‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 176 sur 631 · Paij.iO · texte numérisé non relu

Paij.iO

DU SIEUR PAUL FERRY

est insupportable; el la simple proposition de notre doctrine confondra la mauvaise foi du ministre; car il nous impose trop visiblement, s'il ose dire que nous estimions que la foi de l'Eglise puisse èlre nouvelle : une des choses que nous tenons plus certaine, c'est que sa créaace est invariable. Quand donc elle publie un nouveau Symbole , ou quand elle le propose plus ample, il est ridicule de lui objecter qu'elle veut établir une foi nouvelle, puisqu'elle ne prétend autre chose que d'expliquer plus distinctement la foi ancienne. Nous ne sommes pas si perdus de sens que de nous imaginer que l'Eglise fasse les vérités catholiques; nous disons seulement qu'elle les déclare. Car encore qu'elles soient toujours en l'Eglise , elles n'y sont pas toujours en même évidence. C'est pourquoi, il arrive souvent qu'on erre innocemment en un temps, et qu'après la même erreur est très-criminelle; ce qui ne choquera pas ceux qui comprendront que, comme c'est une inlîrmilé excusable de faillir avant que les choses soient bien éclaircies, c'est une pernicieuse opiniâtreté de résister à la vérité reconnue. On peut dire en ce sens que l'Eglise établit en quelque sorte des dogmes de foi, parce que les ayant bien pesés, et après les proposant aux lidèles par l'autorité qui lui est donnée, il n'y a plus qu'une extrême présomption qui ose préférer son senliraenl propre, à une déclaration authentique de toute l'Eglise; et de là vient que l'erreur est inexcusable. C'est pour cela que celle de saint Cyprien touchant le baptême des hérétiques, est très-justement excusée; et celle des donatisles sur le même point, très-légitimement condamnée. Car, comme remarque saint Augustin', ce bienheureux martyr a erré avant que le consentement de toute l'Eglise eût confirmé ce qu'il fallait faire; et d'ailleurs il nous a appris, que nous devons supporter l'erreur dans les choses qui n'ont pas été décidées par l'autorité de l'Eglise^. Ainsi, avant le concile de Jérusalem , plusieurs fidèles avaient estimé que l'observation de la loi était nécessaire; leur erreur était tolérable alors; mais leur témérité n'eut pas eu d'excuse, s'ils avaient persisté dans leurs sentiments après la décision de? apôtres. Nous enseignons en ce même sens qu'il appartient à la sainte Eglise de déclarer nettement aux peuples quelles sont les vérités catholiques, et d'après sa déclaration tous les doutes sont criminels. Est-ce une médiocre infidélité d'inférer de cette doctrine, que notre religion n'est pas achevée? ou pourquoi le ministre ne dit-il pas qu'elle ne l'était non plus du temps des apôtres, ni du temps de saint Cyprien'? Mais c'est à lui que nous reprochons justement, qu'il nous a représenté une Eglise dont la religion n'est pas achevée. L'Eglise, à son avis, n'est pas infaillible , elle a même erré souvent'-*, si nous le croyons. Si elle peut errer en sa foi, elle se peut aussi corriger; donc son Eglise peut changer sa foi; et si celui qui augmente sa religion confesse qu'elle n'est pas achevée , à plus forte raison celui qui la change. Ainsi l'hérésie inconsidérée se trouve elïectivement convaincue du crime dont elle nous charge avec injustice.

1. Lib. 1 de Bapt. cont. Donat., cap. 18, n. 28. tom. ix, roi. S3. — 2. Ci-dessus , p. 192, col. 2. — 3. Pag. 49.

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