‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 191 sur 631 · Matl/l., Ml · texte numérisé non relu

Matl/l., Ml

SUR LA MATIERE DE LA RELIGION

se laisse expliquer et manier comme on veut , et qui ne réplique rien à ceux qui l'entendent mal. Je dis qu'il faut un moyen extérieur de se résoudre sur les doutes, et que ce moyen soit certain. Et sans recommencer les raisons déjà alléguées, maintenant qu'il ne s'agit que de répondre à votre objection sur l'erreur de la Synagogue qui condamnait Jésus- Christ, je dis que tant s'en faut que vous puissiez dire qu'il n'y eût point alors de moyen extérieur assuré, ni d'autorité parlante à laquelle il fallût soumettre son jugement, il y en avait une, la plus haute et la plus infaillible qui fût jamais, qui est celle de Jésus-Christ; et ainsi qu'il n'y eut jamais de temps où l'on pût moins faire l'argument dont je me servais contre les protestants, qui est qu'ils manquent d'un moyen extérieur infaillible pour terminer les doutes sur les Ecritures.

Après que j'eus dit ces choses, je sentis qu'il n'y avait rien à me répliquer. En efTet, on ne me dit mot sur tout cela, quoique je me tusse pour écouler ce qu'on aurait à répondre.

Je ne veux pas dire par là que M. Claude soit demeuré muet. C'est un efl'et qu'il ne faut guère attendre dans les conférences de cette nature. Il répéta quelque chose de ce qu'il avait déjà dit, et insista de nouveau sur ce que l'Apôtre lui-même avait déclaré qu'il ne dominait pas sur les consciences.

Je fus ravis qu'il revint à ce passage, que j'avais eu dessein d'expliquer d'abord; mais il fallut aller au plus pressé, qui était l'exemple de la Synagogue. Cela étant fait, je demandai seulement à M. Claude si, quand l'Apôtre avait dit aux Corinthiens : .Voms Tie dominons pas sur votre foi , il voulait dire qu'il fallait examiner après lui. Il vit bien que non, et l'avoua. Je conclus ; l'Eglise, monsieur, ne prétend non plus dominer à la foi , quand elle veut qu'on l'en croie dans ses décisions, parce qu'elle ne se donne pas cette autorité par elle-même, non plus que saint Paul, mais au Saint-Esprit qui l'inspire. Vous égalez donc, dit M. Claude, à saint Paul auteur de révélation, l'Eglise qui n'en est que simple interprète. Non , monsieur, repartis-je , je n'égale pas l'Eglise à saint Paul; mais je dis que prétendre qu'on en doive être cru sans examiner, quand on croit agir seulement comme un instrument dont le Saint-Esprit se sert , ce n'est pas dominer sur la conscience, comme l'exemple de saint Paul le démontre. Au reste, je ne prétends pas égaler l'autorité de l'Eglise à l'autorité apostolique. Les apôtres étaient auteurs de révélation , comme vous l'avez fort bien dit, c'est-à-dire, qu'ils avaient reçu les premiers les vérités qu'il plaisait à Dieu de révéler de nouveau : l'Eglise n'est qu'interprète et dépositaire. Mais en sauvant celte différence essentielle entre les apôtres et l'Eglise, je dis que l'Eglise est autant inspirée pour interpréter, que les apôtres pour établir; et que, tenant la grâce d'interpréter du même Esprit qui a donné la première révélation aux apôtres, elle ne domine non plus sur les consciences, en interprétant, que les apôtres en établissant; mais que les uns et les autres y font dominer le Saint-Esprit , selon la mesure qui est donnée à chacun. Il faudrait prouver, dit M. Claude, que l'Eglise a reçu une pareille grâce. Il ne faut point prouver, repris-je aussitôt; il faut seulement mon-

trer que le passage que vous alléguez, ne conclut pas.

A cela il ne fut rien dit. Mais, si je m'en souviens bien, M. Claude exagéra un peu, combien il était étrange que nous voulussions obliger les hommes à croire l'Église comme Dieu môme sur sa simple parole, sans se servir, pour interpréter l'Ecriture sainte, de la raison que Dieu môme nous avait donnée; que ce n'était pas ainsi qu'avaient fait ceux de Béroé; et que l'Apôtre, selon nous, aurait eu grand tort de leur laisser examiner ses prédications.

Je répondis qu'il y avait une extrême différence , entre les fidèles déjà enfants de l'Eglise, et soumis à son autorité , et ceux qui doutaient encore s'ils entreraient dans son sein : que ceux de Béroé étaient dans ce dernier état , et que l'Apôtre n'aurait eu garde de leur proposer l'autorité de l'Eglise dont ils doutaient : mais que ce n'était pas de la même sorte qu'on avait instruit les fidèles après le concile de Jérusalem. Là les apôtres décident par l'autorité du Saint-Esprit ; Il a semblé bon , disentils, au SaintrEr:prit et à nous'. Que font après cela Paul et Silas, porteurs de la lettre du concile? Ils parcouraient les Eglises, comme il est écrit dans les Actes ^ : Quoi , pour y faire examiner le décret du concile de Jérusalem? C'eut été examiner après le Saint-Esprit môme. Quoi donc? Ils parcouraient les Eglises, leur enseignant de garder ce qui avait e'té juge' par les Apôtres et les anciens dans Jérusalem. Voilà l'ordre ; l'examen dans le concile; l'obéissance sans examiner après la décision ; l'examen à ceux de Béroé, c'est-à-dire, à ceux qui, n'étant point dans l'Eglise, n'ont point encore d'autorité qui les règle; soumission sans examiner à ceux qui, étant déjà dans l'Eglise, n'ont qu'à écouter ses décrets. C'est là leur bonheur, d'être dans un corps qui, conduit par le Saint-Esprit, ne se puisse jamais tromper, et d'être délivrés par là du péril d'un examen , dont la fin serait peut-être l'erreur.

Il y avait déjà près de quatre heures que la conférence durait. J'avais déjà, de l'aveu de M. Claude, une des propositions que je voulais lui faire confesser, c'est-à-dire, que chaque particulier doit croire qu'il peut mieux entendre l'Ecriture sainte que les conciles universels et que tout le reste de l'Eglise. Il fallait encore qu'il avouât l'autre proposition non moins importante; et voici comme Dieu l'y conduisit.

Gomme il avait beaucoup parlé de cette domination de l'Eglise sur les consciences, répétant trois ou quatre fois que nous lui rendions le respect qui n'était dû qu'à Dieu seul, quand nous la croyions sans examiner, je dis qu'il ne fallait point trouver si étrange une chose qu'ils faisaient aussi bien que nous; et sur cela je demandais si un fidèle , qui recevait la première fois des mains de l'Eglise l'Ecriture sainte, était obligé à douter, et ensuite à examiner si le livre qu'elle lui mettait en main était véritablement inspiré de Dieu, ou non. Si ce fidèle examine et doute, il renonce à la foi, et il commence la lecture de l'Evangile par un acte d'infidélité; et s'il ne doute pas , il reçoit donc sans examiner l'autorité de l'Eglise qui lui présente l'Evangile.

A cela voici la réponse de M. Claude. Le fidèle que vous supposez qui n'a pas lu l'Ecriture sainte,

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