Joan,, IV
DU SIEUR PAUL FERRY
el de rassasier une avidité qu'il a faite ; est-il rien de plus digne de sa sagesse?
Enfin, il y a grande difTérence de considérer l'homme en qualité d'homme, et l'homme comme membre de Jésus-Christ. Car lorsque les lidèles agissent comme membres de Jésus-Christ, leurs actions appartiennent à Jésus-Christ même', parce qu'elles viennent de la vertu qu'il répand en eux, c'est-à-dire, de son Esprit, qui les prévient, qui les suit, qui les accompagne, qui fait qu'elles sont actions divines, et desquelles par conséquent la dignité ne peut être assez exprimée.
On peut comprendre par ces principes tout ce que nous croyons du mérite. Il faut premièrement poser l'action, c'est-à-dire, l'opération lilire de nos volontés après que la grâce les a délivrées; secondement, la dignité de l'action qui vient toute de Jésus-Christ, comme nous l'avons assez expliqué; et entln la promesse divine sur laquelle est appuyée notre conhance; parce que le véritable lidéle ayant persévéré jusqu'à la On dans la foi qui agit par la charité, et ayant par ce moyen accompli la loi selon la mesure de cette vie à la manière que nous avons exposée , peut dire qu'en vertu de celte promesse il a droit sur l'héritage céleste. C'est ce que nos théologiens appellent mérite de condignité. Je ne pense pas que nos adversaires trouvent rien à reprendre en la chose; et il n'est pas bienséant à des chrétiens de se débattre pour des paroles; et moins encore pour celle-ci, dont le concile de Trente ne se sert pas, et qui n'est usitée en l'école, que pour exprimer avec plus de force la valeur et la dignité que le mérite de Jésus-Christ donne aux bonnes œuvres.
Celle doctrine fait bien entendre ce que saint Augustin nous a enseigné par l'autorité des Lettres sacrées, que la vie éternelle est donnée aux œuvres, et néanmoins qu'elle ne laisse pas d'être grâce. Elle est donnée aux œuvres , parce que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres^. El cependant il est certain que c'est une grâce , parce qu'elle nous est promise par grâce; elle nous est préparée dès l'éternité par la grâce de celui qui nous a choisis en Jésus-Christ, afin que nous fussions saints'. Les bonnes œuvres qui nous l'acquièrent ne sont point en nous comme par nous-mêmes, mais nous y sommes créés par la grâce •*, qui opère en nous le vouloir et le faire^ ; et si nous persistons jusqu'à la fin, c'est par ce don spécial de persévérance, qui est le plus grand bienfait de la grâce : si bien qu'il ne reste plus autre chose à l'homme , sinon de se glorifier en Notre Seigneur, qui donne la vie éternelle aux mérites, mais qui donne gratuitement les mérites, selon ce que dit le concile de Trente, que les mérites sont des dons de Dieu.
Ainsi, comme remarque saint Augustin, qui finira cette question après l'avoir si bien commencée, tous les desseins de la Providence se rapportent à ces trois choses : Car ou Dieu rend le mal pour le mal , ou il rend le bien pour le mal, ou il rend le bien pour le bien. Il rend le mal pour le mal, le supplice pour le péché, parce qu'il est juste; il rend le bien pour le mal, la grâce pour l'injustice, parce qu'il est bon; enfin, il rend le bien pour le bien, la gloire éternelle pour la bonne vie, parce qu'il est
l.Conc. Trid., Sess. ti,c. 16.— 2. Apoc, xxu. 12. I. 4. —t. Idem, II. 10. — 5. Phil., ii. 13.
Z.Epti.,
juste et bon tout ensemble'. C'est pourquoi nous disons avec le Psalmiste : OSeupieur, je vous chanterai miséricorde et jugement^ ! parce que tous les ouvrages de Dieu sont compris sous la miséricorde et sous la justice. La condamnation des méchants est une action de pure justice, la justification des pécheurs est une pure miséricorde , le couronnement des saints est une miséricorde mêlée de juslice, avec un si juste tempérament, que l'une ne diminue point la gloire de l'autre; la justice nous étant proposée pour nous relever le courage, et la sainte miséricorde, pour fonder solidement notre humilité.