‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 16 sur 631 · Pog. 201, 265. — 2.Jusl., Ep. aj. Diog., n. l,p · texte numérisé non relu

Pog. 201, 265. — 2.Jusl., Ep. aj. Diog., n. l,p

aurez toujours à vous élever au-dessus des termes où vous ressentirez de l'imperfection; puisque dans l'extrême pauvreté do notre langage, il faudra môme s'élever au-dessus de ceux que vous trouverez les plus parfaits.

XXXl.X. Comment Dieu commande à son Fils. — Il faut dans le même esprit épurer encore le terme du commandement. Le Fils a tout fait, et il s'est fait homme par le commandement de son Père ; le Père a commandé à sa parole qui est son Fils. Quoi ! par une autre parole'? Illusion. Le Fils est lui-même le commandement du Père, ou pour parler avec saint Clément d'Alexandrie, sa volonté toute puissante' ; il est, dis-je, son commandement à même titre qu'il est sa parole : quand il agit par commandement , c'est qu'il agit en même temps par la volonté de son Père et par la sienne; car si Dieu agit par son Verbe ou par sa parole , cette parole ou ce Verbe agit aussi, parce qu'il est une personne; autrement le Fils de Dieu ne dirait pas : Mon Père agit, et moi j'agis aussi-; et si en recevant la vie du Père, il n'avait pas la vie en luimême, il ne dirait pas : Comme mon Père a la rie en lui-même, ainsi il a donné à son Fils d'avoir la vie en lui-même^. Le Père lui commande donc, non par une autre parole, autrement il faudrait aller à l'infini ; mais par la parole qui est le Fils lui-même : et il reçoit le commandement, comme il reçoit de son Père d'être sa parole. Ténèbres impénétrables pour les incrédules; mais à nous, qui sommes ravis de croire sans voir ce que nous espérons de voir un jour, tout cela est esprit et vie.

XL. En quel sens on a pu dire que le Fils de Dieu était une portion de la substance de soyi Père; et si ce terme induisait l'inégalité : comment et en quel sens le Père est le tout. — Mais que dirons-nous de ces portions et de ces parties de substance que quelques Pères attribuent au Fils de Dieu? Car c'est là que M. Jurieu met son fort pour conclure l'inégalité''. Que ce ministre est injuste! Il a bien osé se permettre de dire que le Fils de Dieu n'était pas toute la divinité; et il veut que nous excusions par une bénigne interprétation une expression si étrange, pendant qu'tf tient à la gorge ses conserviteurs, pour ne pas dire ses maîtres et les saints docteurs de l'Eglise; et jusqu'à les étrangler'', il les presse en leur disant : Tu as dit portion, tu as dit partie; tu as mis l'inégalité. Mais, encore un coup, qu'il est injuste par un autre endroit; puisqu'il avoue que ces mots de portion et de partie ne sont employés que dans des comparaisons, telles que sojit celles du soleil et de ses rayons, de la source et de ses ruisseaux ! Mais quoi ! vous oubliez donc que c'était une comparaison , et non pas une identité, qu'on voulait vous proposer? Vous ne songez même pas que toute comparaison, surtout lorsqu'il s'agit de Dieu, est d'une nature imparfaite et dégénérante? Mais laissons là le ministre qui se permet tout , et qui est inexorable envers tout le monde. Répondons aux gens équitables qui nous demandent de bonne foi, si ces termes de portion et de partie peuvent s'épurer comme les autres. Aisément, en les rapportant à l'origine des Personnes divines : car le Père communique tout à son

1. Strom., V. —2. Joan., v. 17. —3. Idem, 26. — 4. Lell. vi, 16S9, p. 45; Tab., LeU.vi.p. 264. — 5. Matth., y.vm.

SIXI1\MR ET DEIiNIER AVERTISSEMENT.

Fils excepté d'ôtrc Pùrc, qui ost quehiuc cliose do subslaiilicl, puisque c'est (|uol(iue chose de subsistant. C'est comme dans une source, dont le ruisseau n'a rien de moins ((u'cllc; puisque loules les eaux de la source passent continuellement et inépuisablement au ruisseau, qui, à, vrai dire, n'est autre chose que la source continuée dans toute sa plénitude : mais la source, en répandant tout, se réserve d'ôlre la source; et s'il est permis en tremblant d'en l'aire l'application, le Père en communiquant tout à son Fils et se versant tout entier, pour ainsi dire, dans son sein, se réserve d'être le Père. En ce sens donc et avec ces restrictions, on dira, dans la pauvreté de notre langage, qu'il n'y aura dans le Fils qu'une parlie de l'èlre du Père, puisque l'èlre Père n'y sera pas. Mais nous pouvons encore en invoquant Dieu, et par le souille de son Saint- Esprit, nous laisser élever plus haut; et dans une plus sublime contemplation , nous dirons que comme principe et source de la Trinité, le Père contient en lui-même le Fils et le Saint-Esprit d'une manière bien plus parfaite que l'arbre ne contient son fruit, et le soleil tous ses rayons : qu'en ce sens le Père est le tout, et que le Fils et le Saint- Esprit étant aussi le tout en un autre sens et dans le fond , parce que rien ne se partage dans un être parfaitement simple et indivisible, le Père demeure le tout en cette façon particulière et en qualité de principe , qui , à notre façon de parler, est en lui la seule chose incommunicable.

XLI. Puissance de l'unilé, et que les Personnes divines devaient toutes se rapporter à un seul principe. Sublime tht'olorjie de saint Alhanase. — Par là se voit la puissance et la force de l'unilé à laquelle tout se réduit naturellement; puisque , selon la remarque de saint Alhanase', non-seulement Dieu est un i>ar l'unité de son essence; mais encore que la distinction qui se trouve entre les Personnes se rapporte à un seul principe qui est le Père, et même de ce côlé-là se résout linaloinent à l'unilé pure. De là vient que ce sublime théologien conclut l'unilé parfaite de Dieu , non-seulement de l'essence qui est une , mais encore des Personnes qui se rapportent nalurellement à un seul principe; car s'il y avait en Dieu deux premiers principes, au lieu qu'il n'y en a qu'un qui est le Père, l'unité n'y régnerait pas dans toute sa perfection possible; puisque tout se rapporterait à deux, et non pas à un. Mais comme la fécondité de la nature divine, en niulti]Flianl les Personnes, rapporte enhn au Père seul le Fils et le Saint-Espril qui en procèdent, tout se trouve primilivemont renfermé dans le Père comme dans le lout, à la manière qui a élé dite, et la force de l'unilé inséparable de la pcrfeclioii se fait voir iiifiniiiu'nl.

-XLII. Pourquoi le Père est appelé Dieu avec une attrihulioii particulière, et d'cnl vient qu'ordinairement la prière et l'adoration s adressent au Père. — Je ne me jelle jias sans nécessité dans celte haute théologie; puisque c'est elle qui nous fait enlendre d'où vient que dans l'Ecrilure, et ensuite dans les saints docteurs qui oui formé leur langage sur ce modèle, le nom de Dieu est donné ordinairement au Père seul avec une atlribulion parliculiére : ce qui se fait sans exclusion du Fils et du Saint-Esprit;

1. Orat.\\ nunc IV in Arian., i, «. i; iom. i, part. I, p. 717.

puisi[u'au cordraire cela se fait en les regardant comme originairement contenus dans leur principe. De là vient, pour jiousscr plus loin celte divine contcm])lalion, (juc la prière et l'adoration s'est adressée de tout temps, selon la coutume de l'Eglise, ordinairement au Père seul par le Fils dans l'unité du Saint-Esprit : non qu'on ne les puisse invoquer directement, puisque Jésus-Christ luimôme nous a appris à le faire dans l'invocation la plus aulhenlique qui se fasse parmi nous, qui est celle du baptême et de la consécration du nouvel homme; mais parce qu'il a plu au Sainl-Esprit, qui dicte les prières de l'Eglise, qu'en élernelle recommandalion de l'unilé du principe, on adressât ordinairement l'invocation au Père , dans lequel on adore ensemble et le Fils et le Saint-Espril comme dans leur source; afin que par ce moyen l'adoration suivit l'ordre des émanations divines, el prit, pour ainsi parler, le même cours : ce qui faisait dire à saint Paul : Je fléchis mes genoux devant le Père de Notre Seiqneur Jèsus-Christ', sans exclure de cette adoration ni Jésus-Chrisl, Dieu béni au-dessus de tout'^, ni le Sainl-Espril inséparable des deux, mais regardant et le Fils et le Saint-Esprit dans le Père qui est leur principe; d'où vient aussi primilivement la grâce de l'adoption, et toute paternité, toute consanguinité, toule alliance, dans le ciel et dans la lerre^.

Toutes les fois donc qu'on voit dans les anciens le Fils el le Saint-Esprit comme rangés après Dieu, il faut toujours se souvenir que c'est selon l'ordre I de leur procession, les regarder dans le principe de leur être d'où ils sortent sans diminution, puisque c'est sans dégénérer d'une si haute origine : et ceux qui entendront bien ce divin langage, surmonteront aisément les dilFicultés, que la profondeur d'un si haut mystère nous fait trouver quelquefois dans les explications des saints docteurs.

XLIII. Pourquoi dans les choses divines on se sert de similitudes tirées des choses humaines. — Pour ce qui regarde les similitudes tirées des choses humaines, si on s'étonne de les trouver si fréquemment usitées en cette matière, puisqu'on avoue qu'elles sont si défectueuses; il faut enlendre que la faiblesse de noire discours ne peut soutenir longtemps la simplicité si abstraite des choses spirituelles. Le langage humain commence par les sens. Lorsque l'homme s'élève à l'esprit comme à la seconde région , il y iransporle quelque chose de son premier langage. Ainsi l'attention de l'espril est tirée d'un arc tendu : ainsi la compréhension est tirée d'une main qui serre et qui embrasse ce qu'elle tient. Quand de celte seconde région nous passons à la suprême, qui est celle des choses divines, d'autant plus qu'elle est épurée, et que notre esprit est embarrassé à y trouver prise; d'autant plus est-il contraint d'y perler le faible langage des sens pour se soutenir; et c'est [lourquoi les expressions tirées des choses sensibles y sont plus fré(|uiinlcs.

-XLIV. Comment il faut prendre les comparaisons tirées des choses créées : deux excellentes comparaisons des saints Pères sur la génération du Fils de Dieu. — L'iulelligence en sera aisée à ceux qui sauront comprendre ce ipie le ministre a lâché cent

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