Ps., c. 1. — 3. /oa« , XVI
RÉFUTATION DU CATÉCHISME
Gel amour du Père i^tcrnel suil nos anivres : mais il y a un autre amour ([ui les prévient. Car, comme rcmari|uc saint Augustin', c'est Dieu qui l'ail en nous cet amour par lequel nous aimons son Fils, el il l'aime parce qu'il le fait; mais il ne ferait pas en nous ce qu'il aime, si avant que de le faire il ne nous aimait. D'où il s'ensuit que les bonnes œuvres ne peuvent pas être tout le motif pour lequel Dieu nous favorise, j)uis(|u'il y a en Dieu un amour qui est le principe des bonnes œuvres.
Davantage , nous ne croyons pas que lorsque Dieu couronne les œuvres, il termine son affection simplement aux œuvres. Car après le malheur de notre pèclié , il est certain que la bonne vie ne nous aurait acquis aucun droit sur la couronne d'immortalité, si Dieu par sa bonté ne l'avait promis à cause de Notre Seigneur Jésus-Christ, comme dil le concile de Trente, et si en conséquence de cette promesse il n'agréait au nom de son Fils les bonnes teuvres que nous faisons. C'est pourquoi le môme concile parlant des œuvres de pénitence dit , « qu'elles tirent de Jésus-Christ toute leur vertu; » que c'est lui qui les offre à son Père; qu'en lui » elles sont reçues par son Pcre^. » Tellement que nous confessons que Dieu ne nous aime qu'en Jésus-Christ, qu'il ne nous considère qu'en Jésus- Christ, qu'il ne reçoit nos œuvres que par Jésus- Christ. Une profession de foi si sincère ne surmontera-t-elle jamais l'opiniâtreté do nos adversaires"?
I\Iais ils ne seront pas satisfaits de nous jusqu'à ce que nous disions avec eux que toute la justice des élus de Dieu n'est que souillure et iniquité : c'esl ce que nous ne pouvons accorder; et nous les conjurons en Notre Seigneur qu'ils cessent d'outrager l'esprit de la grftce , se souvenant que cette justice vient de Jésus-Christ , et que c'est Dieu môme qui la fait en nous. A Dieu ne plaise que nous croyions que Jésus-Christ amenant ses élus au Père , ne lui présente que des ordures qu'il aura laissées, et non point une justice qu'il aura faite. Car si son Esprit-Saint agit en nos cœurs , qu'est-ce qu'il y peut former sinon la justice? Or, la justice, qui n'est telle que devant les hommes , n'est autre chose qu'une hypocrisie. Donc la justice des prédestinés sera justice même aux yeux de Dieu.
Et certes , il ne meurt aucun des élus dans lequel la grâce de Dieu n'ait affermi le règne de la charité sur la convoitise, ainsi qu'il a été expliqué ailleurs^. Par conséquent ces péchés énormes qui éteignent la charité ne se rencontrent plus en leurs ;\mes , et leurs affections sont dans un bon ordre , parce qu'ils meurent attachés à Dieu. Telle est la Justice des prédestinés. Mais ils n'auront pas pour cela de quoi se glorifier en eux-mêmes; parce que Dieu, qui les trouvera justes, les trouvera tels qu'il les a faits, et il ne couronnera que ses propres dons.
Cessez donc de nous reprocher, nos chers frères, que nous établissons les mérites pour nous élever contre Dieu. Si nous présumions des mérites, dirions-nous tous les jours à Dieu dans l'auguste sa-
1. Amorem it'ique 7instrum pittjn fecit Deus , et vidit qui'i bonum est ; ideo quippe amrtvit ipse quod fecit;sed innohis non faceret quod amaret, iiisi, autequam id faccret ^ nos amaret. Tract, eu, inJoan.,n. 5, toin. m, part. II, roi. 755.
2. Ab ipso vim hnhent , per ipsum offeruntur Patri, per ipsum acceptuntur à Pâtre . Soss. xiv, cap. 8.