‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 174 sur 631 · I. Pag. 49. — 2. Lib. rr, Inst., ch · texte numérisé non relu

I. Pag. 49. — 2. Lib. rr, Inst., ch

tout l'univers, aura-t-elle oublié l'Eglise, qu'elle a choisie dés l'élernité pour y faire éclater sa sagesse ? Par conséquent si l'Eglise romaine était encore la vraie Eglise, lorsque nos adversaires s'en sont retirés, il est clair qu'elle nourrissait les fidèles de Jésus-Christ. Et qui ne sait que la nourriture des enfants de Dieu , c'est sa parole et sa vérité? De là vient que le Saint-Esprit , qui opère continuellement dans la vraie Eglise pour la rendre toujours féconde, lui est aussi donné comme maître qui lui enseigne la saine doctrine, afin qu'elle allaite comme nourrice ceux qu'elle aura conçus comme mère : ce qui montre bien que la vérité est inséparable de la sainte Eglise. Si donc les principes de nos adversaires prouvent que l'Eglise qu'ils ont quittée était encore l'Eglise de Dieu dans le tenips qu'ils en sont sortis, n'est-ce pas une rébellion manifeste de ne s'être pas soumis à son jugement?

Les calvinistes se persuadent que cette doctrine que nous enseignons , de l'infaillibilité de l'Eglise , tend à la faire juge souveraine môme de l'Ecriture divine; mais ils sont bien éloignés de notre pensée. Je ne dispute point en ce lieu si l'Ecriture sainte est claire ou obscure; il me suffit que nous confessons tous d'un commun accord, que c'est sur le sens de cette Ecriture que toutes les questions ont été émues. Nous ne disons donc pas que l'Eglise soit juge de la parole de Dieu, mais nous assurons qu'elle est juge des diverses interprétations que les hommes donnent à la sainte parole de Dieu, et que c'est à elle qu'il appartient, à cause de son autorité magistrale , de faire le discernement infaillible entre la fausse explication et la véritable.

Qu'il faut chercher la vérité dans l'unité. — Nos adversaires nous repartiront qu'il faut que chaque fidèle en particulier discerne la bonne doctrine d'avec la mauvaise par l'assistance du Saint-Esprit; ce que nous accordons volontiers, et jamais nous ne l'avons dénié; aussi n'est-ce pas en ce point que consiste la difficulté. Il est question de savoir de quelle sorte se fait ce discernement. Nous croyons que chaque particulier de l'Eglise le doit faire avec tout le corps et par l'autorité de toute la communion catholique à laquelle son jugement doit être soumis; et cette excellente police vient de l'ordre de la charité, qui est la vraie loi de l'Eglise : car lorsque Jésus-Christ l'a fondée, le dessein qu'il se proposait, c'est que ses fidèles fussent unis par le lien d'une charité indissoluble. C'est pourquoi il n'a pas permis que chacun jugeât en particulier des articles de la foi catholique, ni du sens des Ecritures divines; mais, afin de nous faire chérir davantage la communion et la paix, il lui a plu que l'unité catholique fût la mamelle qui donnât le lait à tous les particuliers de l'Eglise, et que les fidèles ne pussent venir à la doctrine de vérité , que par le moyen de la charité et de la société fraternelle.

De "là vient que nous voyons dans les Actes qu'une grande question s'étant élevée touchant les cérémonies de la loi, l'Eglise s'assembla pour la décider; et après l'avoir bien examinée , elle donna son jugement en ces mots : Il a plu au Saint-Esprit et à nous'. Cette façon de parler si peu usitée dans les saintes Lettres, et qui semble mettre dans un même

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