‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 188 sur 631 · Aci,., XIX · texte numérisé non relu

Aci,., XIX

— \. Idem, V. 27.

-2. Idem, vu. 38. —3. Ephes., v. 27.

Eglise, qui ne soil appelé, justifié et baptisé au nom et par les mérites de Jésus-Christ crucifié. Cette Eglise est glorieuse , parce qu'elle glorifie Dieu publiquement, parce qu'elle annonce à toute la terre la gloire de l'Evangile el de la croix de Jésus-Christ. Cette Eglise est sainte, parce qu'elle enseigne toujours constamment et sans varier la sainte doctrine , qui enfante continuellement des saints dans son unité. Cette Eglise n'a ni tache ni ride, parce qu'elle n'a ni erreur ni aucune mauvaise maxime; el encore parce qu'elle instruit et contient en son sein les élus de Dieu, qui, quoique pécheurs sur la terre, trouvent dans sa communion des moyens extérieurs de se purifier, en sorte qu'ils viendront un jour en un étal très-parfait devant Jésus-Christ.

Voilà peut-être le seul passage où l'on puisse dire avec quelque sorte d'apparence que le mol d'Eglise, pris simplemcnl, signifie autre chose que la société extérieure du peuple de Dieu ; et vous voyez cependant combien il est clair qu'il se doit entendre comme tous les autres.

Mais quand ainsi serait que ce passage et deux ou trois autres auraient une signification , ou douteuse, ou même éloignée de celle-ci, tous les autres passages y sont conformes. Car qu'y a-t-il de plus fréquent que les passages où il est dit, qu'il faut édifier l'Eglise, et qu'on a persécuté l'Eglise, qu'on loue Dieu au milieu de l'Eglise, qu'on la salue, qu'on la visite, qu'on y établit des pasteurs el des évêques pour la régir, et autres semblables donl le nombre est infini?

Ainsi on ne peut nier que celle signification du mol d'Eglise ne soil la signification ordinaire, et celle par conséquent qui devait être suivie dans une Confession de foi aussi simple qu'est le Symbole des Apôtres.

C'est dans ce sens que l'a prise tout un grand concile, le premier el le plus saint de tous les conciles universels, lorsque condamnant Arius, il prononce ainsi : « Tous ceux qui disent que le Fils de » Dieu a été tiré du néant , la sainte Eglise catholi- » que et apostolique les analhémalise'. i>

C'est Jésus-Chrisl lui-même qui nous a appris à croire l'Eglise en ce sens. Car, pour fonder celte Eglise , il est sorti du sein invisible de son Père , et s'est rendu visible aux hommes; il a assemblé autour de lui une société d'hommes qui le reconnaissait pour maître : voilà ce qu'il a appelé son Eglise. C'est à celle Eglise primilivo que les fidèles qui ont cru depuis se sont agrégés , et c'est de là qu'est née l'Eglise que le Symbole appelle universelle.

Jésus-Christ a employé le mot d'Eglise pour signifier cette société visible, lorsqu'il a dit lui-même qu'il fallait écouter l'Eglise : Dites-le à l'Eglise-; et encore lorsqu'il a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , et les portes d'enfer n'auront point de force contre elle^.

Pourquoi, disais-je , mademoiselle, pourquoi ceux de votre religion ne veulent-ils pas entendre ici , par le mol d'Eglise, la société de ceux qui font profession de croire en Jésus-Chrisl et en l'Evangile ; puisqu'il est certain que cette société est en

1 Conc. Nec. post. Sjjmb. Labb., tom, n , col. 27. — 2. Alutth., xvu. 17.— 3. Idem, xvi. 18.

CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE

elTel la vraie Eglise, contre laquelle l'enfer n'a jamais eu de force : ni lorsqu'il a employé les tyrans pour la persécuter, ni lorsqu'il a employé les faux docteurs pour la corrompre?

L'enfer ne prévaudra pas contre les prédestinés ; il est certain : car s'il n'a point de force contre cctie société extérieure, à plus forte raison n'en aural-il pas contre les élus de Dieu, qui sont la partie la plus pure et la plus spirituelle de cette Eglise. Mais par la môme raison qu'il ne peut pas prévaloir contre les élus, il ne peut pas prévaloir contre l'Eglise qui les enseigne, où ils confessent l'Evangile, et cil ils reçoivent les sacrements.

C'était celte société extérieure où les élus servent Dieu, qu'il fallait entendre par le mot d'Eglise, et admirer en même temps la force invincible des promesses de Jésus-Christ, qui a tellement affermi la société de son peuple, quoique faible en comparaison des infidèles qui l'environnaient au dehors , quoique déchirée par les hérétiques qui la divisaient au dedans, qu'il n'y a pas eu un seul moment où cette Eglise n'ait été vue par toute la terre.

Mais les prétendus réformés n'ont pas osé soutenir ce sens naturel de l'Evangile. Car ils ont été forcés, pour s'établir, de dire dans leur propre Confession de foi , article xxxi : « Que l'état de l'Eglise » a été interrompu , et qu'il l'a fallu dresser de » nouveau , parce qu'elle était en ruine et désola- » tion. »

Et en elTet, leur Eglise, quand elle s'est établie, n'est entrée en communion avec aucune autre Eglise qui fût alors sur la terre ; mais s'est formée en rompant avec toutes les Eglises chrétiennes qui étaient au monde.

Ils n'ont donc pas la consolation qu'ont les catholiques, devoir la promesse de Jésus-Christ s'accomplir visiblement, et se soutenir durant tant de siècles. Ils ne peuvent montrer une Eglise , qui ait toujours été depuis que Jésus-Christ est venu pour la bâtir sur la pierre; et pour sauver sa parole, ils sont obligés d'avoir recours à une Eglise des prédestinés , que ni eux ni personne ne peuvent montrer.

Or, Jésus-Christ a voulu montrer quelque chose d'illustre et de clair, quand il a dit que son Eglise, malgré les enfers, serait toujours invincible : il a, dis-je , voulu montrer quelque chose de clair et d'éclatant, qui pût servir, dans tous les siècles, d'assurance sensible et palpable de la certitude immuable de ses promesses.

Et en effet , regardons quand il a dit cette parole : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle'. C'est lorsqu'ayant demandé à ses apôtres: Que dites-tous que je suis? Pierre répondit au nom de tous : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu eiv(nit.

(>'cst sur cette illustre confession de foi que la chair et le sang n'avaient point dictée, mais que le Père céleste avait révélée à Pierre; c'est, dis-jc, sur cette illustre confession de foi, qu'est fondée, et la dignité de saint Pierre, et la fermeté inébranlable de l'Eglise. Celte Eglise, qui confesse que Jésus-Christ est le vrai Fils de Dieu , est celle contre

I Matth ,\\i. 18.

qui l'enfer n'aura jamais de force, qui subsistera sans iiilerruption malgré les elTorls et les artitices du diable.

Il parait donc clairement que l'Eglise, dont parle ici Jésu.s-Chrisl , est une Eglise confessante, une Eglise qui publie la foi, une Eglise par conséquent extérieure et visible. Et voyez aussi ce qu'il ajoute : « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; » et tout ce que tu auras lié en la terre , sera lié » dans le ciel; et ce que lu auras délié en terre , » sera délié aux cieux'. »

Quelque chose qu'il faille entendre par ces mots, soit la prédication, soit les censures ecclésiastiques, ou le ministère des prêtres dans le sacrement de péiiilence , comme l'enlendent les catholiques , toujours est-il assuré que voilà un ministère extérieur donné à cette Eglise : c'est donc cette Eglise qui confesse la foi , et la confesse principalement par la bouche de sainl Pierre; c'est cette Eglise qui use du ministère des clefs, c'est elle qui sera toujours sur la terre, sans que l'enfer puisse jamais prévaloir contre elle.

Et parce que Jésus-Christ voulait qu'elle fût toujours visiblement subsislante, il l'a revêtue de marques sensibles qui doivent toujours durer. Car voici comme il envoie ses apôtres, et ce qu'il leur dit en montant aux cieux : « Allez , et enseignez » toutes les nations, les baptisant au nom du Père, » du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à » garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici, » je suis toujours avec vous , jusqu'à la fin du » monde- : » avec vous enseignant, avec vous baptisant, avec vous apprenant à mes fidèles à garder tout ce que je vous ai commandé, avec vous par conséquent exerçant dans mon Eglise un ministère extérieur : c'est avec vous, c'est avec ceux qui vous succéderont, c'est avec la société assemblée sous leur conduite, que je serai dès maintenant, jusqu'à ce que le monde finisse; toujours, sans interruption , car il n'y aura pas un seul moment où je vous délaisse , et quoiqu'absent de corps , je serai toujours présent par mon Saint-Esi)rit.

En conséquence de celte parole, saint Paul nous dit aussi que le ministère ecclésiaslique durera , sans discontinuer, jusqu'à la résurreclion générale. « Celui qui est descendu, c'est le même qui est » monté au-dessus de tous les cieux, afin qu'il » remjjlit toutes choses. Lui-même donc a établi » les uns pour être apôtres, les autres pour être » prophètes, les autres pour être évangélistcs, les » autres pour être pasteurs et docteurs, pour l'as- » semblage des saints, pour l'œuvre du ministère , » pour l'édification du corps de Christ, jusqu'à ce » que nous nous rencontrions tous dans l'unité de » la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, en B homme parfait à la mesure de la parfaite stature » de Jésus-Christ'; » c'est-à-dire, jusqu'à ce que nous ayons alteint la perfection de Jésus-Cbrist , glorifiés en corps et en âme ; voilà le terme que Dieu a donné au ministère ecclésiastique.

Les prétendus réformés ne veulent pas que l'Eglise visible soit celle qui s'appelle le corps de Jésus-Christ : quel est donc ce corps , <• où Dieu a » établi les uns apôtres, les autres prophètes, les

1. Mnith., XVI. 19. — 2. Matth., xxviii. 19, 20. — 3. Eph., iv. 10, 11, etc.

SUR LA MATIÈRE DE LA RELIGION

» autres pasteurs et docteurs? » Quel est ce corps où Dieu a établi plusieurs membres et diverses grâces, « la grâce du ministère, la grâce de la doc- » trine , la grâce de l'exhortation et de la consola- » tion, la grâce du gouvernement'? » Quel est, dis-je, ce corps, si ce n'est l'Eglise visible?

Mais ce qui fait que les prétendus réformés ne veulent pas avouer que ce corps de Jésus-Christ, tant recommandé dans l'Ecriture, puisse être l'Eglise visible, c'est qu'ils sont contraints de dire que l'Eglise visible cesse quelquefois d'être sur la terre; et ils ont horreur de dire que le corps de Jésus- Christ ne soit pas toujours, de peur de faire mourir Jésus-Christ encore une fois.

C'est donc sans difficulté cette assemblée de pasteurs et de peuples; c'est cette Eglise composée de tant de membres divers, par lesquels s'exercent extérieurement tant de saints ministères; c'est cellelà qui est appelée corps de Jésus-Christ; c'est à ce corps assemblé sous le ministère des pasteurs , qu'il a dit en montant aux cieux : Voici, je suis avec cous jusqu'à la consommation des siècles. Celui donc qui est descendu , c'est le même qui est monté , alin qu'il remplit toutes choses, le ciel par sa personne et par sa présence visible, la terre par son esprit et par son assistance invisible, l'un et l'autre par sa vérité et par sa parole. Et c'est pour continuer, en montant aux cieux, cette assistance promise à son Eglise, qu'il y a mis les uns apôtres, les autres évangélistes, les autres pasteurs et docteurs : chose qui doit durer jusqu'à ce que l'œuvre de Dieu soit enlièreraent accomplie , que nous soyons tous hommes parfaits , et que tout le corps de l'Eglise soit arrivé à la plénitude et à la perfection de Jésus-Christ.

Ainsi l'ouvrage de Jésus-Christ est éternel sur la terre. L'Eglise, fondée sur la confession de la foi, sera toujours, et confessera toujours la foi : son ministère sera éternel : elle liera et déliera jusqu'à la fin du monde, sans que l'enfer l'en puisse empêcher; elle ne discontinuera jamais d'enseigner les nations : les sacrements, c'est-à-dire , les livrées extérieures dont elle est revêtue , dureront toujours. (' Enseignez, et baptisez les nations, et je «serai toujours avec vous^. Toutes les fois que » vous mangerez de ce pain, et que vous boirez de » cette coupe, vous annoncerez la mort du Sei- » gneur, jusqu'à ce qu'il vienne'. » Avec la cène durera et la confession de la foi , et le ministère ecclésiastique, et la communion extérieure et intérieure des fidèles avec Jésus-Christ, ei des fidèles entre eux , et jusqu'à ce que Jésus-Christ vienne. La durée de l'Eglise et du ministère ecclésiastique n'a point d'autres bornes.

Ce n'est donc pas seulement la société des prédestinés qui subsistera à jamais , c'est le corps visible où sont renfermés les prédestinés; qui les prêche , qui les enseigne , qui les régénère par le baptême, qui les nourrit par l'Eucharistie, qui leur administre les clefs , qui les gouverne , et les tient unis sous la discipline, qui forme en eux Jésus- Christ : c'est ce corps visible qui subsistera éternellement.

Et c'est pourquoi dans le Symbole des apôtres ,

1. Rom., XII. 4, etc. — 2. 2ilatth., xxtiii. 19, 20. — 3. /. Cor.. XI. 26.

OÙ l'on nous propose à croire les fondements de la foi , on nous dit en mènfe temps de croire au Père, et au Fils , et au Saint-Esprit , et de croire la sainte Eglise catholique , et la communion des saints : communion intérieure par la charité , et dans le Saint-Esprit qui nous anime, je l'avoue; mais en même temps, communion extérieure dans les sacrements, dans la confession de la foi, et dans tout le ministère extérieur de l'Eglise.

Et tout ce que nous venons de dire , est renfermé dans cette parole : Je crois l'Eglise universelle. On la croit dans tous les temps; elle est donc toujours : on la croit dans tous les temps; elle enseigne donc toujours la vérité.

Vos ministres veulent que nous croyions que c'est autre chose de croire l'Eglise, c'est-à-dire, croire qu'elle soit; autre chose de croire à l'Eglise, c'est-à-dire, croire à toutes ses décisions. Mais cette distinction est frivole. Qui croit que l'Eglise est toujours, croit qu'elle est toujours confessant et enseignant la vérité. C'est à l'Eglise qui confesse la vérité, que Jésus-Christ a promis que l'enfer n'aurait point de force contre elle. Jamais donc la vérité ne cessera d'y être confessée; et par conséquent en croyant qu'elle est, on assure qu'elle est toujours croyable.

En effet, il ne suffit pas, pour conserver le nom d'Eglise, de retenir quelques points de la doctrine de Jésus-Christ : autrement les ariens, les pélagiens, les donatistes, les anabaptistes, et les sociniens seraient de l'Eglise. Ils n'en sont pas toutefois : à Dieu ne plaise que nous appelions du nom d'Eglise cette confusion I II ne faut donc pas seulement que l'Eglise conserve quelque vérité : il faut qu'elle conserve, et qu'elle enseigne toute vérité; autrement elle n'est pas l'Eglise.

Il ne sert de rien de distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres. Car tout ce que Dieu a révélé doit être retenu. Il ne nous a rien révélé qui ne soit très-important pour notre salut. Je suis le Seigneur, qui t'enseigne des choses utiles'. Il faut d3nc trouver dans la foi que l'Eglise enseigne, la plénitude des vérités révélées de Dieu : autrement, ce n'est plus l'Eglise que Jésus-Christ a fondée.

Que les particuliers puissent ignorer quelques articles, je le confesse aisément : mais l'Eglise ne tait rien de ce que Jésus-Christ a révélé; et c'est pourquoi les fidèles qui ignorent certains articles en particulier, les confessent néanmoins tous en général, quand ils disent : Je crois l'Eglise uniterselle.

Voilà cette Eglise, disais-je, que vos ministres ne connaissent pas. Ils vous enseignent que cette Eglise visible et extérieure peut cesser d'être sur la terre; ils vous enseignent que cette Eglise peut errer dans ses décisions; ils vous enseignent que croire à cette Eglise c'est croire à des hommes : mais ce n'est pas ainsi que l'Eglise nous est proposée dans le Symbole. On nous y propose de la croire, comme nous croyons au Père , au Fils , et au Saint- Esprit; et c'est pourquoi la foi de l'Eglise est jointe à la foi des trois Personnes divines.

Ces choses ayant été dites à diverses reprises, mais à peu près dans cette suite, j'ajoutai, que notre doctrine était si véritable sur ce point, que les prétendus réformés, qui la niaient, n'ont pu la nier

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