‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 156 sur 631 · Sf5s . VI , cap · texte numérisé non relu

Sf5s . VI , cap

RKFUTATION DU CATÉCHISME

5 soient leurs môrites'. » Paroles vraiment saintes, vraiment chréliennes, qui ùlenl tout orgueil jusqu'à la rariiie. (lar si tout ce que nous [louvons ajuiclcr nK-rilc doit lilrc nslimé un don de la gr:\ce, de ([uoi peut présumer l'arrogance humaine? Et ne parait-il pas clairement qu'établir le mérite, en ce sens, ce n'est pas vouloir gloritier l'honunc, mais honorer la gr;\cc de Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ?

C'est ainsi que le mérite des bonnes œuvres a été enseigné par saint Augustin et par les anciens docteurs orthodoxes; et le concile de Trente, suivant leur exemple, témoigne, par les paroles que j'ai rapportées , qu'il n'a point de plus grande appréhension que de voir l'homme se conher en lui-même, et non point en Notre Seigneur. Cependant le catéchiste voudrait faire croire que ce concile ne s'est assemblé que pour ruiner cette solide espérance, qui appuie le cœur du fidèle en Jésus-Christ seul : certes, la sincérité chrétienne ne soufl're pointées déguisements, et il n'appartient qu'au mensonge de vouloir se fortifier par des calomnies.

Mais achevons de faire connaître la modeste simplicité de notre doctrine dans le point où nos adversaires s'imaginent que nous présumons le plus de nos forces. Nous disons que la couronne d'immortalité est rendue aux bonnes œuvres des saints par une action de justice. Les ministres tâchent de persuader qu'il n'y a point d'arrogance pareille à la nôtre, puisqu'elle os» exiger de Dieu par justice, ce que nous ne devons espérer que de sa seule miséricorde. Défendons notre innocence contre ce reproche, et montrons par des raisons évidentes que nous ne disons rien, en cette matière, que les plus échaulïés de nos adversaires ne soient obligés de nous accorder.

Par quelle sorte de justice Dieu nous récompense. — Ce serait une folle témérité de croire que la créature put avoir i)ar elle-même aucun droit sur les biens de son Créateur. Quelques bonnes œuvres (jue nous fassions. Dieu ne nous peut devoir que ce qu'il lui plait : et cela parait principalement par ces deux raisons. Premièrement, il est notre Créateur, ce qui lui donne un domaine si indépendant, que nous sommes à lui bien plus qu'à nous-mêmes : de sorte qu'il n'y aurait rien de plus ridicule que de disputer contre lui, et lui soutenir qu'il nous doit. Secondement, nous sommes pécheurs; et en cette déplorable qualité, bien loin d'exiger de lui quelque chose, nous devons nous estimer bienheureux qu'il ne décharge pas sur nous toute sa colère que nous avons si justement méritée.

Il est donc absolument impossible que sa justice soit tenue à rien envers nous, si ce n'est que sa bonté l'y oblige. Il ne peut y avoir de justice qu'entre ceux qui doivent être réglés par un droit commun, tellement ([u'ellc présuppose quelque égalité; ce ciui ne [)cut être entre Dieu et l'hoinmc à cause de la disproportion inlinie. C'est pourquoi ce grand Dieu vivant, dont les miséricordes n'ont point de bornes, voulant établir ([uclques lois de justice entre sa nature et la nôtre, il nous honore de son alliance, il s'engage à nous par promesse; et ainsi celte majesté souveraine entre en société avec nous.

1. AhsU ut chriHUtnus hoino in seipso veî confiant, vel glorielur, et non in Uotninu ; cujus tanta est erga omw.-s ho mines bo' nitas , ut eorutti vclit esse mérita , quœ sunt ipsius dona. Soss. VI, cap. 10.

De là il s'ensuit que la justice qui nous récompense est fondée sur la promesse divine, par laquelle Dieu s'oblige à nous gratuitement à cause de Notre Seigneur Jésus-Christ, et le saint concile de Trente nous cxpli(iue cette doctrine en ces termes : « Il faut proposer la vie éternelle à ceux qui 1) vivent bien jusqu'à la fin, et qui ont espérance » en Dieu , comme une grâce qui est MisÉiuconDiEu-

» SEMENT PROMISE AUX ENFANTS DE DlEU, PAR NoTRE

» Seigneur Jésus-(jiirist, et comme une récompense » qui sera fidèlement rendue à leurs bonnes œuvres » et à leurs mérites , en vertu de la promesse de » Dieu'. » Tellement que nous n'avons aucun droit, que celui qui nous est acquis par cette promesse de grâce que le sang de Jésus-Christ a ratifiée, et que le Père nous a faite à cause de lui.

Mais nos adversaires objecteront que nos docteurs ne l'entendent pas de la sorte, qu'ils enseignent un mérite de condignité, et une certaine proportion entre la vie éternelle et nos bonnes œuvres; et qu'ils regardent la récompense qui nous est donnée plutôt comme une dette que comme une grâce. C'est là le plus grand sujet de leurs invectives; et cependant nous ne disons rien que des personnes raisonnables puissent contester.

Nous croyons qu'il y a quelque sorte de proportion entre la vie éternelle et les bonnes œuvres, telle qu'elle est entre les moyens et la fin, entre la semence et le fruit, entre le fondement et l'édifice, entre le commencement et la perfection.

Du mt'rile que l'école appelle de condignité. — Nos adversaires ne nieront pas que l'ouvrage de notre régénération ne comprenne tous ces merveilleux changements, qui se doivent faire en nous par l'Esprit de Dieu , depuis la grâce du saint baptême jusqu'à la glorieuse résurrection; car la fin de tout cet ouvrage, c'est de nous rendre semblables à notre Sauveur. C'est pourquoi le Saint- Esprit, réi)andu sur nous, opère continuellement en l'homme fidèle , y formant peu à peu Jésus- Christ. Il commence sur la terre, et il n'achève que dans le ciel; tellement que nous pouvons dire que la grâce qui agit en nous c'est la gloire commencée, et que la gloire c'est la grâce consommée. De là vient que le Fils de Dieu nous promet une eau qui jaillit à la vie éternelle-; c'est la grâce qui tend à la gloire, et qui venant du ciel va chercher sa perfection dans le ciel.

Davantage, les vertus divines que le Saint-Esprit fait en nous, comme la foi, l'espérance et la charité, s'attachent à Dieu d'une telle ardeur qu'elles ne peuvent goûter que lui seul : il les a faites d'une nature si noble, et d'une si vaste capacité, qu'il ne lui est pas possible de les satisfaire, à moins qu'il ne se donne lui-même.

Ces vérités étant supposées, dire que Dieu doit la vie éternelle aux œuvres qu'il jjroduit en nous par la grâce, c'est dire qu'il se doit cela à luimême, d'accomplir l'ouvrage qu'il a commencé, d'achever le merveilleux édifice dont il a posé les fondements, de contenter les désirs qu'il a inspirés,

1. liene opcraniihus usqne in /inem, et in Deo sprrantihus , prnponend'i est vit't ceternt , et tanguant i/ratia Fitiis DH per Jesnm Cliristuni misericorditi^r promissa, et tanquam nierces ex ipsius Dei promissione bonis ipsorutn opcribus et tneritis fidcli' tey reddenda. Sess. vi, cap. 16.

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