PhiL, II
DU SIEUR PAUL FERRY
Le juge souverain qui prononce, quoiqu'il décide toul en dernier ressort , ne laisse pas de motiver sa sentence pour l'instruction de ses serviteurs ; et dans la juste distinction qu'il fait des bienheureux et des malheureux, il n'allègue pour son motif que les œuvres : il rapporte tout à la charité; parce qu'ainsi que nous avons dit, la charité comprend elle seule toute la justice des mœurs chrétiennes.
De là il s'ensuit qu'en cette journée les œuvres feront le discernement ; ce sera sur les œuvres qu'on prononcera; ce sera donc une action de justice, parce qu'il n'appartient qu'à la justice de prononcer sur les œuvres.
C'est pour cette raison que l'Apôtre voulant faire entendre aux fidèles que toute cette action est un jugement, il leur parle d'un « tribunal, devant le- » quel, dit-il', nous comparaîtrons, afin que cha- » cun remporte selon ce qu'il aura fait en son corps, » soit bien , soit mal. » Ce qui montre sans aucun doute que Jésus-Christ en ce dernier jour agira en juge , et que tant la punition que la récompense se rapporte à la justice.
Mais saint Paul s'explique en termes plus clairs écrivant à son cher Timothée. « J'ai bien combattu, » dit l'Apôtre^, j'ai achevé ma course; j'ai gardé la » foi : au reste, la couronne de justice m'est réser- » vée, que le Seigneur, ce juste Juge, me rendra » en ce jour. » Nous disons qu'il n'est pas possible de parler plus clairement en notre faveur. Car premièrement, l'apôtre saint Paul ne se promet point la couronne qu'après qu'il a raconté ses œuvres; et cette couronne qu'il attend de Dieu, il l'appelle couronne de justice : et c'est pourquoi il dit qu'on la lui rendra ; et insistant davantage sur cette pensée : Le Seigneur, dit-il, ce juste Juge, me la rendra. N'est-ce pas nous déclarer nettement qu'il la rendra comme juste Juge? Or le juge, agissant en juge, se propose nécessairement la justice; et donc cette dernière rétribution est un ouvrage de la juslice divine.
C'est à quoi regardaient les saints Pères, quand ils ont si constamment établi le mérite des bonnes œuvres. Ils considéraient que les Ecritures rapportaient à Jésus-Christ comme juge et la punition des méchants, et le couronnement des fidèles. De là ils ont inféré que cette distribution de biens et de maux se ferait selon les règles de la justice, c'està-dire, comme chacun l'aura mérité, parce que c'est le propre de la justice de considérer le mérite. C'est encore pour la môme raison qu'ils n'ont fait aucune difficulté d'enseigner positivement que la vie éternelle était due ; parce que c'est une maxime infaillible que la justice ne rend que ce qu'elle doit.
Nous examinerons en son lieu quelle est la nature de cette dette par laquelle il a plu à Dieu de s'obliger à ses créatures. Il suffit que nous remarquions maintenant que l'Ecriture nous a enseigné ces trois conditions importantes qui sont requises pour le mérite ; c'est-à-dire , la coopération de nos volontés, la justice des bonnes œuvres, et la gloire rendue comme récompense.
L'Apôtre a renfermé ces trois choses dans le texte que j'ai rapporté de la seconde Epitre à Timothée. « J'ai, dit-il, combattu un bon combat; j'ai achevé » ma course; j'ai gardé la foi. » Cela marque l'opé-