui de décembre sans répondre à deux lettres que j’ai reçues de vous; mais doit-on se régler sur un paresseux de ma force, et pouvez-vous vous dire homme exact, si vous ne l’êtes que deux fois plus que moi? Sérieusement , je suis fort en peine de n’avoir point eu depuis très-longtemps de vos nouvelles. Auriez-vous été indisposé? C’est ce que j’appréhenderois le plus. Faites-moi donc la grâce de me rassurer sur
LETTRES DE BOILEAU
ce point, et de me dire pourquoi dans votre dernière lettre vous ne parlez point de mon accommodement avec messieurs de Trévoux. Cet accommodement est maintenant complet, et le père Gaillard est venu , de la part de MM. les jésuites de Paris, témoigner à mon frère le chanoine qu’on avoit fort lavé la tête à ces Aristarques indiscrets, qui assurément ne diroient plus rien contre lui ni contre moi. Je ne m’étois enquis du prisonnier fait à Lyon que parce qu’on m’avoit dit qu’il avoit confessé l’assassinat horrible de Savary ', commis à Paris, et dont on n’a encore eu aucune lumière. Du reste, je ne m’intéresse pas trop au vol fait à M d’Arco , à qui je veux bien qu’on rende son argent , mais à qui je ne crois pas qu’on puisse rendre sa réputation qu’il a très-justement perdue au siège de Brisach. Je suis , avec beaucoup de sincérité et de reconnoissance....