‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 101 sur 631 · Gen.. XXI. 12; Hom., ix. 7. — 2. Ueb., xxi · texte numérisé non relu

Gen.. XXI. 12; Hom., ix. 7. — 2. Ueb., xxi

et que d'abord ils avaient été nourris dans son sein. J'en dis autant des wicléfites, des bohémiens, des vaudois, des albigeois , de Bérenger et des autres. Si nous remontons aux Grecs, le ministre n'a pu nier que nous n'ayons vécu ensemble, et reconnu d'un commun accord la chaire de saint Pierre. Ils se sont donc faits, en la quittant, novateurs, comme les autres, et leur défection est notée. Nous sommes à couvert de tels reproches, el l'Eglise catholique se peut glorifier d'être la seule société sur la terre, à qui, parmi tant de sectes, on ne peut jamais montrer, en quelque point que ce soit, par aucun fait positif, qu'elle se soit détachée des pasteurs qui étaient en place , ou du corps du christianisme qu'elle a trouvé établi. Elle est donc la seule qui n'est point sortie de la suite promise par Jésus- Christ, et qui par la succession écoute encore dans les derniers temps ceux qui ont ouï les apôtres, et Jésus-Christ même. Quelle plus belle distinction peut-on trouver dans le monde? quelle plus grande autorité'? Mais les errants la craignent, parce qu'elle est trop contraignante pour leurs esprits licencieux.

Réponse à diverses calomnies qu'on nous fait sur l'Écritui'e et siu- d'autres points.

CXIX. Reproches du ministre. — Après de si grands éclaircissements sur la promesse de Jésus- Christ , vous olTenserai-je , mes frères , si je vous conjure de vous y rendre attentifs? Donnez encore deux heures de temps à relire notre première Instruction pastorale : vous aurez honte des chicanes dont on s'est servi pour y répondre, et des minuties où l'on a réduit le mystère du salut. Surtout vous y trouverez en quatre ou cinq pages la résolution manifeste de la difficulté où votre ministre vous jette d'abord'. Il vous fait craindre, mes frères, de prendre à la lettre et dans toute son étendue la promesse de Jésus-Christ; et il tâche de vous faire accroire que nous ne la proposons que dans le dessein de jeter les hommes dans l'ignorance, et de leur rendre l'Ecriture sainte non-seulement inutile, mais encore dangereuse- : il conclut, sur ce fondement, que nous inspirons le mépris de l'Ecriture^; et ce n'est pas là, poursuit-il, une illusion\ une conséquence qu'on nous attribue : .1/. de Meaux l'enseigne précisément et nettement. A cela que répondrai-je? me plaindrai-je de la calomnie? en demanderai-je réparation? Cela serait juste; mais le salut de mes frères m'inspire quelque chose de meilleur. Je demande, en un mot, par quel endroit prétendent-ils que nous voulons introduire l'ignorance? Est-ce *à cause que nous disons que la science du salut ne s'éteint jamais dans l'Eglise? Est-ce induire à mépriser cette science que de montrer où elle est toujours?

CXX. C'est une vérité constante, que le chrétien n'a jamais à chercher sa foi dans les Ecritures. — Mais vous dites qu'on n'a pas besoin de chercher sa foi dans les Ecritures? Le catholique répond : Il est vrai, je n'ai pas besoin de la chercher, parce qu'elle est d'abord toute trouvée. J'ai dit mon Credo avant que d'ouvrir l'Ecriture : vaut-il mieux en commen-

1. Pi-ein. Inst. sur les Prom. de l'Eglise, n. 37, 43, 46. — 2. r. II, l.4.r. I. I!. 10, elr., p 544 , 54fi, 547, jj:{ , etc.— 3. P. 54a. —4. P. 54S.

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

cer la lecture d.ins un esprit de vacilkuiuu cl d'IncertiUide, que dans la plénitude de la loi?

CX.Xl. l'Iililé de lEcriture très-bien connue de l'Eglise calholique. — Mais, poursuit-on, l'Ecriture est donc inutile, si on a d6jà la foi sans elle? N'estce donc rien de la conlirnier, de l'animer, de la rendre agissante par l'amour, d'en peser toutes les promesses, tous les préceptes, tous les conseils, de s'en servir pour mieux entendre ce qu'on croit déjà, et dans l'occasion pour convaincre l'hérétique et l'opiniAlre qui ne veut pas croire à l'Eglise? Mon Instruction précédente a reconnu ces utilités dans l'Ecriture; et vous nous faites accroire que nous croyons inutile ce qui produit de si grands fruits.

CXXII. On repousse la calomnie, qui nous impose de rendre l'Ecriture dangereuse ou inutile. — La calomnie est bien plus étrange de nous faire dire que nous la trouvons dangereuse. Mais qui jamais parmi nous a proféré ce blasphème? Sous prétexte qu'il est dangereux de vouloir interpréter l'Ecriture par son propre esprit, et qu'il n'y a de salut que de l'entendre hundjlement comme elle a toujours été entendue, on nous fera dire que nous la trouvons dangereuse? Seigneur, jugez-nous, et inspirez à nos frères des sentiments plus équitables.

Nous méprisons les saints livres : le peut-on seulement penser? Est-ce mépriser l'Ecriture, que de dire qu'elle a son sens simple et naturel, qui a frappé d'abord les esprits des fidèles? Lorsqu'ils écoutaient, qu'au commencement le Verbe était, et qu'il était en Dieu, et qu'il était Dieu', ils ont entendu qu'il était Dieu, non point en ligure, mais naturellement et proprement; et c'est pourquoi l'évangéliste ajoute après, non pas qu'il a été fait Verbe ou qu'il a été fait Dieu, mais qu'étant Verbe et étant Dieu devant tous les temps, il a encore dans le temps été fait homme. Est-ce mépriser l'Ecriture , de dire que ce vrai sens a fait impression sur les fidèles, qu'on se l'est transmis les uns aux autres, et qu'Arius, qui l'a rejeté, l'a trouvé établi dans l'Eglise? J'en dis autant des autres dogmes révélés de Dieu et nécessaires au salut : le vrai chrétien n'en a jamais pu douter : et sans aucun examen, sa foi est formée. Est-ce donc là ce qu'on appelle mépriser l'Ecriture? n'est-ce pas plutôt l'honorer? et sans crainte de s'égarer y trouver la vie éternelle?

CXXIII. Passage exprès de saint Irénée pour confirmer la doctrine précédente. — Mais vous avez dit, m'objecte-l-on^, qu'on avait instruit des peuples entiers sans leur faire chercher leur foi dans les Ecritures, et qu'en effet « la charité ne permettait » pas d'attendre à prêcher la foi jusqu'à ce qu'on » siit assez des langues barbares pour y faire une » traduction aussi dillicilc et aussi importante que » celle des livres divins, ou bien d'en faire dé- » pendre le salut des peuples'. » Il est vrai, je reconnais mes paroles; mais le ministre, qui me les reproche, ne devait pas oublier que c'est là un fait incontestable, et le sentiment exprès de saint Irénée, évô(|ue de Lyon, que j'ai marqué en ces termes, comme connu de tout le monde : « Saint » Irénée et les aulres Pères en ont fait la remarque » dès leur temps*. » Le passage de ce saint mar-

1. Joan., r. 1. — ï. T. li, j>. 5âO. — 3. T. Inst. past., n.43. — ■1. Idem.

tyr n'est ignoré de personne; le ministre l'a vu mari|ué dans ma précédente Instruction, et n'a pu le nier. Lisez-le, mes frères, comme un témoignage authentique de la foi de nos ancêtres, puisque c'est la foi d'un saint qui a conversé avec les disciples dos apôtres, et qui a illustré le second siècle par sa doctrine et par son martyre ; l'Eglise gallicane a eu l'avantage particulier de l'avoir pour évèque, dans une de ses plus anciennes et principales Eglises; et ce nous doit être une singulière consolation, de trouver dans ses écrits un monument domestique de notre foi. Voici ses paroles : « Si les apôtres, » dit-il', ne nous avaient pas laissé les Ecritures, <> ne fallait-il pas suivre la tradition qu'ils laissaient » à ceux à qui ils confiaient les Eglises! ordre qui » se justifie par plusieurs nations barbares qui » croient en Jésus-Christ, sans caractère et sans » encre, ayant la loi du salut écrite dans leurs » cœurs par le Saint-Esprit, et gardant avec soin la » foi d'un seul Dieu créateur du ciel et de la terre, » et de tout ce qu'ils contiennent, par Jésus-Christ » Fils de Dieu I » et le reste qu'il est inutile de rapporter. Il suffit de remarquer seulement qu'il détaille et spécifie tous les articles qu'on apprend sans les Ecritures; et voilà en termes très-clairs la foi salutaire sans le secours de ces livres divins.

Votre ministre s'élève ici contre moi, sur ce que je dis, que ces peuples étaient sauvés sans qu'on leur portât autre chose que le sommaire de la foi dans le Symbole des apôtres-, et il ne veut pas qu'on lui en parle. Mais qu'il l'appelle comme il voudra; il faut bien avouer, au fond, qu'il y avait un sommaire de la foi semblable à celui que nous avons : qu'on l'appelle, ou comme parlait dans un autre endroit le même saint Irénée', la règle immobile de la vérité qu'on recevait dans le baptême , ou avec toute l'antiquité , le Symbole des apôtres; toujours est-il bien certain que la doctrine n'en pouvait venir que de ces hommes divins qui ont fondé les Eglises. Ne vous lassez point, mes chers frères, et écoulez la suite du passage de saint Irénée, que nous avons connnencé. « Ceux, dit-il*, qui ont reçu cette foi 1 sans les Ecritures , selon notre langage , sont bar- » bares; mais pour ce qui regarde le sens, les pra- » tiques et la conversation selon la foi, ils sont extrê- » moment sages, marchant devant Dieu en toute )) justice, chasteté et sagesse; et si quelqu'un leur » annonce la doctrine des hérétiques, on les verra » fermer leurs oreilles et prendre la fuite le plus » loin qu'il leur sera possible , ne pouvant seule- » ment soull'rir ces blasphèmes ni ces prodiges , à » cause, répondront-ils, que ce n'est pas lace qu'on » leur a enseigné d'abord. » Vous le voyez , mes chers frères, ces barbares si bien instruits sans les Ecritures, n'étaient pas de faibles chrétiens, mais très-fermes dans la foi et dans les œuvres, et trèspleinement instruits contre la doctrine des hérétiques. Si c'était moi qui parlasse ainsi , combien votre ministre se récrierait-il que je méprise les Ecritures, en les déclarant inutiles? Mais les saints, de qui nous avons reçu les livres divins, ne craign(int point ce reproche. Car ils savaient que l'Ecriture viendrait en confirmation de la foi, (ju'ils avaient reçue sans elle; et louant la bonté de Dieu ,

1. Jren. adv. Hœr., lib. m , cap. i. — i. 1. Inst. past., n. 1.'!; Rép. du min., p. 551. —3. Lib. t, c. 1. — 4. Lib. m, c. 4.

SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE

qui , pour s'opposer davantage à l'oubli des hommes, avait rédige la foi dans les écrits des apôtres, ils ne laissaient pas de Ijien entendre qu'on pouvait être pai'fait chrétien sans les avoir.

CXXIV. Passage de saint Chrysostome mal objecté par le minisire. — Vous voyez maintenant la cause du silence de votre ministre, sur le passage de saint Irénée : c'est qu'il a senti qu'il ne laissait point de réplique , et il a seulement tenté de lui opposer un endroit de saint Chrysostome', « où il assure posi- » tivement que les Barbares, Syriens, Egyptiens, » Indiens, Perses, Ethiopiens avaient appris à phi- » losopher en traduisant chacun dans sa langue » l'Evangile de saint Jean. » Il triomphe de cette parole en disant : Que M. de Meaux démente s'il veut saint Chrysostome. Mais je ne veux non plus démentir saint Chrysostome, que saint Irénée. Il ne convient qu'aux ennemis de la vérité de chercher à commettre entre eux ses défenseurs , plutôt que de les concilier ensemble, comme il est aisé en cette occasion.

Il n'y a pas ombre d'opposition entre saint Irénée , qui assure que , de son temps, il y avait des peuples entiers, qu'on regardait dans toute l'Eglise comme parfaits chrétiens , sans qu'ils eussent l'Ecriture sainte, et saint Chrysostome qui dit, deux cents ans après, qu'elle se trouve chez les peuples qu'on lui vient d'entendre nommer. Car d'abord il est bien certain, que dès le temps de saint Irénée, des peuples entiers , que saint Chrysostome n'a pas nommés, avaient reçu la foi. Saint Justin qui a soullert le martyre un peu devant saint Irénée, compte parmi ceux où la foi avait pénétré, jusqu'à ces Scythes vagabonds et presque sauvages, qui traînaient sur des chariots leurs familles toujours ambulantes-. Qu'on ait traduit l'Ecriture dans leur langue, ni saint Chrysostome ne le dit, ni il n'en reste aucune mémoire dans toute la tradition ecclésiastique; et quand il serait certain, ce qui n'est pas, que les peuples dont saint Chrysostome a parlé , comme ayant traduit l'Ecriture, seraient les mêmes dont saint Irénée a si positivement assure qu'ils ne l'avaient pas de son temps, notre cause n'en serait pas moins en sûreté, et il demeurerait toujours pour également incontestable , qu'on peut être parfaitement chrétien sans l'Ecriture , par la seule autorité de la Tradition, comme a parlé saint Irénée.

Il sera donc véritable qu'on doit à la vérité donner l'Ecriture, le plus tôt qu'on peut, à tous les peuples chrétiens; mais sans discuter davantage ni saint Justin, ni saint Irénée, ni saint Chrysostome, il n'y a point de protestant si déraisonnable, pour laisser périr quel(|ues peuples dans leur ignorance, sous prétexte qu'on n'aurait encore pu traduire en leur langue les livres sacrés.

CXXV. C'est une vérité constante par la méthode universelle de tous les chrétiens, pratiquée dans le Symbole des apôtres , qu'on doit croire avant que de lire l'Ecriture. — Sans parler des peuples barbares qu'on aurait sauvés parla foi, avant même qu'ils pussent avoir les Ecritures, il est bien certain que la méthode commune de tous les chrétiens est de faire dire Credo à ceux qu'on instruit, grands et petits, dès qu'on leur présente l'Ecriture sainte, et

1 . 3'. II, p. 551 ; Hoin. i. in Joan. — 2. Apol, ii et aiXv. Tnjpli . B. — T. IV.

avant qu'ils l'aient ouverte. Qu'on dise tout ce qu'on voudra du Symbole des apôtres, ce sera toujours un fait véritable qu'il est reçu et pratiqué par tout ce qui porte le nom de chrétien, et que, pour en suivre la méthode , il faudra toujours faire connaître aux fidèles l'Eglise catholique , avant qu'on leur ait nommé l'Ecriture sainte, dont le Symbule ne fait aucune mention; c'est-à-dire, que les apôtres, dont ce Symbole a pris tout l'esprit, ont reconnu dans l'Eglise catholique la source primitive de la foi et du salut.

C'est là que tout hérétique demeurera court , et encore que le nom môme de l'Eglise catholique ne se trouve pas dans l'Ecriture, ce sera toujours sous l'autorité de ce nom que les lldèles seront élevés dans la vraie foi. Quand ensuite ils liront l'Ecriture sainte, et que toujours sous l'instruction de l'Eglise catholique, ils y trouveront la même foi qu'on leur avait annoncée, ils y seront confirmés, leur cœur sera consolé; mais la foi reçue de main en main par les successeurs des apôtres, sera toujours leur première règle.

CXXVI. Grossière objection du ministre sur la manière de transmettre la doctrine d'éoèque à évèque. — Quand le ministre trouve ridicule, et même impossible, que les pasteurs de l'Eglise reçoivent la foi les uns des autres, à cause, dit-il ', « que la » foi de l'évèque mourant s'éteint avec lui, sans » qu'il la puisse laisser à son successeur qu'il ne » connaît pas, » il montre par ce mauvais discours qu'il ignore parfaitement l'état de la question. Quand on dit qu'on reçoit la foi de son prédécesseur, on ne veut dire autre chose, sinon qu'on se fait une règle inviolable de croire et de prêcher dans l'Eglise ce qu'on y a cru et prêché devant nous. Tant qu'on persévérera dans cette résolution, on n'enseignera jamais d'erreur, on ne sera jamais dans le schisme et dans la rupture. Si quelque évêque rompt la chaîne de la tradition, le reste de l'Eglise réclamera contre : le novateur sera noté éternellement, et quand il entraînerait son peuple avec lui, son peuple devra sentir dans sa conscience, par la seule innovation de son pasteur, qu'il ne peut plus se sauver sous sa conduite.

CXXVIl. Comment les peuples écoutent les premiers évèques, en écoutant ceux qu'on trouve en place. — Le ministre met donc tout en confusion, et ne s'entend pas lui-même, lorsqu'il demande si l'évoque « qui meurt, laisse sa foi sur son siège, » ou s'il peut la laisser de main en main , comme » une chose matérielle^.» Voici le nœud et la chaîne qui captive tous les esprits. L'Eglise catholique a toujours pensé, dès son origine, que sa foi ne changerait jamais, et ne devait ni ne pouvait jamais changer. Aussitôt donc qu'on sent quelque changement dans un corps constitué de cette sorte, en quelque temps que ce soit, on se souvient de la promesse : on rappelle dans son esprit la règle de ne changer point, et de n'avoir jamais besoin de changer : l'innovation est marquée , et en même temps délestée avec ses auteurs, et la foi demeure immuable dans sa succession.

C'est la consolation des catholiques, toutes les fois qu'ils voient le corps de leurs pasteurs tenir toujours le môme langage, et prêcher la même foi.

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