‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 91 sur 492 · Célèbre comédienne · texte numérisé non relu

Célèbre comédienne

fiPITRE VII.

Le commandeur 1 vouloit la scène plus exacte ;

Le vicomte indigné sortoit au second acte1 :

L’un , défenseur zélé des bigots mis en jeu ,

Pour prix de ses bons mots le condamnoit au feu*;

L’autre, fougueux marquis, lui déclarant la guerre,

Vouloit venger la cour immolée au parterre4.

Mais , sitôt que d’un trait de ses fatales mains La Parque l’eût rayé du nombre des humains,

On reconnut le prix de sa muse éclipsée.

L’aimable comédie avec lui terrassée,

En vain d’un coup si rude espéra revenir,

Et sur ses brodequins ne put plus se tenir.

Tel fut chez nous le sort du théâtre comique.

Toi donc qui , t’élevant sur la scène tragique ,

Suis les pas de Sophocle, et, seul de tant d’esprits,

De Corneille vieilli sais consoler Paris,

Cesse de t’étonner si l’envie animée,

Attachant à ton nom sa rouille envenimée ,

La calomnie en main quelquefois te poursuit En cela , comme en tout , le ciel qui nous conduit ,

Racine, 'fait briller sa profonde sagesse.

Le mérite en repos s’endort dans la paresse :

Mais par les envieux un génie excité Au comble de son art est mille fois monté.

Plus on veut l’affaiblir, plus il croît et s’élance.

Au Cid persécuté Cinna doit sa naissance;

Et peut-être ta plume aux censeurs de Pyrrhus Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.

Moi-même, dont la gloire ici moins répandue Des pâles envieux ne blesse point la vue,

Mais qu’une humeur trop libre , un esprit peu soumis ,

De bonne heure a pourvu d’utiles ennemis ,

Je dois plus à leur haine, il faut que je l’avoue,

Qu’au foible et vain talent dont la France me loue.

Leur venin, qui sur moi brûle de s’épancher,

Tous les jours en marchant , m’empêche de broncher.

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