‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 175 sur 631 · Acl., XV · texte numérisé non relu

Acl., XV

RÉFUTATION DU fiATÉCIUSME

nuis le Sailli-Esprit et ses serviteurs, enccl;i même qu'elle csl cxlrnurdinaire, avertit le lecteur alteiilir que Dieu veut l'aire entendre à l'Eglise quelque vérité importanle; car il semble que les apôtres se devaient contenter de dire que le Saint-Esprit s'expliquait par leur ministère : mais Dieu, qui les gouvernait intérieurement par une sagesse profonde , considérant par sa providence combien il était important d'établir en termes très-forts l'inviolable autorité de l'Eglise dans la première de ses assemblées, leur inspira cette expression magninque : Il a plu au Saint-Esprit et à «oms, alin que tous les siècles apprissent, par un commencement si remarquable, que les fidèles doivent écouter l'Eglise , comme si le Saint-Esprit leur parlait luimême.

Et il serait ridicule de nous objecter que cette autorité magistrale, qui décide les questions avec une certitude infaillible, n'a été dans l'Eglise qu'au temps des apôtres; car cette pensée serait raisonnable, si toutes les questions sur les saintes Lettres eussent dii aussi finir avec eux. Mais au contraire, le Saint-Esprit prévoyant que chaque siècle aurait ses disputes, dès la première qui s'est élevée, nous donne le modèle assuré selon lequel il faut terminer les autres, quand il est ainsi nécessaire pour le bien et pour le repos de l'Eglise. Tellement qu'il appartiendra à l'Eglise, tant qu'elle demeurera sur la terre , de dire à l'imitation des apôtres ; Il a plu au Saint-Esprit et à nous. En elfet, les anciens docteurs ont attribué constamment à l'esprit de Dieu ce qu'ils voyaient reçu par toute l'Eglise : et c'est pour cette raison que saint Augustin parlant de la coutume de communier avant que d'avoir pris aucun aliment, « il a plu, dit-il', au Saint-Esprit » que le corps de Noire Seigneur fût la première » nourriture qui entr;\t en la bouche du chrétien. » Il est digne d'observation qu'encore que cette coutume ne soit appuyée sur aucun témoignage de l'Ecriture, toutefois il ne craint pas d'assurer que le Saint-Esprit le veut de la sorte, parce qu'il voit le consentement de l'Eglise universelle. C'est pourquoi le même saint Augustin, disputant du baptême des petits enfants : « Il faut, dit-iP , soulfrir » ceux qui errent dans les questions qui ne sont pas » encore bien examinées, qui ne sont pas pleine- » ment décidées par l'autorité de l'Eglise; c'est là » que l'erreur se doit tolérer : mais il ne doit pas » entreprendre d'ébranler le fondement de l'Eglise. » Ainsi cet incomparable docteur, non-seulement ne permet pas qu'on dispute après que l'Eglise a déterminé; mais il estime qu'on sape le fondement, (|uaiid on révoque en doute ce qu'elle décide. C'est à cause que par un tel doute son infaillibilité est détruite; et cette infaillibilité est le fondement , parce qu'elle a été donnée à l'Eglise pour alVcrmir les esprits lloltants , aussi bien que pour réprimer les présomptueux.

Ce qui doit encore nous faire connaître quelle était la déférence de saint Augustin pour les déter-

i. PlacuU Spiritu soncto , lit in honorem tanti Sacrnmenti in on christiani priiis corpus Jiominicum inCraret; quùm cœteri cilii. Ep. cxviii. niinn i.iv, n. 8, tuin. ii, col. 120.

2, Fcrendus est disputatof errans in atiis qnœstionihus non ditigcntey digestis, nondum pl<-nd Eccltuia: auctoricate firmatis ; fercndlts est crror : non itsr/ue udeo progvedi débet, ttt fund'tme>ttuin ipsuin Kcclesiœ quatcre motiatur. Sarm. xiv do Verb. ApnsC. nunu ccxciv de btipt. parv., a. 20, tuiii. v, col. 1191.

minations de l'Eglise, c'est ce qu'il écrit de saint Gypricn , et du baptême donné par les hérétiques. Saint Cyprien avait enseigné qu'il ne méritait pas le nom de baptême. Saint Augustin soutenait avec l'Eglise, qu'un hérétique peut baptiser : « Mais, » dit-il', nous n'oserions pas l'assurer nous- » mêmes, si nous n'étions fondés sur l'autorité de » l'Eglise universelle, à laquelle saint Cyprien au- » rait cédé très-certainement , si la vérité éclaircie » eut été dès lors conlirméc par un concile univer- » sel. » Où je trouve très-remarquable que ce qu'il enseigne si constamment comme une vérité catholique, il avoue qu'il n'oserait pas l'assurer sans l'autorité de l'Eglise ; il faut donc qu'il estime l'Eglise infaillible, puisqu'elle seule le fait parler liardimentet sans aucun doute. Et ce qui le montre sans difficulté, c'est qu'encore que saint Cyprien ciit été ouvertement d'un avis contraire à celui qui était reçu dans l'Eglise, il ne doute pas que ce saint martyr n'eut cédé, si elle avait jugé de son temps. C'est qu'il croit si absolument nécessaire de se soumettre à son jugement, qu'il ne lui entre pas dans l'esprit que jamais un homme de bien puisse avoir une autre pensée. Et certes , le grand Cyprien a bien témoigné quelle était sa vénération pour l'Eglise, lorsqu'interrogé par un de ses collègues sur les erreurs de Novatien , il lui fait cette belle réponse : « Pour ce qui regarde Novatien, duquel » vous désirez que je vous écrive quelle hérésie » il a introduite, sachez premièrement, mon cher » frère, que nous ne devons pas même être curieux » de ce qu'il enseigne, puisqu'il n'enseigne pas » dans l'Eglise. Quel qu'il soit, il n'est pas chrétien » n'étant pas en l'Eglise de Jésus-Christ^. » Il tient la doctrine de l'Eglise si constante et si assurée, qu'il ne veut pas même que l'on s'informe de ce que disent ceux qui s'en séparent ; bien loin de permettre qu'on les reçoive à justilier ce qu'ils enseignent, il croit infailliblement qu'ils enseignent mal, dès qu'ils n'enseignent pas dans l'Eglise. Ne fallait-il pas que ce saint martyr fut persuadé, aussi bien que saint Augustin , « que celui qui est hors » de l'Eglise ne voit ni n'entend; que celui qui est » dans l'Eglise n'est ni sourd ni aveugle '; » c'està-dire , qu'on est assuré de n'être jamais aveuglé d'erreur, ni jamais sourd à la vérité, tant qu'on suit les sentiments de l'Eglise; et comment cela est-il véritable, si l'Eglise même a erré souvent, ainsi que le minisire l'enseigne?

Mais avant que de sortir de cette matière, écoutons un reproche qu'il fait à l'Eglise sur le sujet de celte autorité souveraine que nous donnons à ses jugements. 11 nous olijccteque nous croyons qu'elle peut augmenter le Symbole et établir de nouveaux articles de foi''; d'où il tire celte conséquence, que notre religion est un accroissement de nouveauté; et qu'elle n'est pas encore achevée. Cette calomnie

1. Nec nos ipsi taie aliquid auderemus asserere , nîsî univcfsœ Ecclrsiœ conrordissimà auctoritate firmali; cui et ipse sine dubio cederet , si jatn itlo tetnpore questionis hitjus veritaseliqnata et declurata per plcnariurn conciliiim solidaretu)'. Lib. ii. do Btp., c. 4, n. 5, tom. [x, cul. US.

2. Seins nos primo in loco nec curiosos esse debere qitid ilîe doceat, cùm foris doceat. Quisquis ille est , et qualiscumque est, christiimusHon est, qiiiin C/iristi Ecclesiâ non est. Ep. lu ad Aiitun., p. 7,'!.

3. li.vtrti illam qui est, nec audit ner. videt ; intra enm qui est, nec surdusnec cœcus est. lu Paalm. lvii, n. 7, oui. 4V0.

Page 1