Philip., II
in fine.
■ i. Ps. cxLiv. y. — ;i Pœdatj. iir, cnp. ult.
ÉTAT PRESENT DES G(3NTR0VERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
si cet ordre est toujours fixe entre les Personnes à raison de leur origine, il est indiflerent, à le regarder par rapport à leur perfection et à leur culte; et c'est pourquoi il avait dit, un peu au-dessus : Père, qui èies le covdudeur d'Israël : Fils et Père , qui n'êtes tous deux qu'une même chose : Seigneur, et non pas, Seigneurs; pour nous faire entendre dans les Personnes divines une même perfection , un même empire et un môme culte. Au reste, ces sortes d'inégalités que l'on trouve en Dieu dans notre faible et imparfaite manière de nous exprimer, soit entre ses attributs, ou même entre les Personnes divines, sont tellement compensées par d'autres endroits, qu'à la lin tout se trouve égal. Qu'il y ait, si vous voulez, dans le nom de Père quelque chose de plus majestueux que dans celui de Fils; ce qui a fait que saint Atbanase et les autres n'ont pas craint d'entendre du Verbe même selon la génération éternelle, ces paroles : Mon Père est plus grand que moi ' ; mais il y a d'autres côtés, c'est-à-dire d'autres manières d'entendre ou d'envisager la même vérité, où l'égalité se répare. L'autorité de principe, comme l'appelle saint Augustin-, semble attribuer au Père quelque chose de principal et en quelque sorte plus grand : mais si on regarde le Fils comme la sagesse du Père, le Père sera-t-il plus grand que sa sagesse, que sa raison, que son Verbe et son éternelle pensée? Et tout ce qui est en Dieu n'est-il pas égal, puisque lout ce qui est en Dieu est Dieu ; et que s'il y avait quelque chose en Dieu qui fût moindre que Dieu même, il corromprait la perfection et la pureté de son être?
XXXI. En quel sens le Fils de Dieu est la sagesse et la raison de son Père, et que ce sens exclut l'inégalité. — Je sais qu'il ne faut pas croire que le Père tire sa sagesse du Fils , ou qu'il n'y ait de sagesse en Dieu que celle qui prend naissance éternellement dans son sein : au contraire, cette sagesse engendrée, comme l'appellent les Pères, ne naîtrait pas dans le sein de Dieu, s'il n'y avait primitivement dans la nature divine une sagesse infinie, d'où vient par surabondance la sagesse qui est le Fils de Dieu ; car nous-mêmes nous ne formons dans notre esprit nos raisonnements et nos pensées, ou ces paroles cachées et intérieures par lesquelles nous nous parlons à nous-mêmes, de nous-mêmes et de toutes choses , qu'à cause qu'il y a en nous une raison primitive et un principe d'intelligence, d'où naissent continuellement et inépuisablement toutes nos pensées. A plus forte raison faut-il croire en Dieu une intelligence primitive et essentielle, qui, résidant dans le Père comme dans la source, fait continuellement et inépuisablement naître dans son sein son Verbe qui est son Fils , sa pensée éternellement subsistante, qui pour la même raison est aussi très-bien appelée son intelligence et sa sagesse. C'est là du moins l'idée la moins imparfaite que nous pouvons nous former après les saints Pères et après l'Ecriture même , de la génération du Fils de Dieu. Mais en même temps cette pensée et cette parole intérieure conçue dans l'esprit de Dieu, qui fait son perpétuel et inséparable entretien, ne peut lui être inégale, puisqu'elle le comprend tout entier, et embrasse en elle-même toute
1 . Joan., XIV. 28. — 2. Tract, xxxi , in Joan., n. i et seq., t. III. part. Il, coi. 520 et se'i .
la vérité qui est en lui : par conséquent est autant immense , autant infinie et autant parfaite, comme elle est autant éternelle que le principe d'où elle sort, et ne dégénère point de sa plénitude.
XXXIl. Il est aussi parfait d'être le terme, que d'être le principe des éinanalions dicincs. — Il en faut dire autant du Saint-Esprit; et on voit par cet endroit- là une égalité tout entière, à regarder même le Fils et le Saint-Esprit du côté de leur origine, qui est celui qui peut donner le plus de lieu à l'infériorité. Si on sait épurer ses vues, on connaîtra qu'en Dieu il n'y a pas plus de perfection à être le premier, qu'à être le second et le troisième; car il est d'une même dignité d'être comme le Saint- Esprit le terme dernier et le parfait accomplissement des émanations divines, que d'en être le commencement et le principe; puisque c'est faire dégénérer ces divines émanations, que de faire qu'elles se terminent à quelque chose de moins que le principe d'où elles dérivent. Ainsi le Père et le Saint- Esprit, le premier principe et le terme, la première et la troisième Personne, c'est-à-dire, celle qui produit, et celle qui ne produit pas à cause qu'elle conclut et qu'elle termine, étant d'une parfaite égalité, le Fils qui est au milieu, à cause qu'il tire de l'un et qu'il donne à l'autre, ne peut pas leur être inégal; et en quelque endroit qu'on porte sa vue, soit au Père qui est le principe, soit au Fils qui tient le milieu, soit au Saint-Esprit qui est le terme, on trouve tout également parfait, comme par la communication de la même essence on trouve lout également un. Que si, dans une autre vue, saint Athanase et les autres saints ont reconnu dans le Père, même après le concile de Nicée, une espèce de prééminence, dira-t-on qu'ils aient affaibli la Trinité? On sait bien que non. Venons aux expressions formelles de l'Ecriture. Le Fils est envoyé par le Père, le Saint-Esprit par l'un et par l'autre; et il n'y a que le Père seul qui ne soit jamais envoyé. Dans notre façon de parler il y a là quelque dignité et quelque autorité particulière; mais si vous y en admettez une autre que celle d'auteur et de principe, vous errez. Prenez de la même sorte lout le reste qui se dit du Père et du Fils, vos sentiments seront justes.
X.XXIII. L' inégalilc de 7ios idées ne conclut pas l'inégalité dans leur objet. — En parlant même des créatures, encore que notre langage soit plus proportionné à leur état , nous ne savons pas toujours adjuger bien juste la perfection. La racine par sa vertu vaut mieux que les branches; dans la beauté, les branches l'emportent ; dans une certaine vue l'arbre est plus noble que le fruit qu'il porte; dans une autre vue le fruit prévaut, puisqu'il fait l'honneur de l'arbre. Pour nous servir de la comparaison la plus ordinaire des saints Pères, et de celle dont le ministre abuse le plus , comme on verra , le soleil nous paraîtra d'un côté plus parfait que son rayon; mais d'un autre côté, sans le rayon qui connaîtrait le soleil? qui porterait dans tout l'univers sa lumière et sa vertu? Une même chose à divers regards est plus parfaite ou moins parfaite qu'elle-même. On est contraint de parler ainsi tant qu'on n'entend pas la vérité parfaitement et par son fond , c'est-àdire, dans tout le cours de cette vie. Jusqu'à lant que nous voyions Dieu tel qu'il est, en voyant par
SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT
une seule pensée, si l'on peul parler de la sorle, celui dont l'essence est l'unité, et jusqu'à tant que nous voyions li!S trois Personnes divines dans le centre de celle unité incompréhensible; contraints, pour ainsi dire, de la partager en conceplions dilVérentes tirées des choses humaines, nous ne parviendrons jamais à comprendre cette égalité dn tout. Nommer seulenuMit lôgalilé, nommer la grandeur qui en est le fondement, c'est déjà dégénérer de la snblimitéde ce premier élre; et le seul moyen qui nous reste de rectitier nos pensées , quand nous croyons apercevoir du plus et du moins en Dieu et dans les Personnes divines, c'est de faire toujours retomber ce plus et ce moins sur nos pensées, et jamais sur l'objet.
XXXIV. Si l'on a pu dire que le Fils était engendre par le conseil et la volonté de son Père, sans détruire l'égalité de l'un et de l'autre. — Vous paraissez étonné de ce que saint Justin a dit, que le Fils de Dieu est engendré par le conseil et la volonté de son Père' : ne parlez point de Dieu; ou avant que de lui appliquer les termes vulgaires , dépouillez-les auparavant de toute imperfection. Vous dites que Dieu se repent, qu'il est en colère; vous lui donnez des bras et des mains : si vous n'ùlez de ces expressions tout ce qui se ressent de l'humanité, en sorte qu'il ne vous reste dans les bras et dans les mains que l'action et la force; dans la colère, qu'une puissante et elTicace volonté de punir les crimes, et ainsi du reste, vous errez. A cet exemple , si vous ôtez du mot de conseil, l'incerlilude et l'indétermination, que vous y rcslera-t-il, si ce n'est la raison et l'intelligence? Vous direz donc que le Fils de Dieu ne procède pas de son Père par une elïusion aveugle, comme le rayon procède du soleil , et le lleuve de sa source, mais par intelligence : et si vous appelez ici la volonté du Père pour exclure la nécessité; cette nécessité, que vous voulez exclure, est une nécessité aveugle et fatale qui ne convient point à Dieu. Il ne faut point soull'rir en Dieu une nécessilô qui soit hors de lui, qui lui soit supérieure, qui le domine : une telle nécessité n'est point en Dieu : il est lui-même sa nécessité : il veut sa nécessité comme il veut son être propre : il n'y a rien en Dieu que Dieu ne veuille : ainsi il veut produire son Fils en la même manière qu'il veut être : c'est ainsi qu'il le produit volontairement; c'est ainsi qu'il le produit par conseil. Si vous entendez par ces expressions qu'il produise quelque chose en lui-même qu'il puisse ne pas produire, comme il peut ne pas produire les créatures, vous renversez le fondement; si vous le faites dire aux anciens, vous le leur faites renverser; et si vous dites encore , avec M. Jurieu^, (ju'on ne peut réfuter cette erreur, vous y participez visiblement.
XXXV. Si l'on a pu dire que le. Fils de Dieu est le conseiller et le ministre de son Père, sans le faire inférieur et inégal. — Il en est de môme du terme de minisire. Un l'allribue sans difticulté au Fils de Dieu comme incarné; mais avant que de s'incarner, les anciens ont cru qu'il s'incarnait par avance en quelque façon, et s'accoutumait, pour ainsi dire, à être homme , lorsqu'il ap|iaraissait aux patriarches sous une figure humaine. Accoutumés peul-