Par Grimaresl
A BROSSETTE
prends le parti de ne tous point écrire, plutôt que de vous écrire toujours la même chose. Je vous dirai pourtant qu’à l’égard de vos deux dernières lettres , à cette raison ordinaire que je pourrois vous alléguer, il s’en est encore joint une autre beaucoup plus valable et plus fâcheuse, je veux dire un rhume effroyable qui me tourmente depuis un mois, et pour lequel on me défend surtout les efforts d’esprit. Quelque défense pourtant qu’on m’ait faite, je ne saurois m’empêcher de m’acquitter aujourd’hui de mon devoir, et de vous dire, mais sans nul effort d’esprit, que l’illustre ami qui m’a apporté de votre part l’excellent livre de M. Puget , est un très-galant homme. J’ai eu le bonheur de l’entretenir une heure durant, et il m’a paru très-digne de l’estime et de l’amitié que vous avez pour lui. Pour M. Puget, que vous saurois-je dire, sinon que jamais personne ne m’a fait mieux voir combien , dans les objets même les plus finis , les merveilles de Dieu sont infinies , et combien ses plus petits ouvrages sont grands? Je vous prie de lui. bien témoigner de ma part à quel point je l’honore et le révère. J’ai lu son livre plus d’une fois. J’admire combien vous êtes d’hommes merveilleux dans Lyon. Je doute qu’il y en ait dans Paris de meilleur goût et de plus fin discernement. Faites-moi la faveur de leur bien marquer à tous mes respects, la gloire que je me fais d’avoir quelque part à leur estime.
On dit que vous allez bientôt avoir dans votre ville le fameux M. le maréchal de Villeroi. Il y a beaucoup de gens ici qui lui donnent à dos sur sa dernière action 1 ; et véritablement elle est malheureuse : mais je m'offre pourtant de faire voir, quand on voudra, que la bataille de Ramillies est toute semblable à la bataille de Pharsale. et qu’ainsi , quand M. de Villeroi ne seroit pas un César, il peut pourtant fort bien demeurer un Pompée.
Parlons maintenant de votre mariage. A mon avis, vous ne pouviez rien faire de plus judicieux. Quoique j’aie composé, animi gratta , une satire contre les méchantes femmes, je suis pourtant du sentiment d’Alcippe , et je tiens comme lui :
..Que pour être heureux sous ce joug salutaire,
Tout dépend, en un mot, du bon choix quon sait faire’.
Il ne faut point prendre les poètes à la lettre. Aujourd'hui c’est chez eux la fête du célibat : demain c’est la fête du mariage. Aujourd’hui l’homme est le plus sot de tous les animaux : demain c’est le seul animal capable de justice , et en cela semblable à Dieu. Ainsi, monsieur, je vous conjure de bien marquer à madame votre épouse la part que je prends à l’heureux choix que
t . Il venoil de perdre la bataille de Ramillies en Flandre le 23 mai