ARTICLE IV
Suite des blasphèmes du ministre, et qu'il fait la Trinité véritablement informe en toutes façons.
.XXIV. Que la foi de la Trinité a été informe, selon le ministre, durant plus de trois siècles entiers, et que ses propres excuses achèvent de l'abîmer. —
L rat., ie<(. vr, p. 269 , 285.
ETAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
Ce n'est pas non plus une conséquence, mais un dogme exprès de M. Jurieu, de dire qu'au troisième siècle, et bien avant dans le quatrième, la Trinité était encore informe, et que les Personnes divines passaient véritablement pour inégales. C'est sur cela qu'il me reproche de m'èlre emporté à des invectives, des exclamations et des pauvretés qui sont honte à la raison humaine'. Mais ici, comme dans le reste, vous allez voir que plus il s'échauffe, plus visiblement il a tort. « L'évoque de Meaus se » récrie, continue-t-il, sur ce que j'ai dit que ce » mystère demeura informe jusqu'au premier con- » cile de Nicée, et même jusqu'à, celui de Constan- » tinople. Mais, ajouta-t-il , un enfant aurait en- » tendu cela; et tout le monde comprend que tout » cela signilie que l'explication du mystère de ia B Trinité et de l'Incarnation demeura imparfaite et » informe jusqu'au concile de Constantinople. » C'est aussi ce que j'entendais , et je suis content de cet aveu. Il poursuit : « Car pour le mystère en » soi-même, ou tel qu'il est dans l'Ecriture sainte, ') il a toujours été tel qu'il doit être et dans sa per- » feclion. » Vous le voyez, mes chers frères; ce docteur fait semblant de croire qu'on lui objecte que la Trinité ne fut formée qu'au concile de Constantinople , et que ce concile y a mis la dernière main. Mais, pour me servir de ses paroles , un enfant verrait que c'est de la foi de la Trinité que je lui parte : c'est cette foi que je lui reproche de laisser informe jusqu'au concile de Constantinople; et il demeure d'accord qu'elle l'était. L'explication de la Trinité était, dit-il, imparfaite et informe jusqu'à ce temps. On n'y connaissait rien , on n'y voyait rien; car c'est ce que veut dire informe : imparfait ne vaut pas mieux; caria foi est toujours parfaite dans l'Eglise. Ce n'est pas assez de dire avec le ministre, que le mystère est parfait dans l'Ecriture; car il faut que cette Ecriture soit entendue. Par qui, sinon par l'Eglise? L'Eglise a donc toujours très-bien entendu ce qu'il faut croire de ce mystère. Si la preuve en est plus claire après les disputes, la déclaration plus solennelle, l'explication plus expresse, il ne s'ensuit pas qu'auparavant la foi des chrétiens ne soit pas formée sur un mystère qui en fait le fondement, ou ce qui est encore pis, qu'elle soit informe. Elle est formée dans son fond, dira-t-il ; et je lui réponds : Que lui manquait-il donc? Des accidents? Est-ce assez pour dire qu'elle était informe; ou , comme il parle du mystère de la grâce, entièrement informe? il n'y a que lui qui parle ainsi, parce qu'il espère toujours sortir par subtilité de toutes les absurdités où il s'engage, et faire croire au monde tout ce qu'il voudra. Mais il se trompe. Tout le monde voit que la foi de la Trinité n'était pas même formée selon lui, dans son fond, lorsqu'on reconnaissait de l'imperfection, de la divisibilité, du changement, une véritable inégalité dans les Personnes divines. Car le ministre ne peut pas nier que le contraire n'appartienne au fond de la foi : or le contraire, selon lui, n'était pas connu dans les trois premiers siècles; donc la foi de la Trinité n'était pas même alors formée dans son fond. Elle ne l'était même pas dans l'Ecriture, puisque, selon le ministre, encore à présent on ne peut pas réfuter par l'Ecriture l'er-