‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 198 sur 631 · Btiail., de Spir. Siimlo · texte numérisé non relu

Btiail., de Spir. Siimlo

L'Eglise calvinienne , depuis six à sept vingts ans, qu'elle a commencé de s'établir, n'a tenu aucune assemblée plus aullientiquc ni plus solennelle que le synode de Dordrccht. Outre toutes les Eglises des Pays-Bas, toutes les autres de môme créance, celles d'AngIclerre, celle de Genève, celles du Palatinat, celles de liesse, celles de Suisse, celle de Brème, et les autres de langue allemande, s'y sont trouvées par leurs députés, et l'ont reçue; et afin que rien n'y manquai, si les Eglises prétendues réformées de ce royaume furent empêchées de s'y trouver, elles en adoptèrent toute la doctrine au synode national de Charenton en 1631, où tous les articles de Dordrecht , traduits de mot à mot, furent embrassés et jurés par tout le synode, et ensuite par toutes les provinces et toutes les Eglises particulières. Depuis ce temps aucun des prétendus réformés ne réclame contre ce synode. Il n'y a que les arminiens, qu'on y condamna , qui en blâment la doctrine , et en racontent les cabales et la part qu'y a eue la politique et les intérêts de la maison d'Orange. Tout le reste a ployé , et s'il y a quelque chose qu'on puisse dire reçu d'un consentement unanime par toutes les Eglises de la réfornialion prétendue, c'est sans doute les décrets de ce synode. Et néanmoins je soutiens à M. Claude , qu'interrogé si un particulier, quel qu'il soit, de son Eglise, peut se reposer sur une autorité aussi grande parmi les siens, que celle-là, sans examiner davantage; si on le presse de répondre par oui ou par non , dans une question si précise , et dans un fait si bien articulé, il faudra qu'il dise que non , et qu'enfin, malgré tout cela, ce n'est que des hommes, quelque habiles, quelque éclairés, quelque saints qu'on les imagine, toujours sujets à faillir, dont si on suivait les sentiments à l'aveugle et sans examen, on égalerait les hommes à Dieu. Ainsi, selon les maximes de la nouvelle Réforme, tout particulier, et jusqu'aux femmes les plus ignorantes , doivent croire qu'elles pourront mieux entendre l'Ecriture sainte qu'une assemblée composée de tout ce qu'il y a de plus grand dans toute l'Eglise, qu'il reconnaît pour la seule où Dieu est servi purement; et non-seulement de cette assemblée, mais de tout le reste de l'Eglise, et de tout ce qu'il en connaît dans tout l'univers. Voilà ce que M. Claude m'a avoué; voilà en substance ce qu'il dit encore dans sa propre Relation; et voilà ce que tout ministre, bon gré mal gré qu'il en ait , avouera dans une conférence , en présence de qui on voudra, à moins qu'il s'obstine à ne vouloir point parler précisément : auquel cas on verra qu'il biaise , et cette tergiversation sera plus forte qu'un aveu, puisqu'outre qu'elle fera voir que l'aveu est inévitable, elle fera voir de plus qu'on en sent les pernicieuses conséquences.

Et ce que je dis du synode de Dordrecht, on forcera M. Claude et tout autre ministre à le dire du concile de Nicée, du concile de Constanlinople , de celui d'Ephcse, de celui de Chalcédoine et des autres, que nous recevons eux et nous d'un commun accord : et quand ils le diront, ils ne diront rien de nouveau, ni qui soit inusité dans leur religion. Calvin l'a dit en termes formels, lorsqu'on parlant en général des conciles de tous les siècles précédents, il a écrit ces paroles : « Je ne prétends pas

RÉFLEXIONS SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE

» en ce lieu qu'il faille condamner tous les con- » ciles, et casser tous leurs décrets'. Toutefois, » poursuit-il , vous m'objecterez que je les range » tellement dans l'ordre , que je permets à tout le » monde indifféremment de recevoir ou de rejeter » ce que les conciles auront établi; nullement , ce » n'est pas là ma pensée. » Vous diriez qu'il s'en éloigne beaucoup. La majesté des conciles, et l'autorité d'un si grand nom le frappe d'abord ; mais la suite de sa doctrine lui fait bientôt oublier ce qu'il semblait vouloir dire à leur avantage : car voici comme il conclut : « Lors, dit-il, que l'on allègue » l'autorité d'un concile , je désire premièrement » que l'on considère en quel temps, et pour quel » sujet il a été assemblé , et quelles personnes y » ont assisté; après, que l'on examine le point » principal selon la règle de l'Ecriture, de sorte 1) que la déQnition du concile ait son poids , et » qu'elle soit comme un préjugé , mais qu'elle » n'empêche pas l'examen. » C'est à quoi aboutit enfin cette soigneuse recherche du temps, du sujet et des personnes, à faire qu'en quelque temps que se soit tenu un concile, quelque matière qu'on y ait traitée , et de quelques personnes il ait été composé, tout le monde indifféremment, car c'est de quoi il s'agit , en examine le point principal par la parole de Dieu , et croie qu'il peut mieux entendre cette divine parole que tous les conciles.

Voilàjusqu'oii ces messieurs poussent l'examen : ils le poussent même bien plus avant, puisqu'ils veulent qu'on examine après les apôtres. Ce n'est pas une conséquence que je tire de leur doctrine; c'est leur propre proposition et leur doctrine en termes formels, et celle de M. Claude en particulier. Car sur ce que j'ai dit dans l'Exposition'^, qu'après le concije de Jérusalem et la décision des apôtres, où ils dirent : Il a semble' bon au Saint-Esprit et à noMs', personne n'avait plus rien à examiner; et qu'en effet Paul et Barnabe avec Silas, comme il est écrit dans les Actes*, allaient parcourant les Eglises, et leur enseignant , non point à examiner ce qu'avaient fait les apôtres , mais à suivre leurs ordonnances : parce que j'ai conclu de là qu'ils donnaient la forme à tous les siècles suivants, et nous apprenaient comme en tous les temps les fidèles devaient, sans examiner, se soumettre aux décisions de l'Eglise; après diverses réponses toutes vaines, il a fallu à la fin me répondre nettement, qu'on devait encore examiner après le concile des apôtres. C'est l'anonyme, c'est le premier qui a répondu k V Exposition , qui l'a écrit en ces termes : « On ne voit pas que les apôtres publient leur déci- » sion avec un ordre absolu d'y obéir : mais ils en- » voient Paul, Barnabas et Silas pour instruire les » fidèles de garder cette ordonnance , c'est-à-dire , » évidemment, pour leur en persuader les motifs et » les fondements , ce qui ne dit pas qu'on leur dé- » fendit d'examiner. »

C'est ce que dit l'anonyme : l'endroit est remarquable ; on le trouvera dans l'article xix de la première Réponse , dans la quatrième et dernière remarque qu'il fait sur le concile des apôtres , en la page 328. Ce n'est pas un sentiment particulier de cet auteur, puisqu'on a mis à la tôle l'approbation

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