CHAPITRE II
Qu'il n'y a aucune difficulté que nous ne soyons dans le même état que nos pères en ce qid regarde la religion.
C'est ici que je lui demande quel nouveau crime a commis l'Eglise romaine, de quelle nouvelle hérésie s'est-elle infectée depuis l'an 1543 et 46; et d'où vient que depuis ce temps-là seulement elle ne peut plus engendrer des enfants au ciel? Je n'ai pas besoin d'employer ici , ni des raisonnements recherchés, ni des remarques étudiées. Je ne veux seulement que le sens commun , pour voir que notre foi ne dilTère pas de celle que nos ancêtres professaient alors : et de là il est aisé de conclure, que s'ils se sont sauvés en celte créance , il n'y a aucune raison de douter de nous. Mais pour bien entendre cette vérité , il faut considérer avant toutes choses, quel était en ce temps-là l'état de l'Eglise.
Que la foi fut la même, je le puis justifier aisément par les reproches de nos adversaires. Il est clair que les ministres ne forment aucune accusalion contre nous, que leurs prédécesseurs n'aient commencée par une pareille animosité. Il serait long de citer les passages; mais il est assez constant que la sainte messe, les images, les reliques, le
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RÉFUTATION DU GATÉCllISMH
piirt;;aloirc , l'iiivocalioii des saints, le niftrilo des (Ouvres, et enlin tous les autres points que l'on nous objecte , ont été le sujet de leurs invectives : et entre les articles qui sont récités en la page 37 du Catéchisme, par lesquels le ministre prétend que nous avons perverti l'Evangile, je soutiens qu'il n'en saurait désigner un seul, que ses pères n'aient déjà taxé de leur temps avec une véhémence extraordinaire. Il faut donc nécessairement qu'il confesse, ou ([ue ses premiers maîtres ont été d'imprudents calomniateurs, ou bien que si l'on nous a fait les mêmes reproches, nous avions par conséquent la môme doctrine.
Ce qui le montre encore plus clairement, c'est que les premiers docteurs de nos adversaires , non contents de reprendre cette créance; pour faire voir combien ils s'en éloignaient, se sont publiquement séparés de la communion de l'Eglise romaine, prenant pour prétexte les mêmes causes que nos adversaires défendent encore; ce que le ministre ne peut nier sans une insigne infidélité. Et qui ne voit par là qu'ils jugeaient que la foi qu'on professait en l'Eglise, était directement opposée à celle qu'ils voulaient introduire?
En elTet, ils ont bien vu qu'ils se raidissaient contre une créance reçue. Aussitôt qu'ils parurent au monde, et que, sous le beau prétexte de réformation, ils débitèrent leurs nouveaux dogmes; et les évèques, et les conciles, et les universités catholiques résistèrent hautement à leurs entreprises. Chacun s'étonna de leur nouveauté : et c'est une marque évidente que la doctrine qu'ils venaient combattre, était profondément imprimée en l'esprit des peuples; ce qui ne serait pas ainsi arrivé, si elle n'eût été confirmée depuis plusieurs siècles par un consentement général.
Bien plus, il est certain que non-seulement les points de ]iotre doctrine que nos adversaires contestent , étaient crus pendant ce temps-là par tous les fidèles qui vivaient en notre communion; mais encore que pour la [ilupart ils avaient déjà été définis par l'autorité des conciles, contre diverses sectes qui s'y étaient injustement opposées. Le sieur Ferry ne dit-il pas lui-même que dès l'an 1215, au concile de Latran , la transsubslantiaiion avait été passée en article de foi' ? Par conséquent cet article était cru dans le temps duquel nous parlons, pendant lequel, du consentement du minisire, on pouvait se sauver parmi nous. Néanmoins il n'est pas croyable combien nos adversaires l'ont en horreur. Du Moulin dit , en son Bouclier de la foi, que celte transsubstantiation sape la piété par les fondements, et frappe droit au cœur de la religion-. Uue s'ils demeurent d'accord que cette créance n'a pas empêché le salut de nus pères, ne nous fontils pas voir sans difTicultô qu'ils se sont emportés excessivement, quand ils l'ont si sévèrement censurée? et ensuite ne nous donnent-ils pas une certitude infaillible qu'il n'y a plus aucun point de notre doctrine qui jinisse nous exclure du ciel, liuisque celui-ci, qu'ils blâment si fort, n'en a pas exclu nos pieux ancêtres ?
Davantage, [leut-on nier que la messe ne fût le service public de l'Eglise? Nos adversaires ne le contestent pas, et c'est une vérité trop connue. Or