III
DU SIEUR PAUL FERRY
entendrons les raisons solides pour lesquelles définissant la justice chrétienne, en la savante Epitre aux Romains , il l'appelle la justice qui est par la foi.
Deux sortes de justice. — Il faut savoir qu'en cette Epitre admirable , saint Paul distingue deux sortes de justice. L'une, est la justice qui est par la loi , qui est celle dont les Juifs se gloriliaient, et que l'Apôtre entreprend de combattre. L'autre, c'est la justice qui est parla foi, qui est la vraie justice chrétienne que l'Apôtre veut établir, et qu'il oppose à la l'ausse justice des Juifs.
La foi met la différenee entre la véritable justice et la fausse. — Mais d'où vient, direz-vous, que saint Paul la qualifie justice de la foi? En voici la véritable raison. On détinit les choses par leurs propres dilTérences; or il est sans doute que c'est la foi qui met la véritable dilTérence entre cette justice judaïque contre laquelle l'Apôtre dispute, et la justice chrétienne qu'il établit. Faisons voir clairement cette dilïérence par les principes du docteur des Gentils.
La justice de la loi , c'est celle qui ne regarde que les œuvres. — Il définit doctement la justice qui vient de la loi par ce texte du Lévitique : Qui fera ces choses, vivra par elles'. Moïse a écrit, dit l'Apôtre^, de la justice qui est par la loi , que, qui la fera vivra par elle. Ces paroles nous font entendre en quoi consiste précisément la justice qui est par la loi. Car elles montrent manifestement que le propre de la loi étant de commander, celui qui veut être juste selon la loi ne regarde qu'à l'action commandée; elle ne songe simplement qu'à faire et à vivre.
Deux raiso7is de l'.ipôlre contre cette justice. — Encore que cette justice soit spécieuse, l'Apôtre la combat par plusieurs raisons , par lesquelles il prouve invinciblement que si elle a quelque gloire devant les hommes, elle n'est point reçue devant Dieu.
Première raison. — Premièrement, ce n'est pas assez de regarder ce qu'il faut faire, si on ne considère ce qu'il faut purger. Car tous les hommes généralement sont pécheurs. C'est donc une fausse justice, si nous contemplons seulement les vertus qu'il faut acquérir, et que nous laissions sans remède les péchés qu'il faut nettoyer. Que si pour être juste véritablement, il faut penser avant toutes choses à purger les crimes , l'intervention de la foi y est nécessaire; d'autant que la foi ne les ôte pas, mais plutôt, dit l'Apôtre, elle les condamne. Ainsi, tant qu'on est sous la loi, on est dans la damnation selon sa doctrine. Par conséquent, il faut que la foi nous montre Jésus-Christ le grand propitiateur qui expie les péchés par son sang.
C'est la première raison de l'Apôtre contre la fausse justice des Juifs qui espéraient seulement aux œuvres; et cet excellent docteur l'explique en ces mots : « Tous ont péché et ont besoin de la gloire » de Dieu, étant justifiés gratuitement par sa grâce, » par la rédemption qui est en Jésus-Christ que i> Dieu a ordonné propitiateur par la foi'. »
Seconde raison. — La seconde raison dont se sert l'Apôtre pour prouver la fausseté de cette justice, ne sera pas malaisée à entendre, si nous remar-