‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 199 sur 631 · IV. Inslitut., c · texte numérisé non relu

IV. Inslitut., c

— 4. tdt'in , XVI. 4.

Exp., an. XIX — 3. Act., xv. IS.

des quatre ministres de Charenton, où M. Claude se trouve nommé; afin qu'il ne dise pas que je lui impute une doctrine étrangère, en lui imputant celle de cet anonyme.

Ainsi ce n'est pas les Juifs et les Gentils incrédules, c'est les fidèles et les Eglises chrétiennes qui doivent examiner après les apôtres , et après les apôtres assemblés, et après qu'ils ont prononcé, il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous; et ce prodige de doctrine est enseigné dans une Eglise qui se vante de n'écouter que les pures paroles des apôtres. Voilà jusqu'où les ministres et les prétendus réformés, et M. Claude en particulier, sont forcés par leur créance à pousser la nécessité de l'examen.

Il ne restait plus qu'à dire qu'il fallait encore examiner après Jésus-Christ, et qu'avec tous ses miracles et toute l'autorité que son Père lui avait donnée, il n'en avait pas assez pour obliger les hommes à le suivre sans examen, et sur sa parole : M. Claude l'a dit dans notre conférence , et le dit encore dans sa Relation.

Je prie le sage lecteur de croire que dans une matière de cette importance je ne veux ni imposer ni exagérer : qu'il me suive seulement avec attention , et il verra la vérité manifeste.

On a vu que j'objectais, dans la conférence, qu'à moins de reconnaître une autorité vivante et parlante, à laquelle tout particulier fût obligé de se soumettre sans examiner, on réduisait les particuliers à la présomption de croire qu'ils pouvaient mieux entendre l'Ecriture sainte que tous les conciles ensemble , et que tout le reste de l'Eglise. Pour me prouver qu'en cela il n'y avait rien de si orgueilleux, ni de si absurde, M. Claude me répondit que du temps que Jésus-Christ était sur la terre , le cas était arrivé , où un particulier devait élever son jugement au-dessus de la Synagogue assemblée, qui condamnait Jésus-Christ : ce qui loin d'être un sentiment d'orgueil, était l'acte d'une foi parfaite.

Cette réponse, je l'avoue, me fit horreur : car afin de la soutenir, il fallait dire que du temps que la Synagogue jugeait Jésus-Christ, et qu'il était lui-même sur la terre, il n'y avait point, sur la terre, d'autorité vivante et parlante à laquelle il fallut céder sans examen; de sorte que l'on devait examiner après Jésus-Christ, et qu'il n'était pas permis de l'en croire sur sa parole. Je fis cette réponse à M. Claude , et lui montrai que loin qu'il fallut alors que chacun se déterminât par un examen particulier, et s'élevât au-dessus de toute autorité vivante et parlante, il y en avait une alors, la" plus grande qui fût jamais ou qui puisse être, qui est celle de Jésus-Christ et de la vérité môme; à qui le Père rendait publiquement témoignage par une voix venue du ciel, par les miracles les plus grands et les plus visibles qu'on eût jamais faits, et enfin par les moyens les plus éclatants aussi bien que les plus certains que la toute-puissance divine ait pu pratiquer.

Si je remarque dans la conférence qu'il n'y eut point de réponse à ce raisonnement, on sent bien que c'est qu'en effet il n'y en doit point avoir. M. Claude dit néanmoins dans sa Relation qu'il me répondit que les miracles de Jésus-Cbrist faisaieiii

RKFLEXIONS SUR UN ECRIT DE M. CLAUDE

un dos sujets ilc la question; qu'il y a de faux miracles, dont Moïse au Deulérononie avait averti les Israélites de se donner garde; que la Synagogue avait jugé que les miracles de Jésus-Christ étaient faits au nom de Béelzébulj; « qu'enfin une autorité » ne décide rien que premicremenl elle ne soit » reçue , et que celle de Jésus-Ciirisl ne l'était pas » encore, puisqu'il s'agissait de la recevoir ou de la » rejeter. » Je suis obligé d'observer qu'assurément je n'entendis rien de tout cela dans la conférence; et on va voir qu'en elïet il vaut mieux se taire que de dire de telles choses. Mais puisque M. Claude veut les avoir dites , il faut donc qu'il dise encore qu'à cause que les miracles de Jésus-Christ étaient rejetés comme des signes trompeurs par des envieux, par des opiniâtres, en un mot, par les ennemis déclarés de la vérité, ces miracles n'étaient pas assez convaincants pour pouvoir obliger les hommes à en croire Jésus-Christ sur sa parole sans examiner davantage; et qu'après, par exemple, qu'il eût ressuscité le Lazare en témoignage exprès que Dieu l'avait envoyé'; ceux qui virent de leurs propres yeux un si grand miracle, étaient, je ne dis pas recevables, mais expressément obligés à examiner si Jésus-Christ était vraiment envoyé de Dieu. Il faut, dis-je, pousser jusqu'à cet excès la nécessité de l'examen : autrement il sera vrai , comme je l'ai dit , qu'il y avait alors une autorité visible et palpable, à laquelle tout devait céder sans examiner; de sorte qu'il n'y eut jamais de temps où l'on fût moins exposé à la tentation de l'orgueil , en s'élevant au-dessus de toute autorité vivante et parlante, puisque celle de Jésus-Christ, la plus vivante et la plus parlante, aussi bien que la plus grande et la plus infaillible qui fut jamais, était alors sur la terre, et qu'on ne s'élevait au-dessus de la Synagogue, qu'en se soumettant à Jésus-Christ, dont les miracles, comme il dit lui-même, ôtaient toute excuse à ceux qui ne croyaient pas en lui^ : ce que l'assemblée qui le condamna, reconnut si bien, que refusant obstinément de croire en Jésus-Christ, elle ne trouva ni d'autre réponse à ses miracles, ni d'autres moyens de lui résister, que de s'en défaire', et de se défaire avec lui de Lazare même*, pour étouffer, si elle eût pu par un même coup, avec les miracles qu'elle avait vus, la mémoire de celui qui les avait faits.

Il ne faut donc plus ici éblouir le monde par de frivoles réponses, ni faire perdre aux lecteurs la suite d'un raisonnement, en introduisant des questions inutiles. Je veux dire qu'il ne sert de rien d'émouvoir ici la question des signes trompeurs, ni de répondre que la Synagogue doutait de la vérité des miracles de Jésus-Christ. Il s'agit uniquement de savoir si ce doute n'était pas l'ciret d'une malice évidente, et enfin, s'il n'est pas certain parmi les chrétiens qu'il y avait dans les miracles de Jésus- Christ une si pleine démonstration de la puissance divine, et une si claire confirmation de la mission de Jésus-Christ , que tout esprit raisonnable fiit obligé de céder sans examiner davantage; en sorte qu'il y eût alors une autorité vivante et parlante, à laquelle il n'y eût rien à opposer qu'une malice grossière , et une manifeste obstination. Voilà de

1. Jonn , XI. 42. — 2. Idem, xv. 22, 2.). 2-1. —3. Ibid.. xi. ■47, 53. — 4. Ibid., XII. 10.

quoi il s'agit : et si, après cette exjilication de la question , on croit se sauver encore , en disant avec M. Claude, que Vautorité de Jésus-Christ n'était pas reçue, il faut aller plus loin, et dire à Jésus- Christ même, avec les Juifs : « Vous vous rendez » témoignage à vous-même; votre témoignage n'est » pas recevablo'. » Alors nous répondrons avec Jésus-Christ : « Quoique je me rende témoignage à » moi-môme, mon témoignage est véritable. » Et encore : « Je ne suis pas seul , mais mon Père, qui » m'a envoyé, rend aussi témoignage de moi^. » Et encore : « Les miracles que mon Père m'a donné de » faire, ces miracles rendent témoignage que mon » Père m'a envoyé'. » Et enfin : « Leur péché n'a » plus d'excuse : si je n'avais pas fait au milieu » d'eux des miracles que nul autre n'a faits, ils » n'auraient point de péché , et maintenant ils les » ont vus, et ils haïssent et moi et mon Père*. » C'est-à-dire, que les miracles sont clairs, que l'autorité est incontestable, et que la résistance ne peut plus avoir de fondement qu'une haine aveugle.

J'attends qu'on réponde encore que Jésus-Christ ajoute après tout cela : « Sondez les Ecritures, elles- » mêmes rendent aussi témoignage de moi*; » et qu'on ose conclure do là qu'on pouvait et qu'on devait examiner après Jésus-Christ, en sorte que cette parole qu'il a prononcée, nous démontre, non pas dans les Ecritures, une surabondance de conviction, mais dans la personne de Jésus-Christ une insuffisance d'autorité. Si on fait encore cette objection, il n'y aura plus qu'à se taire, et à laisser Jésus-Christ défendre sa cause.

En attendant, nous conclurons que c'est l'autorité même de Jésus-Christ que nous révérons dans son Eglise. Si nous disons qu'il faut croire l'Eglise sans examiner; c'est à cause que Jésus-Christ, qui l'enseigne et qui la conduit, est au-dessus de tout examen. Nous ne laisserons pas, en imitant Jésus- Christ, de dire encore pour comble de conviction à tous les ennemis de l'Eglise : Sondez les Ecritures : nous les confondrons par cette Ecriture, à laquelle ils disent qu'ils croient, et nous les verrons succomber encore dans cet examen ; mais ce sera après les avoir forcés à reconnaître qu'il se faut soumettre, sans examiner, à l'autorité de l'Eglise, dans laquelle cet Esprit que Jésus-Christ a envoyé pour tenir sa place, parle toujours.

Il n'y a donc rien de moins à propos que l'exemple de la Synagogue : et nos prétendus réformés destitués de cet exemple, qui faisait leur fort, demeurent seuls à se croire, chacun en particulier, capables de mieux entendre l'Ecriture sainte que tout ce qui a dans l'univers l'autorité de l'interpréter et de juger de la doctrine, et que tout ce qui leur paraît de (idoles dans le monde; ce qui est l'erreur précise des indépendants, ou quelque chose de pis.

On dira que ce particulier, qui examine après l'Eglise, sera toujours bien assuré de n'être pas seul de son sentiment, puisque toujours il restera quelque élu caché qui pensera comme lui : comme si, sans réfuter cette vision , ce n'était pas un orgueil assez détestable de se mettre seul au-dessus de tout ce qu'on voit et de tout ce qu'on entend parler dans

1. Joiin., VIII. 13. — 2. Idem, 14, 16. — 3. lbid.^v. 36.— i. Ibid , XV. 22, 24 — 5. 1/Ad., V. 3S.

RÉFLEXIONS SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE

tout le reste de l'Eglise. On dira encore : Ce n'est point orgueil de se croire éclairé par le Saint-Esprit. Mais au contraire, c'est le comble de l'orgueil, que des particuliers osent croire que le Saint-Esprit les instruise, et abandonne à l'erreur tout ce qui parait de fidèles dans le reste de l'Eglise. Et il ne sert de rien de répondre, comme fait M. Claude dans sa Relation, que l'Esprit souffle où il veut' : car il faudrait montrer que cet Esprit, qui se repose sur les humbles , ne laisse pas de soufller sur ceux qui se croient eux seuls plus capables d'entendre l'Ecriture sainte que tout le reste de l'Eglise, puisqu'ils examinent après elle; et non-seulement de souffler sur eux, mais encore de leur inspirer luimême celle superbe pensée. Mais enfin , quoi qu'il en soit, et sans disputer davantage, puisque ce n'en est pas ici le lieu, nous avons montré que c'est un dogme avoué dans la nouvelle Réforme, que tout particulier doit examiner après l'Eglise, et par conséquent, doit croire qu'il se peut faire qu'il entende mieux l'Ecriture qu'elle et toutes ses assemblées. Ceux à qui cette présomption fait horreur, ou qui, en s' examinant, ne trouvent point en eux-mêmes cette fausse capacité, n'ont qu'à chercher leur salut dans une autre Eglise, que dans celle où l'on professe un dogme si prodigieux.

Troisième réflexion ; Sur une autre proposition avouée par M. Claude, dans la conférence. Explication de la manière d'instruire les chrétiens : et que l'autorité infaillible de l'Eglise est nécessaire pour reconnaître et entendre l'Ecriture. — La seconde absurdité que j'ai promis de faire avouer à M. Claude et à tout bon prolestant , c'est qu'à moins de reconnaître dans l'Eglise une autorité après laquelle il ne faille plus examiner ni douter, on est forcé à mettre un point où le fidèle en âge de raison ne puisse pas l'aire un acte de foi sur l'Ecriture, et où par conséquent il faille douter si elle est véritable ou fausse. J'ai assigné pour ce point de doute tout le temps où un chrétien, par quelque cause que ce soit, n'a pas lu l'Ecriture sainte. M. Claude se récrie ici contre une si détestable proposition; et moi je persiste à dire, non-seulement qu'il l'a avouée dans la conférence, mais même qu'en quelque manière qu'il ait ici tâché de tourner les choses, il n'a pu si bien faire qu'il ne l'avouât encore dans sa Relation.

A la vérité, c'est ici un des endroits où je reconnais le moins nos véritables discours. Mais il y en a encore assez pour le convaincre : puisque si cette Relation devient publique , tout le monde verra qu'il y reconnaît en termes formels , « que celui » qui n'a pas lu encore l'Ecriture sainte la croit » parole de Dieu de foi humaine, parce que son » père le lui a dit, ce qui est un état de catéchu- » mène; et que lorsqu'il a lu lui-même ce livre, et » qu'il en a senti l'efficace, il la croit parole de » Dieu , non plus de foi humaine , parce que son » père le lui a dit, mais de foi divine, parce qu'il » en a senti lui-même immédiatement la divinité, » et c'est là l'état de fidèle. »

Il est donc vrai qu'il a reconnu ce temps que j'entreprends de faire voir, où un chrétien baptisé n'est pas en état de faire un acte de foi surnaturelle et divine sur l'Ecriture sainte, puisqu'il ne la

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