‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 483 sur 492 · NEUVIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ÉDITION

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LETTRES DE BOILEAU

Je ne tous parle point ici de M. Vaginai ni de tous vos autres célèbres magistrats , parce qu’il faudrait un volume pour vous dire tout le bien que je pense d’eui, et que je n’oserois encore vous écrire qu’un billet , que je cacherai même à Helvétius. Vous ne sauriez manquer de réussir auprès de M. Coustard* qui n’a fait graver mon portrait que pour le donner à des gens comme vous. Adieu, mon cher monsieur, aimez- moi toujours, et croyez que je suis très-sincèrement....

Paris, 7 août <708.

Vous avez raison, monsieur, je vous l’avoue, d’être surpris du peu de soin que j’ai de répondre à vos obligeantes lettres ; mais je crois que votre étonnement cessera, quand je vous dirai que je suis, depuis trois mois, malade d’un tournoiement de tête, qui ne me permet pas les plus légères fonctions d’esprit , et que c’est par ordonnance de médecin , c’est-à-dire du médecin hollandois , que je ne vous écris point. Aujourd’hui pourtant il n’y a médecin qui tienne-, et je vous dirai, sauf le respect qu’on doit à Hippocrate, que j’ai lu l’ouvrage que vous m’avez envoyé, et que j’y ai trouvé beaucoup de latinité et d’agrément. La satire qui y est traduite* est la sixième en rang dans mes écrits; mais la vérité est que c’est mon premier ouvrage puisque je l'avois originairement insérée dans l’Adieu de Damon à Paris, et que c’est par le conseil de mes amis que j’en ai depuis fait une pièce à part contre les embarras des rues , qui m’ont paru une chose assez chagrinante pour mériter une satire entière.

Je voudrois bien vous pouvoir envoyer toutes les traductions qui ont été faites ici de mes autres ouvrages , et dont la plupart sont imprimées; mais je serais bien en peine à l'heure qu’il est de les trouver, parce que j’en ai fait présent, à mesure qu’on me les a données, à ceux qui me les demandoient. Je vois bien que dans peu il n’y aura pas une de mes pièces qui ne soit traduite; car le feu y est dans l’Université. J’aurai soin de les amasser pour vous ; mais il faut pour cela que ma tête se fixe , et que j’aie permission d’IIelvétius. En effet , je doute même qu’il me pardonne de vous avoir écrit aujourd’hui, sans son congé, ce long billet. Toutefois j’y ajouterai encore que j’ai pâli à la lecture de ce que vous m’avez mandé du péril où s’est trouvée notre chère ville de Lyon. Vous savez bien l’intérêt que j’ai à sa conservation. Je vous dirai pourtant que dans la frayeur que j’ai eue, j’ai beaucoup

< . Ancien prévôt des marchands , procureur général en la cour des monnoies de Lyon.

2. Conseiller au Parlement, qui avoit fait peindre Boileau par Rigaud, et ensuite graver ce portrait.

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