‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 193 sur 631 · Ilel'., XIII. s · texte numérisé non relu

Ilel'., XIII. s

SUR LA MATIÈRE DE LA RELIGION

leurs opinions, et la date, je ne dis pas des auteurs de leurs sentiments, mais de leurs dieux mêmes; et cela, par leurs propres histoires, par leurs propres auteurs, par leur propre chronologie? Croyez-vous qu'un païen eût pu faire avouer à un chrélien que la religion d'un chrétien clait nouvelle, et qu'il n'y avait jamais eu de société qui eût eu la môme créance que les chrétiens avaient alors, comme je vous fais avouer que tous les hérétiques, que vous et moi reconnaissons pour tels, sont venus de celte sorte, et que vous avez fait comme eux? Voilà, monsieur, comme vous prouvez que les Juifs et les païens pouvaient soutenir leur cause par le même argument dont je me sers : personne ne le pourra jamais , et personne ne pourra jamais nier le fait constant que j'avance, qui est que nous faisons comme tous les orthodoxes, et vous, comme tous les hérétiques.

Là, finit la conversation. Elle avait duré cinq heures avec une grande attention de toute l'assemblée. On s'était écoulé l'un l'autre paisiblement : on parlait de part et d'autre assez serré; et à la réserve du commencement, où M. Claude étendait un peu son discours, dans tout le reste il allait au fait, et se présentait à la difiiculté sans reculer. Il est vrai qu'il tendait plutôt à m'envelopper dans les inconvénients où je l'engageais , qu'à montrer comme il en pouvait sortir lui-même : mais enfin tout cela était de la cause; et il a dit assurément tout ce que la sienne pouvait fournir dans le point où nous nous étions renfermés.

Pour moi, je n'avais garde d'en sortir, puisque c'était celui sur lequel mademoiselle de Duras demandait éclaircissement. Elle me parut touchée : je me retirai toutefois en tremblant , et craignant toujours que ma faiblesse n'eut rais son àme en péril, et la vérité en doute.

Suite de la conférence.

Je la vis le lendemain. Je fus consolé de voir qu'elle avait parfaitement entendu tout ce que j'avais dit. C'est ce que je lui avais promis. Je lui avais représenté que parmi les dilTicultés immenses que faisaient naître parmi les hommes l'esprit de chicane et la profondeur de la doctrine chrétienne, Dieu voulait que ses enfants eussent un moyen aisé de se résoudre en ce qui regardait leur salut; que ce moyen était l'autorité de l'Eglise; que ce moyen était aisé à établir, aisé à entendre, aisé à suivre; si aisé, disais-je, et si clair, que quand vous n'entendrez pas ce que je dirai sur cela, je consens que vous croyiez que j'ai tort. Gela, en effet, doit être ainsi, quand la matière est bien traitée : mais je n'osais pas me promettre de l'avoir dignement traitée. Je reconnus avec joie, et avec action de grâces, que Dieu avait tout tourné à bien. Les endroits qui devaient frapper, frappèrent. Mademoiselle de Duras ne pouvait comprendre qu'un particulier ignorant put croire, sans un orgueil insupportable, qu'il lui pouvait arriver de mieux entendre l'Ecriture que tous les conciles universels, et que tout le reste de l'Eglise. Elle avait vu, aussi bien que moi, combien était faible l'exemple de la Synagogue, quand elle condamna Jésus-Christ, et combien il y

avait peu de raison de dire que les particuliers qui croyaient bien, manquassent, pour se résoudre, d'une autorité extérieure, lorsqu'ils avaient en la personne de Jésus-Christ , la plus grande et la ]dus visible autorité qu'il soit possible d'imaginer. Je repassai sur le doute où il fallait être touchant l'Ecriture, si on doutait de l'Eglise. Elle dit qu'elle n'avait jamais seulement songé qu'un chrétien put douter un moment de l'Ecriture; et au reste, elle entendit parfaitement, que, rejetant le nom de doute, M. Claude avait reconnu la chose en d'autres termes; ce qui ne servait qu'à faire paraître combien cette chose était dure , et à penser et à dire , puisque forcé de l'avouer, il n'avait pas cru le devoir faire en termes simples. Car enfin, ne savoir pas si une chose est ou non, si ce n'est douter, ce n'est rien. Il parut donc clairement que les deux propositions dont il s'agissait, étaient établies : et je fis voir en peu de mots à mademoiselle de Duras, que son Eglise, en croyant deux choses aussi étranges, avait changé tout l'ordre d'instruire les enfants de Dieu, pratiqué de tout temps dans l'Eglise chrétienne.

Il ne fallait pour cela, que lui répéter en peu de mots ce qu'elle m'avait ouï dire , et ce qu'elle avait ouï accorder à M. Claude. Dieu me mit pourtant dans le cœur quelque chose de plus expliqué; et voici ce que je lui dis.

L'ordre d'instruire les enfants de Dieu ,- est de leur apprendre avant toutes choses, le Symbole des apôtres : Je crois en Dieu le Père, et en Jésus- Christ, et au Saint-Esprit , la sainte Eglise universelle , la communion des saints , la rémission des péchés, et le reste. Autant que le fidèle croit en Dieu le Père , et en son Fils Jésus-Christ , et au Saint-Esprit , autant croit-il l'Eglise universelle, où le Père, où le Fils, où le Saint-Esprit est adoré. Autant, dis-je, qu'il croit le Père, autant croit-il l'Eglise, qui fait profession de croire que Dieu, Père de Jésus-Christ, a adopté des enfants qu'il a unis à son Fils. Autant qu'il croit au Fils, autant croit-il l'Eglise qu'il a assemblée par son sang, qu'il a établie par sa doctrine , qu'il a fondée sur la pierre, et contre qui il a promis que les portes d'enfer ne prévaudraient ])oint. Autant qu'il croit au Saint-Esprit , autant croit-il cette Eglise à qui le Saint-Esprit a été donné pour docteur. Et celui qui dit : Je crois en Dieu, en Jésus-Christ, et au Saint- Esprit, quand il dit : Je crois, il professe : il croit de cœur pour la justice , et il confesse de bouche pour le salut, comme dit saint Paul', et il sait que la foi qu'il a n'est pas un sentiment particulier. Il y a une Eglise, une société d'hommes, qui croit comme lui : c'est l'Eglise universelle qui n'est pas ici, ni là, ni en ce temps, ni en un autre. Elle n'est pas renfermée dans une seule contrée comme l'ancienne Eglise judaïque : elle ne doit point finir comme elle; et son royaume ne doit point jxisser à un autre peuple, comme il est écrit dans Daniel-. Elle est de tous les temps et de tous les lieux , et tellement répandue , que quiconque veut venir à elle, le peut. Elle n'a poini d'interruption dans sa suite : car il n'y a point de temps où on n'ait pu dire : Je crois l'Eglise universelle, comme il n'y en a point où on n'ait pu dire : Je crois en Dieu le

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