‹ Œuvres complètes de Bordeu, précédées d'une notice sur sa vie et sur ses ouvrages. Tome premierChapitre 68 sur 75 · NEUVIÈME FAIT · texte numérisé non relu

NEUVIÈME FAIT

Ceux qui ont ouvert des cadavres de sujets morts des écrouelles , se sont aperçus que toutes leurs glandes lymphatiques , notamment celles du cou , et souvent même les glandes conglomérées et les viscères glanduleux , sont plus ou moins engorgés , durcis , et , comme on dit , squirrheux ou tuberculeux.

Mais on n’a* pas exactement déterminé la nature de ces tumeurs ; on ne les a pas suivies dans toutes les modifications qu’elles souffrent ; on n’a pas assez bien marqué leurs différences : voici nos observations à cet égard :

Tantôt les glandes sont simplement tuméfiées , ou plus étendues que dans l’état naturel : la substance qui les compose est à l’ordinaire une sorte de parenchyme ni trop dur ni trop mou ; on diroit que la glandé a seulement grossi.

Cet état est bien différent de celui où elles se trouvent desséchées , maigries, recroquevillées sur elles-mêmes, sans’ être devenues dures , comme si elles avoient été seulement arrêtées dsyas leur accroissement.

Tantôt elles sont plus ou moins grosses et dures, calleuses comme de la couenne de lard) elles paroissent pleines d’une subi stance ligamenteuse qui occupe leur cavité, leur écorce, ou quel, qu’un de leurs côtés : cette substance naît souvent au centre et s’étend vers la circonférence en manière de rayons j il semble que la glande ait été déprimée, serrée, et que ses différentes portions se soient collées pour composer un tout homogène • ce qui paroît d’autant plus singulier , qu’il y en a souvent de semblables qui ont grossi au lieu de diminuer.

Enfin on les trouve quelquefois plus ou moins pleines d’une substance semblable au suif, à la graisse, à la chaux ou à une terre blanchâtre.

Celles qui ont suppuré sont calleuses , irrégulièrement grossies , souvent imbibées de sucs étrangers, et carnifiées ou dénaturées au point qu’il est impossible de reconnoître la structure naturelle qui les distingue des autres parties.

Au reste , quelle que soit leur modification , elles sont quelquefois enfermées dans une sorte de capsule ligamenteuse , cartilagineuse , plus ou moins épaisse , et connue sous le nom de kiste. Les glandes qui sont simplement engorgées , pt celles qui sont desséchées , sont moins communément enkistées que celles qui sont devenues calleuses : le kiste paroît beaucoup plus ordinairement dans celles qui sont changées en substance sébacée et pierreuse) mais il ne s’y trouve pas toujours , même dans ces cas.

Ces observations reviendront lorsqu’il sera question du traitement des tumeurs écrouelleuses j il s’agit ici de connoître autant qu’il se pourra la mécanique de ces changemens : ils sont sans doute une suite du dérangement qui arrive à la nutrition du corps glanduleux) et voici comment on peut concevoir ce dérangement.

La glande avant pris quelque consistance , n’est qu’un peloton de substance cellulaire , sur lequel les vaisseaux rampent et s’étendent d’une manière particulière ( troisième fait). Cette substance se développe par couches, dont les unes paroissent avant les autres , et se durcissent dans le même rapport : des humeurs aqueuses qui arriveront en grande quantité vers la glande ainsi constituée , engorgeront les vaisseaux et les relâcheront ) ils eu rendront tout le parenchymè plus mollasse , plus gonflé , ce qui fera l’engorgement simple de la glande.

Le suc nourricier étant appauvri et se trouvant en petite quantité , ne sera porté que fort difficilement vers le corps glanduleux où les vaisseaux sont presque sans ressort ; et celui-ci ne se nourrissant presque plus , ne grossira point : au contraire, il se flétrira, et on le trouvera desséchç et rapetissé.

Si ce suc est abondant et en même temps trop tenace , trop gluant ou peu aqueux , la glande grossira pendant un temps j mais les feuillets de la substance cellulaire n’étant plus séparés par une rosée aqueuse qui leur est nécessaire pour qu’ils ne se collent pas , se colleront en effet ) ils ne formeront qu’un corps : la glande sera calleuse ou ligamenteuse , et les callosités paraîtront

le plus dans les endroits où la pression des vaisseaux aura été la plus forte.

Ce suc nourricier croupissant livré à lui-même , et qui n’aura pas les qualités nécessaires pour former des lames de substance cellulaire durables , s’aigrira et fermentera : sa constitution se bouleversera; il deviendra comme du suif, comme de la terre suivant que les mouvemens spontanés seront plus ou moins dérangés.

Or, comme la glande qui est elle-même divisée en mille et mille feuillets de substance cellulaire , est aussi renfermée toute entière dans des productions de cette substance , il est évident qu’a proportion qu’elle grossira , plusieurs lames seront appliquées les unes contre les autres; ce qui formera le kiste , plus apparent lorsque le suc nourricier est abondant et qu’il s’épanche irrégulièrement, parce qu’ alors il est lui-même étendu en couches concentriques par la pression des parties du voisinage , et par les nouveaux sucs qui entrent dans la cavité de la glande , ou bieir en couches excentriques, ce qui fait des kistes multipliés qu’on trouve Souvent dans un seul.

Quant à la carnification des corps glanduleux qui se trouve surtout dans ceux qui ont suppuré, elle n’est autre chose qu’une extension irrégulière de la substance cellulaire qui prend le dessus sur toutes les autres parties; ce qui arrive dans toute sorte de cicatrices , comme nous le remarquerons plus bas.

Tel est à peu près le mécanisme de tous les changemens qui arrivent aux glandes des écrouelleux : les observations réitérées en démontrent les fondemens, et ce que les auteurs en disent s’accommode fort bien à notre théorie.

En effet, Tulpius a fort bien remarqué dans les glandes d’un écrouelleux une grande quantité de petits tubercules , comme des lupins qui gardoient toujours cet ordre , que les plus gros étoient sur les plus petits, qui alloient toujours en diminuant , tant qu’ils étoient enfin comme des grains de sésame, qui ne laissoientpas d’avoir leur petite peau , de laquelle il pouvoit se former une petite écrouelle ; ce qui revient à ce que nous avons dit des couches de la substance cellulaire.

Ainsi Rhodius a guéri un tubercule aqueux au front, qui se • seroit, dit-il , converti en méliceris ou sté atome ; ce qui prouve l’épanchement d’une matière propre à se concréter par degrés , comme nous l’avons dit. Rivière a trouvé dans une écrouelle, comme de l’eau claire , qui se seroit certainement épaissie , ainsi que la matière gluante que FabriciusHildanustiroit d’un squirrhe, et qui s ’apierrissoil à l’air.

En un mot , il arrive à toutes les glandes ce qui survient aux sublinguales qui se changent en grenouillette , que Salmuth , Thomas Bartholin , Aquapendente , Severinus , Baillou et^ bien d’autres ont vu contenir de la matière comme du blanc d’œuf, un suc mielleux , blanc ou noirâtre, et une substance sébacée ou plâtreuse. Nous avons vu ces glandes squirrheuses en imposer

pour des vers , parce que les squirrhes remuoient dans les mou-

vemens de la langue.

Au reste , il n’est pas douteux que toutes les parties solides ne se ressentent dans les écrouelleux de la disposition dans laquelle leurs glandes se trouvent : elles sont moins bien nourries; la substance cellulaire qui les forme en partie n’a pas Yégalité et la ductilité convenables , ce qui doit nécessairement déranger la digestion , la transpiration et les autres excrétions, plus ou moins sensiblement, lies liqueurs sont de même plus ou moins atteintes des mauvaises tournures , qui se développent plus évidemment dans les sucs des glandes ; ce qui’se prouve , outre ce que nous avons remarqué ci-dessus, en examinant attentivement le sang qu’on tire à des écrouelleux : on aperçoit aisément qu’il est plus aqueux , plus glaireux, moins rutilant, moins vif que celui des gens qui se portent bien; il a beaucoup de rapport avec le sang des filles qui ont les pâles couleurs , et quelque ressemblance avec le sang des hydropiques , c’est-à-dire qu’il est moins bien travaillé ; tout cela dépend du dérangement des fonctions dont nous parlions tout à l’heure.

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