Juf., Tab., LM. VI, i,. 2i9. — 2. Idem
être à lui donner ce litre de ministre à raison de la nature humaine qu'il avait prise ou (|u'il devait prendre, et dont il prenait si souvent la forme extérieure, ils l'ont étendu jusqu'à l'origine du monde lorsque Dieu a tout fait par son Verbe. C'est de même que lorsqu'ils ont dit que le Fils de Dieu élait dans la création de l'univers le conseiller de son Père, ou, comme ils parlent, son conseil et sa sagesse. Ces expressions sont visiblement fondées en partie sur les paroles de Salomon et des autres auteurs sacrés qui donnent à Dieu à son exemple une sagesse assistante et enfantée de son sein, avec laquelle il résout et il fait tout' : et en partie aussi sur Moïse lorsqu'il fait dire à Dieu : Faisons l'homme^ : car c'est aussi ce qui a fait dire à tous les saints, que Dieu tient conseil, mais avec ses égaux, puisqu'il d'\l faisons ; par oii il montre qu'il entend parler non à ce qui est fait, mais à ce qui fait avec lui. Sur ces paroles de Salomon et de Moïse, les Pères ont dit que Dieu tenait conseil avec son Fils, que son Fils élait son conseiller; qu'il déterminait et arrangeait toutes choses avec lui. A la rigueur ces expressions tournent plutôt contre le Père que contre le Fils; car celui dont on demande les conseils, à cet égard est supérieur à celui qui les demande. Mais en Dieu il faut entendre autrement les choses. Le Verbe est le conseil du Père, mais un conseil qu'il lire de son sein : il tient conseil avec lui, parce qu'il fait tout avec sa sagesse, qui est son Verbe, sa parole, et sa pensée. C'est en ce sens qu'on l'appelle le conseiller de son Père. On voit bien qu'on l'appelle aussi dans le même sens son ministre; c'est pourquoi on fait marcher ces expressions d'un pas égal. Tertullien , par exemple, sur ces paroles : Faiso7is l'homme, dit que « Dieu par l'unité de la Trinité parlait avec » le Fils et le Saint-Esprit comme avec ses minis- » 1res et ses conseillers. Quasi cum ministris et » arbitris^. » Prenez ce terme à la rigueur, je dis même celui de ministre , vous nuisez autant au Père qu'au Fils; car il aura donc besoin de ministres comme les hommes , et il faudra qu'il emprunte une force étrangère. Reconnaissez donc qu'il faut adoucir ce mol, et en oter quelque chose même à l'égard du Père éternel. Otez-en donc le besoin , ôlez-en l'emprunt; vous trouverez que le Père se sert de son Fils, non jias comme il se sert de ses anges, peuple naturellement sujet et créé; mais il se sert de son Fils comme on se sert de sa raison et de sa sagesse. Voilà un beau ministère qu'il trouve toujours en lui-môme et dans son sein, où il n'y a rien d'étranger ni d'emprunté , et qu'il emploie aussi non point par besoin , mais parce qu'il lui est toujours inséparablement uni.
XXXVI. Ce que signifie le nom de ministre attribué au Fils de Dieu. — Après avoir oté du cùlé du Père ce qui blesserait sa divinité dans le terme de ministre, faites-en autant du ccMô du Fils. Otez du nom de ministre l'infériorilé et la sujétion; il ne restera dans le Fils qu'une personne subsistante , une personne distinguée, une personne envoyée, qui reçoit tout de son Père, dans lequel réside la source de l'autorité; parce qu'il est en eiïet l'auteur et le principe de son Verbe, d'où vient aussi le