‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 473 sur 492 · Laurent Dugas , prévôt des marchands en · texte numérisé non relu

Laurent Dugas , prévôt des marchands en

A BUOSSKTTE.

que le quinquina de l’amitié et du devoir ne sauroient guérir. Que voulez-vous, monsieur? Je ne puis pas me rebâtir moi-mêmeet tout ce que je puis faire , c’est de convenir de mon crime.

Je vous dirai pourtant qu’il ne me seroit pas difficile de trouver de méchantes raisons pour le pallier, puisqu’il n’est pas imaginable combien depuis très-longtemps je me suis trouvé occupé de la méchante affaire que je me suis faite par ma satire contre V Équivoque , qui est 1 ouvrage que je vous avois promis de vous communiquer. A peine a-t-elle été composée que l’ayant récitée dans quelques compagnies, elle a fait un bruit auquel je ne m’attendois point; la plupart de ceux qui l'ont entendue ayant publié et publiant encore , je ne sais pas sur quoi fondés, que c’est mon chef-d œuvre. Mais ce qui a encore bien augmenté le bruit, c’est que dans le cours de l’ouvrage j’attaque cinq ou six des méchantes maximes que le pape Innocent XI a condamnées; car, bien que ces maximes soient horribles, et que, non plus que ce pape, je nen désigné point les auteurs, MM. les jésuites de Paris, à qui on a dit quelques endroits qu’on a retenus, ont pris cela pour eux, et ont fait concevoir que d’attaquer l’équivoque, c’étoit les attaquer dans la plus sensible partie de leur doctrine. J’ai eu beau crier que je n’en voulois à personne qu’à l’équivoque même , c’esta-dire au démon qui, seul, comme je l’avance dans ma pièce, a pu dire qu on n est point obligé d'aimer Dieu ; qu’on peut prêter sans usure son argent à tout denier; que tuer un homme pour une pomme, n est point un mal, etc.; ces messieurs ont déclaré qu’ils etoient dans les intérêts du démon, et sur cela, m’ont menacé de me perdre, moi. ma famille et tous mes amis. Leurs cris n’ont pourtant pas empêché que Mgr le cardinal de Noailles, mon archevêque, et Mgr le chancelier1, à qui j’ai lu ma pièce, ne m aient jeté tous deux à la tête leur approbation et le privilège pour la faire imprimer si je voulois; mais vous savez bien que naturellement je ne me presse pas d’imprimer et qu’ainsi je pourrai bien la garder dans mon cabinet jusqu’à ce qu’on fasse une nouvelle édition de mon livre’. On en sait pourtant plusieurs lambeaux; mais ce sont des lambeaux, et j’ai résolu de ne la plus dire qu à des gens qui sûrement ne la retiendront pas. La vérité est qu à la fin de ma satire j’attaque directement MM. les journalistes de Trévoux , qui , depuis notre accommodement, m’ont encore insulté dans trois ou quatre endroits de leur journal; mais ce que je leur dis ne regarde ni les propositions, ni la religion; et d ailleurs je prétends , au lieu de leur nom , ne mettre dans l’impression que des étoiles, quoiqu’ils n’aient pas eu la même circonspection à mon égard. Je vous dis tout ceci , monsieur, sous le

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