CHAPITRE III
Que cette difformité de créance prouve clairement que nous pouvons nous sauver en l'Er/lise romaine avec la même facilité que nos ancêtres ; et que le ministre, qui nous condamne , ne s'accorde pas avec lui-même.
Ces choses ayant été résolues ainsi que je les ai rapportées, s'il reste quelque sincérité au ministre, il reconnaîtra franchement que ce concile étant reçu comme universel, ses déterminations ont été suivies par toute l'Eglise, et que jamais elles n'ont été révoquées. D'où il s'ensuit très-évidemment que dans le temps duquel nous parlons, et lorsque le concile fut ouvert à Trente, elles étaient en la même vigueur et en la même vénération; et qu'il y avait un siècle passé que la plupart des points contestés, et encore sans difficulté les plus importants, étaient proposés à tous les fidèles par l'autorité de l'Eglise, en la même manière que nous les croyons, et avec une pareille certitude.
D'ailleurs, ces interrogations de Martin V, que l'on faisait en particulier à ceux que l'on soupçonnait d'hérésie , tenaient lieu d'une profession de foi spéciale que l'on exigeait d'eux sur tous ces articles; tellement qu'il était impossible de demeurer en la communion de l'Eglise romaine sans les croire et les professer. D'où il s'ensuit que le concile de Trente n'a rien ordonné sur toutes ces choses, qui n'eut été déjà établi avec la môme fermeté du temps de nos pères; et c'est ce qui fait voir manifestement combien le ministre abuse le monde, quand il tâche de persuader que c'est à Trente que se sont faits ces grands changements dans la religion ancienne', et que c'est en suite de ses décrets que l'entrée du royaume céleste nous est interdit,e.
Je ne vois pas ce qu'il peut répondre à des raisons si fortes et si évidentes. Niera-t-il que la foi de nos pères fut telle en ce temps-là que je la propose? [ Mais qu'est-ce qui peut mieux faire voir la créance ' qui est tenue dans l'Eglise, que les déterminations qu'elle fait dans ses assemblées générales sur les doutes et sur les questions qui s'élèvent? N'est-ce pas sur les résultats des conciles, que les confes- I sions de foi sont dressées? Dira-t-il qu'il y a d'aui très points que je n'ai pas encore touchés? Mais du moins il avouera sans difficulté que ceux que j'ai rapportés sont les principaux; et que si nous en étions demeurés d'accord, presque toutes nos disputes seraient terminées. A quoi donc se réduirat-il? Rien avant dans le siècle passé on se sauvait en l'Eglise romaine; notre adversaire n'en disconvient pas : maintenant à son avis il est impossible. Que si la créance est la même, pourquoi damner les uns, et sauver les autres? Dans une telle conformité, sur quoi le ministre peut-il fonder une sentence si dissemblable? Quel procédé plus injuste ni plus téméraire?
Que le ministre , qui excuse nos pères sous prétexte de leur ignorance , ne considère pas ce qu'il dit. — Je vois bien qu'il cherche à nos pères, qui sont morts en l'Eglise romaine, un asile assuré dans leur ignorance. Mais en attendant que nous lui prouvions par un raisonnement invincible que cette réponse ne s'accorde pas avec ses principes, faisons-lui seulement remarquer qu'il n'a pas bien