TRAITEMENT GÉNÉRAL DES ÉCROUELLES
Il ne faut pas moins , pour guérir un écrouelleux décidé , que changer entièrement sa constitution, ou donner une nouvelle tournure à son tempérament ; il seroit inutile de s’attacher aux symptômes uniquement : il est important d’aller droit à la cause.
Le penchant qu’ont dans cette maladie les humeurs à s’aigrir, et le peu de consistance qu’a acquis le suc nourricier, sont nécessairement accompagnés d’un dérangement plus ou moins sensible dans la digestion et dans la transpiration , comme on peut aisément le conclure de tout ce que nous avons dit jusqu’ici , et de ce que nous avons déjà remarqué ci-dessus.
Il est essentiel de porter d’abord ses vues sur les premières voies, puisque c’est dans ces parties que prend sa source une humeur pernicieuse , qu’il faut nécessairement épuiser ; et que d’ailleurs elles influent singulièrement, et par une mécanique peu connue , sur toutes les fonctions.
Les purgatifs et les émétiques. Les purgatifs sont nécessaires j quelques bons praticiens que nous avons indiqués au commencement les conseillent. Aux écrouelles , dit Jouhert d’après Chauliac , les purgatifs font grand profit. Etmuller veut qu’on y emploie l’hellébore noir j Baillou conseille une poudre laxative ; et enfin l’usage du mercure doux est recommandé par tout le monde pour cette maladie.
11 est vrai qu’il paroît qu’on donne ce dernier remède à titre d 'altérant, et que la plupart des auteurs n’ont pas fait grand usage des purgatifs décidés pour les écrouelles : nous n’en trouvons guère qui aient vanté l’usage des vomitifs autant que Fuchsius, il dit que vomi tus debet assidu'e provocari ; malgré cela, les vomitifs ont été communément regardés comme des remèdes trop vifs : ce
qui est enfin dégénéré en habitude , qui a souvent en médecine ]a force de loi.
Mais ayant réfléchi sur ce que Galien , et , après lui , Montanus , disent avoir guéri des squirrhes cancéreux par des purgatifs réitérés , et l’expérience nous ayant instruit là-dessus , nous ne saurions nous empêcher de dire que quel que soit l’état d’un écrouelleux, les purgatifs réitérés font toujours de bons effets sur lui, pourvu qu’il soit en état d’en supporter l’action : les vomitifs même donnés plus souvent qu’on ne pourroit le croire , nous ont toujours paru avoir des succès très-heureux.
D’un côté , l’évacuation souvent copieuse des sucs glaireux qu’ils procurent dans cette maladie , dégage efficacement les premières voies, répare le défaut de transpiration, remet la digestion et emporte des levains de matière acide ; et d’autre part , ces remèdes remettent le ton des nerfs gastriques , et redonnent par là une force notable à toutes les parties du corps.
En un mot , les vomitifs et les purgatifs employés sagement , mais avec une confiance et une fermeté qu’on acquiert par les succès , sont aussi nécessaires dans les écrouelles que dans toutes les autres maladies chroniques et aiguës.
C’est au praticien éclairé à j>réparer le corps par la saignée et les autres remèdes ordinaires , et à bien saisir les contre-indications qui peuvent sé présenter par l’état de la poitrine et du bas-ventre ; niais plusieurs exemples nous ont appris qu’il ne faut pas trop s’amuser à des remèdes préparatoires, ni se multiplier à soi-même par des idées puisées dans la théorie, les motifs de crainte : nous ne nous sommes fait les lois dont nous parlons , qu’aprës avoir vu des cas où nous n’osions pas nous décider, et qui réussissoient entre les mains de gens plus hardis que nous. Ceci pourroit regarder d’autres maladies que les écrouelles ; mais c’est à celle-là seulement que nous nous bornons ici.
Le vomitif qui à paru lui être le plus approprié, est Vipécacuanha: on a dit qu’il fondoitles sucs visqueux des premières voies; ce qu’il y a d’assuré , c’est qu’il en fait souvent rendre une quantité prodigieuse : nous osdns en appeler à l’expérience ; qu’on le donne dans ces enfans dont le cou est gorgé et bouffi dans sa totalité, daps ces filles qui ont des glandes au cou , des maux aux yeux , et qui sont dans un abattement général, ainsi que dans ceux qui ont de vieux ulcères écrouelleux : on verra , malgré les terreurs paniques des malade*, que tout change en bien deux ou trois jours après l’effet du Vomitif; nous n’indiquons ici aucun cas que nous n’ayons vu bien des fois avec toute la réflexion qu’il exigeoit.
Quant à l’espèce des purgatifs , les doux , tels que la manne et la casse, nous Ont manqué quelquefois, quoiqu’ils procurassent des évacuations; elles n’étoient pas plénières , si on peut parler ainsi; elles ne nous paroissoient être que l’excrétion des humeurs déjà mobiles et contenues dans les intestins , dont l’intérieur étant enduit d’un vernis glaireux, avoit besoin d’être irrité jusqu’à un certain point : aussi nous sommes-nous restreint à employer, en
pareil cas , autant qu’il est possible , le séné et le jalap dont l’usage devient si rare, parce qu’ils excitent quelquefois de certaines douleurs passagères; comme si ces douleurs même que l’on prétend, éviter, n’étoient pas l’effort le plus salutaire qui puisse arriver aux intestins, et la suite nécessaire de l’heureuse impression des remèdes : nous employons aussi souvent les purgatifs avec le quinquina, dont nous parlerons ci-dessous; les sels catarthiques nous sembleroient convenir à certains égards; mais nous n’avons point d’expérience là-dessus; et nous laissons ce point à discuter à ceux qui ont accoutumé de les èmptoyer plus que nous nè faisons.
Les absorbans. Les absorbans sont presque de tous les remèdes pris intérieurement, ceux qui ont le plus réuni le suffrage des différens auteurs; il en est peu qui n’en recommandent l’usage, comme Etmuller , Ruland et tant d’autres : l’éponge brûlée et la pierre ponce ont été très-communément données pour tels; Thomas Burnet parle de quelqu’un qui juroit avoir souvent guéri des écrouelles (pluries) avèc des pilules faites de miel et les cendres d’une taupe.
Tous ces témoignages ne sauraient que donner un grand poids à l’usage de ces remèdes , qui sont aussi employés ordinairement dans les Pyrénées; on en combat les goitres comme les écrouelles, et nous en avons vu quelquefois des effets surprenans.
Nous employons les absorbans les plus communs comme les plus assurés; tels sont les coraux , les yeux d’écrevisses, et la magnésie, blanche, que nous avons vu que des charlatans gardoient comme un secret rare et précieux , et dont ils n’accordoient la connoissance qu’à ceux qui avoient pour eux une confiance aveugle et à l’épreuve , ou bien à ceux qui la leur payoient bien cher.
Ces remèdes n’agissent pas tant sans doute , en enlevant aux sucs contenus dans les premières voies quelques parties d’acide auxquelles ils -se joignent, qu’en purgeant très-enicacement par leur union àvec les acides ; ce que nous avons vu arriver à la magnésie blanche avec un succès marqué.
D’ailleurs, ils réveillent aussi l’action de V estomac et des intestins, qui, étant irrités dans une seule partie , reprennent leur jeu dans toute leur longueur ; ce que Juhker a très-bien remarqué après S tant : or, c’est de cette action tonique surajoutée aux intestins des écroiielleux , que nous attendons la révolution favorable à leurs premières voies , comme nous le dirons tout à l’heure.
Les amers, le quinquina. LaôWôu. nous ayant indiqué l’usage de la pimprenelle , de la véronique et de la fumeterre dans les écrouelles, et ayant trouvé dans Thomas Burnet le chamedris et la scolopendre en décoction , fort vantés pour la même maladie ; nous avons jugé , vu la constitution glaireuse ou pituiteuse de l’estomac de ceux qui en sont atteints, et l’inertie assez évidente dans laquelle leur bile se trouve , que les amers étaient très-convenables dans ces cas.
Nous nous sommes borné au quinquina , que nous regardons comme un des stomachiques des plus efficaces.1!! n’a jamais manqué
de redonner l’ appétit , de dissiper les langueurs d’estomac, et la sorle de dévoiement et de foiblesse qui arrivent souvent aux écrouelleux ; bien entendu que nous avons fait précéder les évacuans.
D’ailleurs le quinquina est un des amers qui étend le plus évidemment son action sur le sang et sur toute la machine : les belles cures que Morton a faites avec ce remède (et qui le lui ont fait trop vanter ) suffiraient pour établir ce que' nous avançons , si l’on ne savoit outre cela les effets surprenans qu’il a produits sur quelques gangrènes. Nous lui avons vu , pour ce qui nous concerne, opérer des guérisons qui semblent incroyables; et pour nous renfermer dans la maladie que nous traitons , nous avons souvent observé , comme nous venons de le dire , qu’il redonne l’action , le jeu de la respiration , la couleur , la gaieté aux écrouelleux , et qu’il change en moins de temps qu’on ne saurait le croire l’état de leurs ulcères , en leur donnant un coup d’œil , une consistance et une sensibilité quelquefois nécessaire , ce que les baumes ne produisent pas , joint à ce qu’il y a presque toujours dans les écrouelleux des espèces de redoublemens de fièvre , de douleurs ou de tumeurs plus ou moins marqués; ce qui vient de la débilité de leur estomac , qu’il faut souvent relever, avec les précautions dont nous parlerons plus bas.
Les anti-scorbutiques. Nous avons encore tiré de grands avantages de l’usage des anti-scorbutiques alkalins , tels que le cresson et le cochléaria , dont il n’est pas nécessaire de vanter la vertu , et dont on voit évidemment le rapport avec l’état glaireux et temdant k l’acidité , qui rend les humeurs des écrouelleux sans presr que aucune vivacité , et leurs solides sans jeu.
Ainsi l’ipécacuanha et les purgatifs réitérés, l’usage des absorbans , des plantes crucifères et du quinquina différemment combinés et administrés avec les précautions convenables , suivant que le cas l’exige , sont les principaux secours que nous fournissons aux premières voies des écrouelleux, afin de leur donner la force nécessaire pour vaincre le penchant des humeurs qui y croupissent , et de celles qui y aboutissent , et pour les disposer à fournir un chyle plus vif, et soutenir leurs oscillations, qui influent sur tout le reste du corps.
Les laitages. On nous opposera peut-être ce que Baillou opposoit à Rondelet; c’est que ce dernier ordonnoit pour les écrouelles des mèdicamens qui ont trop de chaleur , et que l’humeur des écrouelles étant âcre , mordante et salée , il convient de l’adoucir et de diminuer son activité par des incrassans et des relâchans , au lieu de l’effaroucher par des toniques et des spiritueux; enfin , bien des gens seront peut-être de l’avis du même Baillou , qui conseilloit le petit-lait et le lait d’ânesse , avec plusieurs autres auteurs, notamment Wiseman , qui le met au rang des spécifiques pour les écrouelles.
Il s’en faut beaucoup que nous soyons éloigné de l’usage de ces remèdes adoucissans , lorsqu’on ne les donnera que pour ce qu’ils valent , et dans des cas où il est important de relâcher et
d’humecter beaucoup , comme il y en a ; ce que nous dirons p}us bas : mais autre chose est de donner un remède comme préparatoire , autre chose est de le regarder comme spécifique ou curatoirè
Le lait, par exemple , est souvent très-bon pour préparer , p0Ur corriger certains symptômes urgens : il peut même être employé à titre d’aliment ; mais l’expérience apprend tous les jourl à ceux qui suivent ae près les maladies , et qui savent ne pas prendre un faux calme pour une guérison, qu’il ne produit rien moins que les effets qu’on en attend. Il est d’ailleurs directement contraire à l’indication principale qu’il y a à remplir, autant qu’il est possible, dans le traitement des écrouelles y c’nst celle qui est tirée de la cause qu’on doit combattre : en un mot, le lait favorise l’état d’inertie , de foiblesse , d’affaissement , et peut-être de sécheresse dans lequel les solides se trouvent dans les écrouelleux • il porte dans les liqueurs un chyle prêt à s’aigrir , pour peu qu’il trouve des dispositions dans le sujet ; ce que nous prouverons principalement par l’exemple des femmes écrouelleuses , qui , lorsqu’elles deviennent nourrices , sont souven| sujettes à des engorgemens extraordinaires dans le genre glanduleux j par celui des enfans à la mamelle , qui sont très-communément attaqués de tumeurs qui ont plus ou moins de rapport aux écrouelles j et enfin par celui de nos montagûards qui se nourrissent de laitages, et qui sont plus écrouelleux que ceux qui boivent du vin.
On verra pourtant ci-dessous que nous employons ce remède ; mais ce n’est qu’en l’aiguisant , ou lorsque nous y sommes forcé , notre intention est de faire sur les écrouelles un changement qui a du rapport à celui que l’on fait dans les enfans que l’on sévre ; c’est de leur donner des forces , en accoutumant leur estomac à la digestion de quelque chose de plus actif que le lait , et à fournir au sang un suc nourricier plus solide.
L’effet de tous les remèdes dont nous venons de parler est passager j ils n’agissent presque que sur les premières voies j mais il s’agit de renouveler toute la lymphe , de fournir des sucs mucilagineux plus abondans à tout le tissu cellulaire, d’ouvrir les couloirs de la peau , sans compter qu’il faut aller emporter les embarras des glandes , et quelquefois des os.
Les eaux minérales. Il est donc important d’avoir un médicament général, si on peut s’exprimer ainsi, ou qui agisse sur toute la machine , qui fasse des révolutions permanentes , et qui ait enfin le degré d’efficacité nécessaire , avec la douceur convenable.
Les eaux minérales , les Bonnes en Bearn , et celles de Barèges dans le Bigorre , nous ont fourni cette sorte de remède : on sait Mut ce qui a dit sur leur nature savonneuse , huileuse , sulfureuse , sur leur odeur d’œuf cuit , sur leur chaleur de différens degrés , et sur leurs sels neutres , le marin , et un sel vitriolique semblable à celui d’Epsom , qu’elles contiennent en très-petite quantité. Voici ce qui nous a engagé à les employer pour les écrouelles.
i°. Elles font transpirer, prises en bain , beaucoup plus qu’un bain d’eau commune chaude au même degre' ; ce que nous avons prouvé , en faisant peser deux hommes qui se sont baignés , l’un dans l’eau naturelle chaude , l’autre dans l’eau Bonne et celle de Barèges : celui qui prit le bain d’eau minérale , perdit de son poids beaucoup plus que l’autre ; l’état de souplesse et de douceur qu’elles donnent à la peau , indique la même propriété , aussibien que la moiteur souvent abondante qu’elles excitent étant prises intérieurement.
2°. Elles font rendre , quand on les boit pour de certaines maladies , une grande quantité de glaires , ou du moins elles les disposent à sortir par l’action du moindre purgatif, et quelquefois d’un simple lavement ; elles remettent l’appétit et la digestion , et elles redonnent des forces , et souvent de l’embonpoint.
3°. Elles donnent au sang une constitution plus vive , plus forte, plus élastique ; ce qui se prouve par les couleurs qu’elles procurent à la plupart des filles chlorotiques , par l’inspection de leur sang lorsqu’elles ont pris des eaux un certain temps : on s’aperçoit aisémfent qu’il est devenu rutilant, vif, quelquefois comme fcelui des pleurétiques ; ce qui est encore indiqué par l’effet qu’elles produisent sur le sang extravasé ; car elles le. raréfient ; et lorsqu’on fait bouillir le mélange d’eau minérale et de sang, ce dernier ne se coagule point , comme cela lui arrive avec toute autre eau; la fièvre légère et salutaire que les eaux excitent , est encore une preuve de la même propriété.
4°. Nous leur avons vu , entre mille cas que nous pourrions citer , redonner la souplesse et le mouvement à des membres , des jambes et des bras, qui étoient dans une sécheresse extraordinaire , et «n convulsion depuis des années entières , et davantage ; dissiper des dépôts de lait dans plusieurs parties du corps et dans les mamelles; fondre quelques tumeurs, aux aines, gu .dos, sous les aisselles et au cou ; cicatriser de vieilles fistules sans carie et avec carie, dans tous les os du corps humain , depuis le pied jusqu’à la tête, aux orbites, au palais, dans les narines, dans les oreilles , à la nuque , au cou , à l’épine du dos , aux côtes , au sternum , à l’os sacrum , aux os innommés , et à tous ceux des extrémités; sans parler de ce que nous leur avons vu faire sur des maladies internes.
5°. Enfin nous avons éprouvé que les concrétions de la bile ou les pierres de la vésicule du fiel , les tumeurs squirrheuses, certaines espèces de pierres des reins et de la vessie , étant mises à tremper dans ces eaux , diminuent à la longue, et se dissolvent du moins en partie : nous avons observé qu’elles se mêlent avec le pus mieux que l’eau commune , ainsi qu’avec la lymphe , et surtout avecle lait, qu’elles ne le caillent pas , même par l’ébullition , et qu’elles le rendent plus propre à résister à l’action des acides ; mais ces dernières expériences n’étant ni aussi décisives , ni aussi multipliées que les observations faites sur le corps vivant , c’est aussi aux premières que nous nous en tenons.
U n’est personne qui n’en conclue qu’elles indiquent que nos
eaux peuvent être très-salutaires aux écrouelleux : l’événement confirme cette idée, à bien des égards; mais l’expérience nous ayant appris qu’il y a des écrouelles qui résistent à nos eaux , et que celles qu’elles guérissent sont sujettes à des récidives, nous avons cru qu’il falloit leur joindre un autre remède.
Les frictions mercurielles. Nous n’avons pas été long-temps à nous déterminer ; le mercure s’est bientôt présenté à nous comme ayant les qualités nécessaires pour faire le complément à nos eaux. Instruit par Warton , qui dit que fréquenter strumœ evanescunt mercurii salivatione ; et par Amatus Lusitanus , qui en a guéri inunctione mercurii; rassuré d’ailleurs contre l’opinion de bien des auteurs, qui n’en disent pas un mot dans le traitement des écrouelles , par celle de tant d’autres qui ne cessent de vanter l’usage du mercure doux et des autres préparations mercurielles , nous nous sommes déterminé pour les frictions : non que le mercure ou ses préparations prises intérieurement ne nous aient paru avoir quelques bons succès ; mais c’est que nous avons cru qu’inti’oduit immédiatement dans le tissu de la peau , il agit plus efficacement.
Nous ne doutons pas que , pris intérieurement , et appliqué extérieurement, il ne puisse entrer dans les voies de la circulation , ou dans les artères et les veines qui tiennent au cœur ; mais à dire vrai , il semble que s’il y entroit comme on le pense cominunément, il devroit s’accumuler dans les ventricules du cœur, et y causer bien des ravages : or, comme nous n’avons jamais vu ce cas , et que des auteurs que nous nous rappelons , il n’en est qu’un cité dans le Dictionnaire de Médecine , qui dit avoir trouyé le mercure ainsi accumulé dans le cœur, comme d’autres qui l’ont trouvé dans des cavités osseuses , et comme Cheine , qui l’a aperçu sur la peau meme, nous sommes porté à croire que ce minéral agit très - souvent , sans entrer dans la cavité des vaisseaux , et èn passant d’un lieu à un autre , dans la substance cellulaire et ses interstices.
Le mercure confondu avec les humeurs dans les vaisseaux , s’accumuleroit comme dans une bouteille dans laquelle on le meleroit avec du sang , et qu’on secoueroit, sans faire un changement notable sur ce même sang, comme on peut l’éprouver. Ce que le mercure fait dans une bouteille , il le feroit dans un vaisseau sanguin ou dans un lymphatique; les veines ne sauroientle faire mouvoir , et les artères ne l’empêcheroient pas de se joindre à celui qui arriveroit de nouveau : encore une fois , n’étant pas miscible avec les humeurs, et étant d’une pesanteur spécifique si différente de la leur, il s’accumuleroit : on auroit beau l’avoir divisé ; dès que deux parties de ce minéral circuleroient dans le même vaisseau , elles' se joindroient , ou dans le tronc ou dans les ramifications.
Au lieu qu’en supposant qu’il passe d’une cellule à l’autre , qu’il va et vient en parcourant les mêmes routes , dans lesquelles il est toujours aussi gêné que lorsqu’il y est entré , il paroît sensiblement
qu’il doit faire une grande quantité de compressions , qui seront comme autant de petites ligatures qui étrangleront les vaisseaux, et^jui en augmenteront l’action. Il agira sur la substance cellulaire, en la comprimant, en l’étendant , en donnant à ses couches une grosseur égale , et en facilitant les voies à celles qui doivent se former de nouveau ; il brisera , si l’on veut, les concrétions qu’il rencontrera j mais son effet principal sera toujours d’exciter un mouvement comme fébrile dans les derniers capillaires , qui sont ceux qui doivent fournir la matière de la nutrition , et que nous croyons être dans les écrouelleux dans un état d’inertie , d’abattement et d’amaigrissement pareil à celui qui se trouve dans l’estomac ; ou pour mieux dire , qui fait lui-même la sécheresse , la délicatesse et là fôiblëSse des viscères.
Quoi qu’il en soit de toutes ces questions, qui tiennent plus qu’on ne pourroit le penser à de grandes recherches sur l’économie animale , if est évident que nos eaux et le mercure s’aident mutuellement , et que l’effet que ces deux causes produisent doit être bien plus assuré; joint à ce que chacun agit à sa manière, chacun combat la maladie selon ses forces.
Les eaux , outre ce que nous ën avons dit ^agissent à titre de menffrue , qui dissout les concrétions que le mercure à brisées , et elles les emportent avec les excrétions générales. Ce qu’il y a encore de plus notable , c’est qu’elles s’incorporent avec la lymphe nourricière , qui s’étend avec aisance dans les espaces que le mercure a parcourus : ce qui fait penser ainsi , c’est que les eaux augmentent dans tous les ulcères la suppuration , ou le travail de la cicatrisation;; elles épaisissent -en même temps le pus, et le rendent plus égal , plus liant, plus propre à réparer les pertes > qu à coller les parties les unes aux autres : c’est ce qui fait la qualité vulnéraire si connue dans ces eaux.
Or , ce qui se passe dans un ulcère évident , se passe de même à peu- de chose ‘près dans toute sorte de maladies : les parties se relâchent ; elles acquièrent leur mouvement naturel ; les tumeurs qu’elles contiennent se dissipent , parce qu’il s’y fait une sorte de cicatrisation qui commence par des fontës du par une suppuration qui dissipe la matière des arrêts que les excrétions emportent, et qui donneoècasion A l’épanchement d’une matière plus louable , qui doit succéder à celle qui s’en va.
Ainsi, guérir un écrouelleux , c’est, pour donner une autre face à ce dont noua parlions ci-dessus au sujet des premières voies , c’est mettre en suppuration insensible presque toutes les couches du tissu cellulaire , dont la; substance est mal constituée , et réparer les pertes , ou remplacer les exfoliations ; C’est ce que nos eaux font par le secours du mercure.
Remarquez que l’un et l’autre de cés remèdes s’opposent à l’effet de l’acrimonie acide que nous avons supposée dans le sang des écrouelleux : les eaux l'embaument; èt le mercure lui donneune tournure bilieuse , qui le fait pencher du côté de la pourriture plutôt que vers l’acidité , comme l’odeur fétide de ceux gui salivent le fait seule assez voir.
45o DISSERTATION
Tqut concourt à rendre F alliage de ces deux remèdes, si efficaces par eux-mêmes , bien plus recommandable ; ils s’aidènt mutuellement , comme nous, l’ ayons déjà dit : les eaux diminuent la férocité du mercure , et rendent ses effets plus durables, en fournissant un baume qui répare toutes les pertes que le poids , )a sécheresse . et l’action du minéral occasionnent ; elles, facilitent la digestion et remettent les excrétionV^ en nourrissant lç& vaisseaux à proportion qu’elles leur donnent les dispositiqns favprables aux évacuations ÿ ce qui fait que ceux-ci conservent long-temps le pli qu’ils Reçoivent , et qui s’oppose, h clés rechutes.
Le régime. Npus ne nous ;so.mines pas bornes ,, pour le traite* ment des écrouelles , à l’ application des médicamens dont nous venons de parler : nous sentions bien , et tous les auteurs sont de mêhte avis.Jà-dessus , qff il. y àyoit beaucoup, à attendre du régime , aipgi, que de l’usage des-çhoseshoif pafu; celles; ,*
Quant au régime certains auteurs le demandent de s siccatif Il peut en .effet ç.Qpvepirdens .la disposition mollasse et foible de quelques écrouelleux ; mais, il fauf.souvent employer les incrassaus et les, adoucissans : il y a. enfin ;à cet égard bien : des réflexions à faire , ,q.ùi s’opposent à l’établissetoent d’une: loi. générale ; c’eït au pratiçjén, à, se retourner sqiyant l’occasion, qui, se présente : nous no,n's contenterons, de placer ici quelques .remarques au sujet des médicament qui semblent: combattre dirèctement .l’acrimQiiie acide qui §e, trouve établie dans les estomacs de la plupart des écrouelleux., .
Il paroît ff’abprd: que le lait me epnviëntjpas dans cet état d’acrimonie , ce qui , joint à ce. que: nous avons dit ci-dessus de son usage , devrait le faire exclure dans le traitement, des écrouelles; mais il faut avouer qu’il passe quelquefois à merveille , malgré, l’acidité, de? sucs des premièresvoies : peut-être même cette acidité est-elle .nécessaire^, pour la, bonne .digestion des laitages j ce qu’il y a d’assuré , c’est , encore un© fois , qu’ils passent quelquefois très-bien. . ,
be meilleur remède que , nous a, vpns trouvé pour l’empêcher de déranger la, digestion ,, c’est de le mêler avec nos eaùx; ce mélange purge souvent les premiers jours ; mais dans les, suites li se digère à merveille par des estomacs qui ne peuvent supporter que ce, méla.n,ge : il y en a qui sont dans ce cas:; et c’est alors qu’on est obligé ff’ avoir rççpujrç.ml; non comme médicament, mais comme aliment.
C’est toujours malgré uojîs , que nous l’employons. : nous lui préférons , autant qu’il se peut , les farineux fermentés , et les sucs des viandes légères; mais nous sommes quelquefois réduits au lait, et cela parce qu’il faut , pour que la digestion se fasse bien , nàn-seulenient un certain, rapport entre , les humeurs de l’estomac et l’aliment dont. on se: nourrit , mais: encore entre ce* même aliment et les forces de l’estomac.
Les acides dominent dans les estomacs des epfans , ou dans celui de quelques adultes dont les forces digestives sont aussi débiles;
SUR LESÆfcftÔEE'LLES. fît
(dépendant on rfroit d’un BoerhaaVierrf frtir, fidèle à' ses prihcipes , viendroit prbposer dans Çes Cas de;s viandes tendantes à la pourriture , du sanglier, dugibiér y dès àlôüettes , parce que M. James, très-scrüjfiiléüs'emèrit attaché à qetté dbçt.rine dés acrimonies , auïoit dit danS"febh Dictionnaire que rPafô«rê^e fcnsàhl beaucoup d’exercice, Mit&ls-tiôlatifodâiyèkïWè'èxàltés étses'sùcs alkalescéhs: Les absorbans sont alors les principaux remèdes , parce (qu’ils agissent ,! comme hgus Pavons remarqué , en réveillant le ressort de l’èsrdffiac , ainsi qüè lès esprits volatils huileuxdéSil- -vius Deiebôé , 'bienixn'énagés , dbritnbüs avons vu de forts bonà effets , précisément dans des cas de tumeurs froides et d’épànchenient de lait. : . ' • . ;
D’ailléuas , de lait-convient pendant f usage des frictions ttiercü^ riellesq mnus. l’employons quelquefois, mais nous1 'le quittons le plus fôt qu’il est ^possible , pour en venir aux alimens qiied’habitude ‘du malade y le goût et les circonstances qu’on ne peut pas prévoir , indiquent au praticien. Nous ne saurions , par éxediple , jamais consentir à -eè qu’atteste Dionis , que les enfahsqui vivent de légumes et de fruits sont presque tous écrouelleux' .• nous pouvons certifier J sans prétendre être du nombre des Pythagoriciens .aussi rigides qu^ MMi Hecquet et Cliéine , avoir observé que les légumes , surtout lés choux, sont, fort bons pour les écrouelleux * ne fût-q.e quq patce qu’ils tiennent Je, ventre libre. Nous avons aussi vu plus .d’une fois , que lu grand ; usage des châtaignes et des raisins les soulagent beaueonp ^ jemdis^ipjtnt les embarras d’entrailles > en calipant des fièvres vetetes Jbux opiniâtres, et en procurant, de l’embonpoint. , ...î. , . , ' ; . ..
Etînh , nous, ayons vu des gens ; qui re^ajdoient la rue comme spécifique pour les écrouelles , et qyi en nourrissaient ( pour ainsi di?e) les écronèiieüx’ les années pntii?çp& Jet.jÏQÙ.$ ‘ayçrçis. appris., à n’en pouvoir doutër, quelque bon effet de ceite plante , dont les anciènà àVoi'ent fait la base du mitljridate , ét que tous’ les, auteurs recommandent Comblé alexipbârmaqüe çpn'trè Içplilegme , et les tumeurs froides et pituiteuses , mais que nous ne regardons point comblé spécifique , parce que nous avons vu que ceux qui l’emploient conime .telle se trompent souvent. . / ( . .
te changement d’air. Rien bé lions paroît plus utile ‘ aux (pcronelieui. que; le changement d’air et cfhatûtudes f. les, habitons dés villes (.doivenj, toujours se flatter de .trouver dans l’air ffç; bos montagnes ixn refnède qui produira d’heureuses .rqyolutiqns sur la. machine .y l’exercice qu’on y fait , les objets qpi st’y, présentent , les alimens moins déguisés par fart dont on y ; us£ , ■ K, .vje, libre qu’on y mène,- tout concourt à,: fayori&çi:,.cqs. révolutions-, dqnt nous pourrions, rapporter des exemples sans, nombre j outre qu’il est important d'user de nos eaux à leur source. , ,
Ce qu’il y a de singulier, c'est que quoique l’air de nos montagnes convienne aux habitons des villes , celui des villes ne-' convient pas à nos montagnards, qui, étant devenus écrouelleux dans leur air natal , devroient naturellement se flat’tér de trouver un remède dans un air différent du leur ; mais celai des ville* est pour
eux si peu convenable , les aliraens.dont on les; nourrit ont si peu de rapport avec leur estomac , les moeurs mêmes des villes les tiennent dans un état si éloigné de celui qui leur est propre dans leurs hameaux , qu’ils ne sauroient le supporter ?.. nops en avons vu plusieurs qui sont tombés malades par cette rqison seule , qu’ils
étaient dans des villes , leur enpui aggravant singulièrement 'leurs
maux. Les écrouelles mêmes se déclarent quelquefois en peu de temps dans des montagnards devenus habitans des plaines , tandis qu’ils se portoient fort bien chez; eux. Cooten,tqns-nous de quelques observations à ce sujè^ qui ne laisse pas d’être fort important.:
i°. Lès cadets de’ certaines bonnes maisons de paysans de>nos montagnes se destinent ordinairement à l’état êcdésiastiquë; le séjour qu’ils font en conséquence dans les villes change quelque-fois leur tempérament d’une manière si remarquable ,rqu’ils sont constamment , Ou les seuls écrouelleux de la famille , ou du moins les plus foibles , tandis que leurs frères qui vivent, léi six. mois, de l’année sur les montagnes sous de simples cabanes,, sujets à toutes les injures du temps , se portent mieux qu’eux. , ' *
2°. Nos vieillards ont observé que depuis que lés mœurs dès montagnards deviennent plus douces et plus ressemblantes à celles des villes, ils deviennent èùx-mêmes plus foibles, plus timides, plus sujets à un grand nombre d’infirmités qu’ils ne connoissoient pas même autrefois , et notamment aux écrouelles.
Il y a dés cantons entiers oir les hommes ont évidëmmênt dégénéré depuis qu’ils se sont interdit les danses et lés jeux de force , la paume, et les autres violens exercices; la race de ces anciens Cantabres si redoutables aux Romains s’est perdue.
3°. Entre plusieurs exemples que nous pourrions rapporter, nous noüs contenterons d’observer ce qui est arrivé l’année dernière à un enfant qu’une princesse prit en affection à Barèges. Il couchOit sur la dure, ou tout au plus sur le gazon qu’il partageoit âvec les brebis, il n’avoit pour vivre que le peu de mauvais pain que ses pareils pauvres pouvoient lui fournir, avec' quelques verrés de petit-lait souvent fort aigri. Il s’avisa de mendipr; Ü frappa tout le monde par sa candeur et par ses saillies naturelles : il mérita les bontés de la princesse; mais il en a peu profité : car depuis qu’il à été placé comme il faut, couché à son aise , nourri mollement , et qu’on lui a donné les premiers principes d’éducation , il est devenu très-malade : son foie et son mésentère se sont engorgés, les écrouelles se sont décidées; il est aujourd’hui mort ou mourânt. Cette révolution s’?st passée dans un an : car il se portoit à merveille l’année passéé , èt pàroissoit jplus vigoureux et plus sain que ses frères ses aînés, qui sont aujourd’hui très-forts, 'quoique les écrouelles ne laissent pas de se faire entrevoir chez eux.
C’est un. mauvais servie? à rendre à nos montagnards que de leur changer la nourriture , et de leur prescrire des exercices nouveaux pour eux : ceux qui s’attendrissent sur leur situation en les voyant mal couverts, mal logés, mal nourris, toujours sur des
rochers escarpes , ne connoissent pas la valeur réelle de cet état. Il approche plus de celui qui est naturel à l’homme que celui des habitans des villes 5 la multiplicité des sensations que ceux-ci éprouvent, leurs coutumes, leur maintien ^ leurs occupations, leurs alilnens , tout des tient dans une gêne qui arrête le cours des mou* vemens nécessaires pour exécuter pleinement-toutes les fonctions.
Il arrive aux humeurs des montagnards qui passent dans les villes ce qui Arrive à l’estomac des enfans qu’on surcharge de viande; il s’y décide une sorte de putridité, qui est la cause de mille infirmités.
La solidité , le poids , la lourdeur des alimens pâteux dont nos montagnards se nourrissent , et qu’on peut comparer au pain grossier de Westphalie dont Hoffmann a parlé , sont nécessaires pour exciter leurs forces digestives ; ils languissent lorsqu’on leur donne quelque chose de plus léger : il est vrai qu’il leur arrive de faire des digestions qui les rendent sujets aux écrouelles ; mais la difficulté même qu’ils ont à digérer suspend le développement du virus écrouelleux , ou paroît en fixant les oscillations vers l’estomac , les empêcher de se porter irrégulièrement vers le système glanduleux.
Quoi qu’il en soit , on ne doit pas toujours se flatter de faire une révolution heureuse dans le ctirps de nos écrouelleux des montagnes , en les transportant’ dans les villes ; mais comme il est bon de les disti*aire de leurs occupations ordinaires , au moins pendant le temps du traitement de leurs infirmités, il convient de les faire voyager de vallée en vallée , d’une source à l’autre : il est de fait que celle auprès de laquelle il sont nés , quoique semblable â celle qu’ils iront prendre un peu loin , leur est moins utile j tout ce qui a un air d’habitude n’est plus un objet de sensibilité.
Ceux qui ont tant recommandé l’usage1 des remèdes que chaque pays fait naître , n’ont pas assez senti la nécessité ou l’utilité de ces maximes : d’ailleurs nos montagnes sont pour celui qui les connoît bien un petit monde , où l’on trouve tous les climats dans la même saison.