‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 189 sur 631 · Is., xLvm · texte numérisé non relu

Is., xLvm

CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE

loul à fait : c'est-à-dire, que leurs synodes agissent d'une manière à l'aire entendre ([u'ils exigent, aussi bien que nous, une soumission absolue à l'autorité • et aux décrets de l'Eglise.

Là, je lis voir à mademoiselle de Duras, les quatre actes de messieurs de la religion prétendue réformée, que j'ai marqués dans VExposition. article xx. Elle les y avait vus, niais je les lui lis lire dans le livre même de la Discipline.

Le premier est tiré du chapitre v, titre des Consisluires, article xxxi, où il est porté, « Que les >i débats pour la doctrine seraient terminés par la i> parole de Dieu, s'il se peut, dans le consistoire; » sinon que l'allaire serait portée au colloque, de là » au synode provincial, et enlin au national, où » l'entière et linalc résolution se ferait par la parole » de Dieu, à laquelle, si on refusait d'acquiescer » de point en point , et avec exprès désaveu de ses » erreurs, on serait retranché de l'Eglise. »

Ce n'est donc pas, disais-je, à la seule parole de Dieu précisément, comme telle , qu'appartient l'entière et linalc résolution, puisqu'après qu'elle est proposée l'appel est permis; mais à la parole de Dieu, en tant ([n'expliquée, et interprétée par le dernier jugement de l'Eglise.

Le second acte est tiré du synode de Vitré , rapporté dans le livre de la Discipline. Il contient la lettre d'envoi que font toutes les Eglises quand elles députent au synode national : en voici les termes : « Nous promettons devant Dieu de nous soumettre » à tout ce qui sera résolu en votre sainte assem- » blée, persuadés que nous sommes que Dieu y » résidera, et vous conduira par son Saint-Esprit » en toute vérité et équité par la règle de sa pa- » rôle. » Cette persuasion, disais-je, si elle est seulement fondée sur une présomption humaine , ne peut pas être la matière d'un serment si solennel, par lequel on jure de se soumettre à une résolution qu'on ne sait pas encore : elle ne peut donc être fondée que sur une promesse expresse que le Saint- Esprit présidera dans le dernier jugement de l'Eglise; et les catholiques n'en disent pas davantage.

Le troisième acte, qui se trouve encore dans le môme livre de la Discipline, est la condamnation des indépendants, sur ce qu'ils disaient que cha([ue Eglise se devait gouverner elle-même sans aucune dépendance de personne en matières ecclésiastiques. Cette proposition fut déclarée, au synode de t^liarcnton, « autant préjudiciable à l'Etat qu'à l'E- 1) glise. » On y jugea « qu'elle ouvrait la porte à » toutes sortes d'irrégularités et d'extravagances, en » otait tous les remèdes, et donnait lieu à former m autant de religions que de paroisses. » Mais , disais-je, quelques synodes qu'on tienne, si on ne se croit pas obligé à y soumettre son jugement, on n'évite pas les inconvénients des indépendants, et on laisse la porte ouverte à établir autant de religions, je no dis pas qu'il y a de paroisses, mais ([u'il y a do tètes. On en vient donc par nécessité à cette obligation de soumettre son jugement à ce que l'Eglise catholique enseigne.

Ces trois actes sont tirés du livre de la Discipline, imprimé à Charenton, l'an 16G7.

Le quatrième se trouve dans un livre de M. Blondel, intitulé : Actes authentiques, inqirinié à Amsterdam par Blaeu, l'an Itjûû.

C'est une résolution du synode national de Sainte- Foi, 1578, qui nomme quatre ministres pour se trouver à une assemblée où se devait traiter la réunion avec les luthériens, en dressant un Formulaire de profession de foi commime. On donne pouvoir à ces ministres « de décider tout point de » doctrine et autres qui seront mis en délibération, » et de consentir à cette Confession de foi , sans » môme en connnuniquer davantage aux Eglises, si » le temps ne permet [las de le faire. » De cet acte je concluais deux choses; l'une que tout le synode compromet sa foi entre les mains de quatre particuliers, chose bien plus extraordinaire que de voir des particuliers se soumettre à toute l'Eglise; l'autre, que l'Eglise prétendue réformée est encore peu assurée de sa Confession de foi, puisqu'elle consent qu'on la change, et cela dans des points aussi importants que sont ceux qui font la dispute avec les luthériens , dont l'un est la réalité. Si les prétendus réformés espéraient que les luthériens revinssent à eux, il n'y avait nul besoin d'une nouvelle Confession de foi. Ainsi ce qu'on prétendait , c'est que, les uns elles autres demeurant dans leur sentiment, on fit une Confession de foi dont les deux partis puissent convenir; ce qui ne se pouvait faire sans ajouter, ou sans supprimer quelque chose d'essentiel dans une Confession de foi , qu'on nous donne comme n'enseignant que la pure parole de Dieu.

Mademoiselle de Duras m'avoua, qu'ayant vu dans mon Traité, ces actes et mes réflexions, qui sont les mômes que celles que je venais de lui faire, elle ne savait qu'y répondre; et que pour cela elle souhaitait d'entendre ce que répondrait M. Claude, tant sur ces actes que sur les autres difficultés qui regardent l'autorité de l'Eglise.

Je lui dis qu'encore que ceux de sa religion agissent comme tenant l'autorité de l'Eglise infaillible et incontestable, il était vrai qu'ils niaient cette infaillibilité; et j'ajoutai que c'était une maxime constante de sa religion , que tous les particuliers, pour ignorants qu'ils fussent, étaient obliges de croire qu'ils pouvaient mieux entendre l'Ecriture sainte que tous les conciles, et que tout le reste de l'Eglise ensemble. Elle parut étonnée de cette proposition : mais j'ajoutai qu'on croyait encore dans sa religion quelque chose de bien plus étrange , qui était qu'il y a un point où un chrétien est obligé de douter si l'Ecriture est ins|)irée de Dieu; si l'Evangile est une vérité ou une fable; si Jésus-Chri4 est un trompeur ou le docteur de la vérité. Comme elle parut encore plus étonnée de cette proposition , je l'assurai que tant celle-là que l'autre, que je venais de lui dire, étaient des suites nécessaires de la doctrine reçue dans leur religion sur l'autorité de l'Eglise , et (|ue je ne doutais point que je ne puisse forcer M. Claude à les avouer.

Je lui expli(iuai les raisons de ce que j'avais avancé, et lui lis vdir en même temiis que la marque de fausseté c'était parmi eux, de voir(]ue d'un côté ils niassent qu'il fallut croire, sans examiner, ce ([ue l'Eglise décidait, et que de l'autre ils fussent forcés, pour établir l'ordre , d'allribuer à l'Eglise l'autorité (|u'ils lui auraienl déniée.

Elle me lit connaiire qu'elle entendait ce raison-

SUR LA MATIÈRE DE LA RELIGION

nement, et qu'elle se souvenait de l'avoir lu dans mon livre ; mais qu'encore qu'elle ne vit rien à y répondre , elle avait peine à croire qu'on n'y repondit pas dans sa religion.

Madame la comtesse de Roye vint dire que M. Claude , qui avait promis de se trouver avec moi le lendemain, avait reçu défense de le faire , et ne le pouvait plus. Mademoiselle de Duras témoigna être fort mécontente de ce procédé. Je voulus me retirer, et la laisser avec Madame sa sœur; mais elle me pria de lui dire ce que je venais de lui représenter. Je le fis en peu de mots , et répondis à quelques objections qui me furent faites.

Le lendemain matin mademoiselle de Duras vint en mon logis, avec un honnête homme de sa religion , que je connaissais , nommé M. Coton. Elle s'était servie de lui pour engager iL Claude à la conférence, et il lui avait rapporté que M. Claude l'avait acceptée. Elle me pria de redire ce que j'avais dit la veille. Je le fis , et M. Coton avoua qu'il ne savait que répondre , et qu'il avait grande passion d'entendre M. Claude sur cela. Lui et mademoiselle de Duras me firent quelques objections sur les révoltes fréquentes du peuple d'Israël, qui avait si souvent abandonné Dieu , les rois et tout le peuple, comme parle la sainte Ecriture ; pendant quoi le culte public était tellement éteint , qu'Elie croyait être le seul serviteur de Dieu , et qu'il n'apprit que de Dieu même qu'il s'était réservé sept mille hommes qui n'amient point fléchi le genou devant Baal ' .

A cela je répondis, que pour ce qui regardait Elle, il n'y avait aucune difficulté, puisqu'il paraît par les termes mêmes qu'il ne s'agissait que d'Israël , où Elle prophétisait , et que le culte divin , loin d'être éteint en Juda dans ce temps-là , y était sous le règne de Josaphat dans le plus grand lustre où il eût été depuis Salomon. La chose passa pour constante , et je remarquai seulement combien peu de bonne foi il y avait aux ministres de produire toujours ce passage , après que le cardinal du Perron y avait donné une réponse si décisive.

Quant à ce qui était arrivé dans Juda même , je dis que je voulais faire l'objection encore plus forte qu'on ne me la faisait, en considérant l'état du peuple de Dieu sous Achaz-, qui ferma le temple, fit sacrifier aux idoles par Urie , prêtre du Seigneur, et remplit Jérusalem d'abominations; et ensuite sous Manassés', qui enrichit sur les Impiétés d' Achaz. Mais, pour montrer que tout cela ne faisait rien à la question , je priai seulement qu'on remarquât qu'Isaïe, qui avait vécu durant tout le règne d'Achaz, pour toutes ces abominations du roi , du prêtre Urie , et presque de tout le peuple , ne s'était jamais séparé de la communion de Juda , non plus que les autres prophètes qui avaient vécu en ce temps et dans tous les autres : ce qui montre qu'il y a toujours un peuple de Dieu , de la communion duquel il n'est jamais permis de se séparer.

Il est écrit aussi que du temps de Manassès, Dieu parla par la bouche de tous ses prophètes^ et menaçait ce roi impie et tout le peuple. Mais ces

1. rir. Rej., XIX. 18. — 2. TV. Reg., xvi ; IT. Pnrnlip., xxviii. — 3. Idem, xxi; //. Parulip., xxxiu. — 4. IV. Jiti/.,

prophètes, qui reprenaient et détestaient les impiétés de ce peuple , ne se séparaient pas de la communion.

Et pour voir la chose à fond, il faut, disais-je , considérer la constitution de l'ancien peuple. Il avait cela de propre, qu'il se multipliait par la génération charnelle, et que c'était par là que s'en faisait la succession aussi bien que celle du sacerdoce; que ce peuple portait en sa chair la marque de l'alliance, c'est-à-dire, la circoncision, que nous ne lisons point avoir jamais été discontinuée; et qu'ainsi quand les pontifes, et presque tout le peuple auraient prévari([ué , l'état du peuple de Dieu subsistait toujours dans sa forme extérieure, bon gré mal gré qu'ils en eussent. Il ne pouvait non plus arriver aucune interruption dans le sacerdoce que Dieu avait attaché à la famille d'Aaron. Mais il n'en est pas de même dans le nouveau peuple, dont la forme extérieure ne consistait en autre chose qu'en la profession de la doctrine de Jésus-Christ : de sorte que si la confession de la vraie foi était éteinte un seul moment, l'Eglise, qui n'avait de succession que par la continuation de cette profession, serait tout à fait éteinte, sans pouvoir jamais ressusciter dans son peuple, ou dans ses pasteurs, que par une nouvelle mission.

J'ajoutai, au reste, que je ne voulais pas dire que la vraie foi et le vrai culte de Dieu put être tout à fait aboli dans le peuple d'Israël, en sorte que Dieu n'eût plus de vrais serviteurs sur la terre. Mais je trouvais au contraire, premièrement, qu'il était clair que , malgré la corruption , Dieu se réservait toujours un assez grand nombre de serviteurs qui ne participaient pas à l'idolâtrie. Car si cela était en Israël schismatique et séparé du peuple de Dieu , comme Dieu même le déclare à Elle, à plus forte raison en Juda, que Dieu s'était réservé pour perpétuer son peuple et son royaume jusqu'au temps du Messie. Lors donc qu'il était écrit que le roi et tout le peuple avaient abandonné la loi de Dieu , il fallait entendre non tout le peuple, sans exception, mais une grande partie, et si l'on veut, la plus grande partie du peuple; ce que les ministres ne niaient pas. 2" Qu'il ne fallait pas s'imaginer que les serviteurs de Dieu et la vraie foi se conservassent seulement en secret; mais que, dans toute la succession de l'ancien peuple, la vraie doctrine avait toujours éclaté. Car il y a eu une continuelle succession de prophètes, qui, loin d'adhérer aux erreurs du peuple ou de les dissimuler, s'élevait contre avec force; et celte succession était si continuelle, que le Saint-Esprit ne craint point de dire , que Dieu se relevait de nuit et dès le matin, et avertissait tous les jours son peuple par la bouche de ses prophètes' : expression la plus puissante qui se puisse imaginer pour faire voir que la vraie foi n'a jamais été un seul moment sans publication , ni le peuple sans avertissement. Qu'ainsi ne soit, nous venons devoir que dans tout le règne d'Achaz, Isaïe n'avait cessé de prophétiser; et sous Manassès, où il semble que l'abomination fût montée au comble , puisque ni la pénitence de ce roi , ni la sainteté de Josias, son petit-fils, ne purent faire rétracter la sentence donnée contre ce peuple, Dieu se souvenant toujours des abominations de

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