‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 11 sur 631 · Tab., Lett. vi, p · texte numérisé non relu

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! reur qu'il atlriliue aux Pères. Il ne sait donc ce qu'il dit, et il contredit en tout point sa propre doc-

i trine.

i XXV. Que la Trinité est informe en elle-même, selon le ministre, et ne s'est formée qu'avec le temps. — Mais lorsqu'il se glorifie d'avoir du moins reconnu que le mystère de la Trinité a toujours eu

1 en lui-même la perfection qu'il devait avoir, il s'embrouille plus que jamais; puisque, selon la doctrine qu'il tolère dans les saints Pères, et qu'il ne croit pas pouvoir réfuter, il devait avec le temps survenir au Fils une seconde naissance plus parfaite que la première, et un dernier développement qui fit la perfection de son être. Ce n'est donc pas seulement l'explication ; c'est le mystère en lui-même qui est imparfait durant toute l'éternité, et jusqu'au commencement de la création, et qui est tel, selon des principes qu'on ne peut réfuter. C'est ce i|ue dit le ministre , et il demeure plus que jamais dans le blasphème qu'il avait cru éviter.

.\RTICLE Y.

Aidre blasphème du ministre : l'inégaliié dans les Personnes divines. Principes pour expliquer les passages dont il abuse.

! XXVL Que le ministre rend les Personnes divines véritablement inégales. — Il se débarrasse encore plus mal du crime de rendre inégales les trois

: Personnes divines, qui est le plus manifeste de tous les blasphèmes; puisque les anciens, qu'il tolère, et qui n'ont pas renversé le fondement de la foi (car il faut toujours se souvenir que c'est là son sentiment, et môme qu'on ne peut les réfuter), ces « anciens, dis-je, ont eu, selon lui, jusqu'au qua- » trième siècle, une autre fausse pensée sur le sujet » des personnes de la Trinité; c'est qu'ils y ont mis » de l'inégaliié' ». Voilà ce qu'il enseignait en Ui89; et loin de le révoquer, il enchérit au-dessus dans la sixième Lettre de son Tableau, en soutenant nonseulement que ces saints docteurs ont mis cette inégalité entre les Personnes divines , mais encore qu'ils l'y ont dû mettre^. J'entends bien qu'il expliquera qu'ils l'y ont dû mettre selon leur théologie : et c'est le comble de l'impiété, puisqu'en mettant, comme il a fait, leur théologie au-dessus

j de toute attaque, il a rendu l'erreur invincible. Mais si les Personnes divines sont inégales dans leur perfection, le culte qu'on leur rend doit l'être aussi : on ne leur rend donc pas le même culte, puisqu'il n'y a point d'inégalité dans ce qui est un : quel autre que M. Jurieu peut concilier ce sentiment avec le fondement de la religion?

XXVII. Que leur inégalité est une inégalité en perfection et en opération. — Mais voyons encore comment il le fait ; « Cette inégalité , dil-iP, ne » consiste point dans la diversité de la substance : » mais premièrement dans l'ordre, parce que le » Père est la première personne et la source. » C'est ce que nous croyons autant que les Pères ; et ce n'est pas là une véritable inégalité : mais en voici de plus essentielles. » En second lieu , pour- » suit-il , l'inégalité est dans les temps et les mo- » ments, parce que le Père était éternel absolu-

1. Letl. vt de 16S9, p. 45; /. Avcrt., n. 10. — 2. Pag. 264. — 3. Idem,

SIXIÈME ET DEHNIEI! AVERTISSEMENT

)> ment; au lieu que le Fils n'ôiail élernel qu'à » ['('"Kiird de sa prciniore génération , cl non à l'ô- » gard de cette manière d'être développé, qu'il » acquit avant la création. » 11 est donc vérilahlenienl et réellement inégal d'une inégalité proprement dite, cl d'une iuégalilé de perloction , puisqu'il n'est pas éternel en tout comme le Père. Il continue : « En troisième lieu, l'inégalité se trou- » vail à l'égard des opérations; car les anciens » croyaient que Dieu se servait de son Verbe et de » son Fils comme de ses ministres. » Leur opéralion n'est donc pas une, puisque celle du Père et celle du Fils sont inégales, et que la seconde est minislérielle. « Enfin , en quatrième lieu , ils ont » mis cette dillcrence entre le Père et les autres » deux Personnes, qu'elles ont été produites libre- » ment : en sorte que le Fils et le Saint-Esprit )> sont des êtres nécessaires comme Dieu à l'égard » de leur substance, et de l'être coéternel et enve- » loppé qu'ils avaient en Dieu ; mais à l'égard de » cette manière d'être développé, Dieu les a pro- » duits librement , comme il a produit les créa- » tures. » Selon cette supposition , il y a quelque chose en Dieu qui n'est pas digne de Dieu, puisque Dieu peut s'en passer, comme il peut se passer des créatures. Telle est la théologie que le ministre appelle bizarre; mais en même temps invincible, puisqu'il n'y a pas moyen de la réfuter, encore moins de la condamner et de lui refuser la tolérance.

XXVIII. Que le ministre renferme sa propre confession de foi. — Il ne veut pas que nous disions que c'est là parmi les chrétiens un prodige de doctrine , une impiété , un blasphème , qui par l'inégalité de la perfection introduit l'inégalité dans l'adoration des trois Personnes. Je l'appelle encore ici à sa propre Confession de foi , où il est expressément porté , que toutes les trois Personnes sont d'une même essence, éternité', puissance et e'galite''. Cet article n'est-il pas un de ceux qu'on appelle fondamentaux, et qui ont toujours été crus; Comment donc a-t-il pu ôter la foi aux trois premiers siècles de l'Eglise?

Il s'imagine sauver tout cela par les souplesses de son esprit; et il croit avoir résolu la difficulté, en disant que celte inégalité ne suppose pas la diversité de substance'-. Mais en quoi donc sera l'inégalité? dans des accidents, des qualités, des manières d'être, et en un mot dans quelques choses survenues à l'être divin? En sommes-nous réduits à reconnaître en Dieu de telles choses, et à nier la parfaite simplicité de son être? L'inégalité sera donc peut-être dans les propriétés personnelles , et ce sera quelque chose de plus d'être Père que d'être Fils ou Saint-Esprit? Où est la foi de la Trinité, si cela est? Que le ministre nous dise si l'égalité reconnue dans sa propre Confession de foi, n'est pas une égalité en lout et partout? et si cette égalité n'est pas un des fondements de la religion, et de ceux qui ont toujours été crus dans l'Eglise? Ce n'est donc pas secourir, mais achever d'abimer l'Eglise des trois premiers siècles, si en lui faisant admettre une véritable inégalité entre les Personnes divines, on ne trouve d'autre excuse à son erreur, que de lui faire penser que celle inégalité n'est pas dans la substance.

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