CHAPITRE DERNIER
Que le ministre corrompt manifestement le sens des auteurs qu'il allègue pour justifier la nécessité de la réformation prétendue.
Le ministre tâche d'appuyer la réformation prétendue sur le témoignage des catholiques; il rapporte plusieurs passages qui parlent de la corruption de l'Eglise, afin de persuader au peuple crédule que l'Eglise catholique est bien éloignée d'avoir cette infaillibilité dont elle se vante, puisque ses propres docteurs reconnaissent qu'elle a besoin d'être réformée. Mais la seule lecture des auteurs qu'il cite , convaincra les plus passionnés qu'il abuse visiblement de l'autorité que les siens lui donnent, et de leur trop facile créance.
Considérons avant toutes choses quel était le dessein de réformalion que nos adversaires se sont proposé; qu'ils nous disent s'ils voulaient réformer, ou la foi que l'on professait en l'Eglise, ou l'ordre de la discipline ecclésiastique. Pour la discipline ecclésiastique, nous accordons sans difliculté qu'elle peut souvent être réformée ; ainsi ce n'est pas là qu'est la question. Mais parce qu'il est clair que les calvinistes ont prétendu réformer la foi, les catholiques s'y sont opposés, soutenant qu'une telle réformalion est un attentat manifeste contre l'infaillibilité de l'Eglise. D'où il s'ensuit que si le ministre veut venir au point contesté, il faut qu'il prouve la nécessité de réformer la foi de l'Eglise; et s'il est plus clair que le jour que tous les auteurs qu'il rapporte ne parlent que de la corruption de la discipline, il sera contraint d'avouer qu'il s'écarte bien loin de la question, et qu'il a tort de remplir son livre de tant d'allégations inutiles.
Ecoutons premièrement saint Bernard, qui est le plus ancien des auteurs qu'il cite. « Il a, dit-il, prè- » ché hautement, qu'une maladie lente et puante » s'était répandue par tout le corps de l'Eglise'. » Considérons quelle est cette maladie. Ce saint homme distingue en ce lieu quatre tentations de l'Eglise; la première comprend les persécutions; la seconde les hérésies. « Les temps où nous sommes, » dit-il, sont libres de ces deux maux; mais ils » sont entièrement corrompus par l'alïaire qui mar- » che en ténèbres. » Ces paroles font bien connaître que par celte affaire qui marche en ténèbres il n'entend ni les persécutions ni les hérésies, puisqu'il les exclut en termes exprès. Il parle de la troisième tentation que l'Eglise soull're, non par la fureur des païens, ni par la malice des hérétiques , mais par le désordre de ses enfants^. Telle est cette maladie générale , par laquelle ce saint docteur nous exprime une horrible dépravation dans les mœurs : de sorte qu'il n'y a rien de moins à propos au sujet de la question contestée entre nous et nos adversaires , que celte plainte de saint Bernard. Que s'il dit qu'ii ne reste plus autre chose, sinon que l'Antéchrist paraisse, c'est qu'à la troisième tentation, qui est le désordre des mœurs, la quatrième doit succéder, qui sera le règne de l'Antéchrist, auquel nos péchés préparent la voie, et que