‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 66 sur 492 · Rolliu, Lengiel et Saint-Remi. — 3. Sat. IX, v · texte numérisé non relu

Rolliu, Lengiel et Saint-Remi. — 3. Sat. IX, v

entend le françois. Il n’est pas moins certain que tous les bons connoisseurs trouvent le même esprit , le même art et les mêmes agrémens dans ses autres pièces que dans ses satires. Je ne sais donc , monsieur , comment vous vous êtes pu promettre qu’on ne seroit point choqué de vous en voir parler d’une manière si opposée au jugement du public. Avez-vous cru que, supposant sans raison que tout ce que l’on dit librement des défauts de quelque poète doit être pris pour médisance , on applaudiroit à ce que vous dites : a que ce ne sont que ces médisances qui ont fait rechercher ses ouvrages avec tant d’empressement; qu’il va toujours terre à terre , comme un corbeau qui va de charogne en charogne ; que tant qu’il ne fera que des satires comme celles qu’il nous a données , Horace et Juvénal viendront toujours revendiquer plus de la moitié des bonnes choses qu’il y aura mises ; que Chapelain , Quinault, Cassagne et les autres qu’il y aura nommés, prétendront aussi qu’une partie de l’agrément qu’on y trouve viendra de la célébrité de leurs noms qu’on se plaît d’y voir tournés en ridicule ; que la malignité du cœur humain , qui aime tant la médisance et la calomnie , parce qu’elles élèvent secrètement celui qui lit au-dessus de ceux qu’elles rabaissent, dira toujours que c’est elle qui fait trouver tant de plaisir dans les œuvres de M. Despréaux, etc.?»

Vous reconnoissez donc, monsieur, que tant de gens qui lisent les ouvrages de M. Despréaux , les lisent avec grand plaisir. Comment n’avez-vous donc pas vu que de dire , comme vous faites , que ce qui fait trouver ce plaisir est la malignité du cœur humain , qui aime la médisance et la calomnie , c’est attribuer cette méchante disposition à tout ce qu’il y a de gens d’esprit à la cour et à Paris?

Enfin , vous devez attendre qu’ils ne seront pas moins choqués du peu de cas que vous faites de leur jugement, lorsque vous prétendez que M. Despréaux a si peu réussi, quand il a voulu traiter des sujets d’un autre genre que ceux de la satire, qu’il pourroit y avoir de la malice à lui conseiller de travailler à d’autres ouvrages.

Il y a d’autres choses dans votre préface que je voudrois que vous n’eussiez point écrites ; mais celles-là suffisent pour m’acquitter de la promesse que je vous ai faite d’abord de vous parler avec la sincérité d’un ami chrétien, qui est sensiblement touché de voir cette division entre deux personnes qui font tous deux profession de l’aimer. Que ne donnerois-je pas pour être en état de travailler à leur réconciliation plus heureusement que les gens d’honneur que vous m’apprenez n’y avoir pas réussi ! Mais mon éloignement ne m’en laisse guère le moyen. Tout ce que je puis faire, monsieur, est de demander à Dieu qu’il vous donne à l’un et à l’autre cet esprit de charité et de paix , qui est la marque la plus assurée des vrais chrétiens. Il est bien difficile que dans ces

A CHARLES PERRAULT

contestations on ne commette de part et d’autre des fautes, dont on est obligé de demander pardon à Dfeu. Mais le moyen le plus efficace que nous avons de l’obteni», c’est de pratiquer ce que l’apôtre nous recommande : a de nous supporter les uns les autres, chacun remettant à son frère le sujet de plainte qu’il pOurroit avoir contre lui, et nous entre-pardonnant, comme le Seigneur nous a pardonné. » On ne trouve point d’obstacle à entrer dans des sentimens d’union et de paix , lorsqu’on est dans cette disposition : car l’amour-propre ne règne point où règne la charité; et il n’y a que l’amour-propre qui nous rende pénible la connoissance de nos fautes, quand la raison nous les fait apercevoir. Que chacun de vous s’applique cela à soi-même, et vous serez bientôt bons amis. J’en prie Dieu de tout mon cœur , et suis très-sincèrement,

Monsieur, etc.

SATIRE XI

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