Eph., m. U. — 2. Rom., ix. 5. — 3. Hpli., m
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
fois de dérober à notre vue; c'est, comme nous l'avons dit , que toutes les comparaisons tirées des choses humaines sont les efTets comme nécessaires de l'efl'ort que fait notre esprit, lorsque prenant son vol vers le ciel , et retombant par son propre poids dans la matière d'où il veut sortir, il se prend comme à des branches à ce qu'elle a de plus élevé et de moins impur, pour s'empêcher d'y être tout à fait replongé. Lorsque, poussés par la foi, nous osons porter nos yeux jusqu'à la naissance éternelle du Verbe, de peur que nous replongeant dans les Images des sens qui nous environnent, et, pour ainsi dire, nous obsèdent, nous n'allions nous représenter dans les Personnes divines et la différence des âges et l'imperfection d'un enfant venant au monde, et toutes les autres bassesses des générations vulgaires; le Saint-Esprit nous présente ce ((ue la nature a de plus beau et de plus pur, la lumière dans le soleil comme dans sa source, et la lumière dans le rayon comme dans son fruit. Là on entend aussitôt une naissance sans imperfection, et le soleil aussitôt fécond qu'il commence d'être, comme l'image la plus parfaite de celui qui , étant toujours , est aussi toujours fécond. Arrêtés dans notre chute sur ce bel objet, nous recommençons de là un vol plus heureux, en nous disant à nousmêmes , que si l'on voit dans les corps et dans la matière une si belle naissance, à plus forte raison devons-nous croire que le Fils de Dieu sort de son Père comme l'éclat rejaillissant de son éternelle lumière, comme une douce exhalaison et émanatio7i de sa clarté infinie, comme le miroir sans tache de sa majesté et l'image de sa bonté parfaite. C'est ce que nous dit le livre de la Sagesse'. Et si nos prétendus réformés ne veulent pas recevoir de là ces belles expressions, saint Paul les leur ramasse en un seul mot, lorsqu'il appelle le Fils de Dieu l'éclat de la gloire et l'empreitite de la substance de son Père^. Il n'y a rien qui démontre mieux dans le Père et dans le Fils la même nature, la même éternité, la même puissance, que cette belle comparaison du soleil et de ses rayons , qui , portés à des espaces immenses, font toujours un même corps avec le soleil, et en contiennent toute la vertu. ^lais qui ne sent toutefois que cette comparaison, quoique la plus belle de toutes, dégénère nécessairement comme les autres? et si l'on voulait chicaner, ne dirait-on pas que le rayon, sans se détacher du corps du soleil, souffre diverses dégradations, ou, comme parlent les peintres, que les teintes de la lumière ne sont pas également vives '? Pour ne point laisser prendre aux hommes une idée semblable du Fils de Dieu, saint Justin, le premier de tous, présente à l'esprit un autre soutien : c'est dans la nature du feu , si vive et si agissante , la prompte naissance de la flamme d'un flambeau soudainement allumé à un autre'. Là se répare parfaitement l'inégalité que le rayon semblait laisser entre le Père et le Fils; car on voit dans les deux llamlieaux une flamme égale, et l'un allumé sans diminution de l'autre : ces portions et ces divisions, qui nous offensaient dans la comparaison du rayon, ne paraissent plus. Saint Justin observe expressément qu'il n'y a ici, ni dégradation ou diminution,
1. Sap., Mil. 25,26. —2. Htb., i. 3. — 3. Lib. adv. Tri/ph., n. 61, p. 16S.
ni partage; et M. Jurieu remarque lui-même', que ce martyr satisfait parfaitement à ce que demandait régàlité. Il est donc à cet égard content de lui , et peu content de Tertuliien avec ses portions et ses parties. Mais s'il n'était point entêté des erreurs qu'il cherche dans les Pères, il n'y aurait qu'à lui dire que tout tend à la même tîn ; qu'il faut prendre des comparaisons , non , comme il fait, le grossier et le bas; autrement le flambeau allumé de saint Justin ne serait pas moins fatal à l'union inséparable du Père et du Fils , que le rayon de Tertuliien semblait l'être à leur égalité : car ces deux flambeaux se séparent; on en voit l'un briller quand l'autre s'éteint; et nous sommes bien loin du rayon qui demeure toujours attaché au corps du soleil. C'est donc à dire, en un mot, que de chaque comparaison il ne fallait prendre que le beau et le parfait : et ainsi on trouverait le Fils de Dieu plus inséparablement uni à son Père, que tous les rayons ne le sont au soleil , et plus égal avec lui que tous les flambeaux ne le sont avec celui où on les allume; puisqu'il n'est pas seulement un Dieu sorti d'un Dieu, mais, ce qui n'a aucun exemple dans les créatures , un seul Dieu avec celui d'où il est sorti °.
XLV. Qu'en se servant des comparaisons tirées des choses corporelles , les Pères ont toujours présupposé que Dieu était un pur esprit. — Et ce qui rend cette doctrine sans difficulté, c'est que tous les Pères font Dieu immuable, comme on a vu dans une évidence à ne laisser aucun doute. Ils ne le font pas moins spirituel et indivisible dans son être, « sans grandeur, sans division , sans couleur, sans » tout ce qui touche les sens , et inapercevable à » toute autre chose qu'à l'esprit'. » Car aussi estil immuable s'il est divisible, s'il se diminue, s'il se partage? Qui est donc Dieu, est Dieu tout entier, ou il ne l'est point du tout; et qui est Dieu tout entier ne dégénère de Dieu par aucun endroit. Tous les Pères sont uniformes sur la parfaite simplicité de l'Etre divin ; et Tertuliien lui-même, qui, à parler franchement, corporalise trop les choses divines, parce qu'aussi dans son langage inculquant, le mot de corps, peut-être, signifie substance, ne laisse pas, en écrivant contre Hermogène , de convenir d'abord avec lui , comme d'un principe commun, que Dieu n'a point de parties, et qu'il est indivisible'' : de sorte qu'en élevant leurs idées par les principes qu'ils nous ont donnés eux-mêmes, il ne nous demeurera plus dans ces rayons , dans ces extensions, dans ces portions de lumière et de substance, que l'origine commune du Fils et du Saint- Esprit, d'un principe infiniment communicatif ; et, à vrai dire, ce qu'a dit le Fils en parlant du Saint- Esprit, il prendra du mien, ou de ce que j'ai, de meo'% comme je prends de mon Père avec qui tout m'est commun.
XLVI. Que les Pères ont su épurer toutes les expressions tirées des choses humaines, et établir l'égalité du Père et du Fils. — Il ne fallait donc pas imaginer dans la doctrine des Pères ce monstre d'inégalité , sous prétexte de ces expressions qu'ils ont bien su épurer, et bien su dire avec tout cela ,
1. Tah., Lelt. vi . p. 229. — 2. Tertal. adv. Prax., n. 12. — 3 Just. adv. Tryph., etc., sup. Alhenag. Leg. pro Christ, sup., itc — i. Cap.2,etc. — 5. Joan., xvi. 15.