‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 178 sur 631 · Serm. xxxiii i;i CanC.,n. 14, col. \392 et seq · texte numérisé non relu

Serm. xxxiii i;i CanC.,n. 14, col. \392 et seq

2. Pax à Pi'i/anis, pax ab hœreticis, $ed non profecto à ftliis, Serm. xxxill io Cant. n. 16.

REFUTATION DU CATÉCHISME

les fidèles serviteurs de Dieu onl toujours regardé comme proche d'eux; parce que le Mailrc n'ayant pas dit l'heure , Ils tâchent de se tenir toujours prêts i\ celle grande persécution.

Le ministre produit encore deux passages de saint Bernard', mais il en corrompt tout le sens avec une extrême imprudence. « L'Eglise romaine, » dil-il^, s'est quelquefois séparée de ses papes; et » saint Bernard a bien osé dire que de son temps » la bêle de l'Apocalypse avait occupé le siège de » sainl Pierre. » Grande hardiesse de saint Bernard I mais s'il parle d'un antipape qui avait occupé le siège au préjudice d'une élection canoniciue , et qui avait chassé par force de Rome le pape légitime Innocent II'; si bien loin de dire dans cette Epitre que le Pape était la bète de l'Apocalypse, comme le ministre veut qu'on l'entende, il dit que celui qui ne se joint pas au pape Innocent est à l'Antéchrist, ou l'Antéchrist même*'', quelle est l'iulidèlité du ministre, qui abuse de ce passage contre les véritables pontifes , et quelle estime pouvons-nous faire de son Catéchisme, après une tromperie si visible , qu'il ne faut que lire pour la convaincre?

Mais je m'étonne que les ministres osent bien citer sainl Bernard pour autoriser leur réformalion , puisqu'il est clair que ce saint docteur l'aurait infiniment détestée, lui qui prie si dévotement la trèssainte Vierge, qui honore avec tant de respect la primauté du souverain Pontife^; qui voyant que le diable tachait d'introduire quelques articles de la réformation prétendue, en suscitant certains hérétiques qui niaient qu'il fallût prier pour les morts, et implorer le secours des saints^, rejette leur doctrine comme pernicieuse; qui relève si fort l'état monastique, et duquel non-seulement les écrits, mais encore la profession et la vie condamnent la doctrine de nos adversaires.

Et certes, il semble que le catéchiste ail fait un choix particulier de ceux qui lui sont le plus opposés entre tous les auteurs ecclésiastiques, et nous lisons sa condamnation presque dans tous les lieux (ju'il allègue. « Gerson, dit-il, introduit l'Eglise, » demandant au Pape la réformation, et qu'il réta- » blisse le royaume d'Israël. » C'est au Sermon de l'Ascension de Notre Seigneur que ce grand personnage parle de la sorte''. Mais il nous explique lui-même ce qu'il faut faire pour rétablir ce royaume. Il veut que l'on travaille sérieusement à réunir à l'Eglise romaine les peuples qui s'en sont séparés. « Pourquoi n'envoyez-vous pas aux In- » diens, dit-il, où la sincérité de la foi peut être » facilement corrompue, puisqu'ils ne sont pas unis » à l'Eglise romaine, de bupicUe se doit tirer la » certitude de la foi? » Combien élait-il éloigné de croire qu'il fallfit réformer la foi de l'Eglise, dont il prêche la pureté et la certitude? Si donc il se plaint si souvent des dérèglements de l'Eglise , s'il dit qii'ellc est brutale et charnelle^ ; que le ministre ne pense pas qu'il prétende taxer sa doctrine. Il parle des abus eldes simonies, des sales commerces dans

1. Ep. cxxiv el cxxv. — s. Pfig. U2. — 3. Ep. cxxv , lom. I , ml. 130. — -1. Ep. cxxiv, roi. lau. — 5. Lilj. il. île Consider. ad Eug., c. S, lom. t, col. 422. — s. Si'rin. lxvi m Cant., n. 1 el set/., col. U91 et teq. — 7 Gerson, Edit. 1706, 1. 1, part. I , p. 131 et .sei]. — 8. De Conc. gen. un. obed. Ibirl., tom ii , p. 21

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les bônénces , de l'attachement qu'avaient les plus grands prélats à leur autorité temporelle, qui leur faisait négliger le salut des ftines, pour lesquelles Jésus-Christ a donné son sang; il déplore la corruption de son siècle avec un zèle vraiment chrétien , et reprend les mauvaises mœurs avec une liberté tout apostoliiiue. Mais f|uand il s'agit de la foi, il tient bien un autre langage. Il n'a que des paroles de vénération pour honorer l'autorité de l'Eglise. En son temps quelques hérétiques avaient entrepris de la réformer à la mode des luthériens et des calvinistes , c'est-à-dire, qu'ils voulaient corriger sa foi ; c'est pourquoi le ministre dit qu'ils ont fait une partie de la re'formatinn ' . Gerson s'y oppose généreusement au concile général de Constance. « Des doctrines pestilentes, dit-iP, se sont élevées » dans plusieurs provinces illustres; on a tâché de » les exterminer par divers moyens, en Angleterre, » en Ecosse, à Prague et en France. » Ceux qui sont tant soit peu versés dans l'histoire savent bien qu'il voulait parler des sectateurs deWiclef, Anglais, el des lîohèmiens disciples de Hus, qui en effet furent condamnés à Constance. « Il faut, dit » le docte Gerson', que la lumière de ce sainl con- » cile, qui jamais ne peut être obscurcie, donne un » prompt remède à ces maux; » el après avoir exhorté les Pères à user de l'aulorilé ecclésiastique dans la censure de ces hérésies; « elle est telle, dit » ce grand homme , qu'aucun ne la pourra mépri- » ser qui voudra être estimé fidèle. » Quelle personne de sens rassis pourra jamais se persuader qu'un docteur si soumis et si catholique appuie la réformation prétendue dont il déteste si fort les commencements?

Le ministre cite en son Catéchisme^ un autre célèbre docteur de Paris, qui a été maître de Gerson; c'est Pierre, cardinal de Cambrai^, qui, prêchant devant le concile de Constance, dit que la bienheureuse Ilildegarde, prophétesse des Allemands, appelle le temps qui a commencé en l'an 1100 de Notre Seigneur un temps infâme où la doctrine des apôtres et celte ardente justice que Dieu avait établie dans les personnes spirituelles s'était ralentie , el qu'ensuite toutes les institutions ecclésiastiques étaient allées en décadence : après quoi ce grand cardinal, ayant représenté les désordres qui étaient en l'Eglise, conclut qu'elle a besoin d'être réformée dans la foi et dans les mœurs. Ce sont les paroles de Pierre d'Ailly, lesquelles semblent en apparence favoriser les sentiments de nos adversaires , mais qui les condamneront en effet quand nous en aurons expliqué le sens.

Et premièrement , il est remarquable que ce cardinal parlait en un temps où l'Eglise catholique était déchirée par le schisme le plus horrible qui peut-être ail jamais troublé son repos. Il y avait près de quarante ans (|u'elle no connaissait presque plus ([uel était le légitime pontife par lequel elle devait être gouvernée; trois personnes avaient occupé cette place, ot toutes les provinces catholiques s'étaient partagées. C'est pourquoi le cardinal de Cambrai, après avoir dit ipic l'Eglise a besoin d'être réformée, ainsi qu'il a été rap|)orté, ajoute aussitôt après ces paroles : « Mais inaiiitenanl les membres

1. Pa^. 5S. — i Serm. coram Conc. Constant. — 3. Idem. — 1. Pag. 55. — 5. Pierre d'Ailly.

DU SIEUR PAUL FERRY

» de l'Eglise étant séparés de leur chef, et n'y ayant » point d'économe et de directeur apostolique, il » n'y a pas lieu d'espérer que cette roformalion se s puisse bien faire. » Il est plus clair que le jour qu'il entend le Pape par ce chef, par ce directeur et cet économe , sans lequel il n'espérait pas de réformation : ce qui fait connaître que ce docteur demandait la réformation de l'Eglise par un esprit directement opposé aux réformateurs de ces derniers siècles. Car Luther écrivant à Mélanchton, dit que « la bonne doctrine ne peut subsister tant que » l'autorité du Pape sera conservée'; » et au contraire , ce cardinal croit qu'on ne peut remettre ni la foi ni la discipline ecclésiastique en son premier lustre , jusqu'à ce qu'on ait établi un Pape comme chef et comme directeur de l'Eglise : cependant la Réformation prétendue ose bien se servir de son nom, et se défendre par son témoignage. j

Mais comprenons ce qu'il voulait dire quand il a j prêché à Constance qu'il fallait réformer l'Eglise en la foi. Nous pouvons considérer la foi en deux sens. Quelques-uns professent la foi véritable qui n'ont point une foi fervente. On peut donc regarder la foi dans sa vérité ou dans sa ferveur. Encore que la vérité de la foi se trouve toujours dans ce que l'Eglise catholique enseigne; néanmoins il est assuré que la ferveur de la foi peut se diminuer tellement par la licence des mauvaises mœurs , et par le dérèglement de la discipline , qu'il semble quelquefois qu'elle soit éteinte. C'est ce que déplore notre cardinal au sermon cité dans le Catéchisme. « La fer- » veur de la foi, dit-il, et la force de l'espérance, » et l'ardeur de la charité est presque entièrement » évanouie dans les ministres ecclésiastiques. » Il ne dit pas que leur foi soit fausse; mais il se plaint qu'elle est languissante : il veut qu'on réforme la foi de l'Eglise dans son zèle et dans sa ferveur: mais ce n'est pas son intention de nier la vérité de ses dogmes. Certes , quand je m'arrêterais à cette réponse, elle suffirait pour rendre inutile tout le raisonnement du ministre; mais je ne croirai pas avoir assez fait jusfju'à ce qu'ayant pénétré plus profondément le sens des paroles de Pierre d'Ailly par les circonstances du temps et du lieu, je fasse voir à notre adversaire que sa condamnation y est prononcée, atin que tout le monde connaisse avec quelle négligence il cite les auteurs ecclésiastiques.

Posons pour principe, premièrement, que du temps de Pierre d'Ailly, et du concile général de Constance, les erreurs de Wiclef et de Hus commençaient à se répandre en l'Eglise, et que ce fut une des raisons pour lesquelles le concile fut assemblé. Secondement, que condamner ces deux hérésiarques , c'est analhématiser Luther et Calvin qui ont renouvelé toutes leurs erreurs. Ces choses étant supposées , observons que le concile de Constance use de la même façon de parler que le cardinal de Cambrai, et ordonne dès la session ni, que « le » concile ne pourra être dissous jusqu'à ce que l'E- » glise soit réformée en la foi et aux mœurs. » Il importe de bien connaître quel était le sens du concile; parce qu'il ne faut nullement douter que le cardinal Pierre d'Ailly qui était un des plus illustres de ses prélats, et qui fut choisi, comme nous verrons, pour être l'interprète de ses sentiments,

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