‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 200 sur 631 · Joan , m · texte numérisé non relu

Joan , m

croit parole de Dieu que de foi humaine, et que la foi divine ne peut venir qu'après la lecture.

De quelque manière qu'il tourne cette foi humaine, c'est une proposition qui fait horreur, qu'un chrétien baptisé et en âge de raison ne puisse pas faire sur l'Ecriture un acte de cette foi, par laquelle nous sommes chrétiens. Car de là il s'ensuit que le chrétien, qui va lire la première fois l'Ecriture sainte, ne doit, ni se porter de lui-même, ni être induit par personne à dire en l'ouvrant : Je crois, comme je crois que Dieu est , que l'Ecriture que je m'en mis lire est sa jmrole. Il faut au contraire lui faire dire : Je m'en vais examiner si dorénavant , et dans le reste de ma vie, je dois lire cette Ecriture avec une telle foi. C'est renverser tout l'ordre de l'instruction; c'est perdre le fruit du baptême; c'est réduire les chrétiens à instruire leurs enfants baptisés comme s'ils ne l'étaient pas, et qu'ils eussent encore à délibérer de quelle religion ils doivent être.

Et ce que dit M. Claude sur l'Ecriture , il faut qu'il le dise sur la foi de la Trinité, sur celle de l'Incarnation, sur celle de la mission de Jésus- Christ, et la rédemption du genre humain. Car ce qui force M. Claude et tout protestant à dire que le fidèle, qui n'a pas lu l'Ecriture sainte, ne peut croire que de foi humaine qu'elle soit inspirée de Dieu, c'est qu'autrement il faudrait reconnaître un acte de foi divine sur la seule autorité de l'Eglise : ce qui ferait reconnaître cette autorité comme infaillible , et renverser par les fondements toute la nouvelle Réforme. Mais le même argument revient sur tous les articles de notre foi; et si le fidèle peut croire d'une foi divine, et la Trinité, et l'Incarnation, et la mission de Jésus-Christ, sur la seule autorité de l'Eglise , et avant que d'avoir lu l'Ecriture sainte, je conclurai toujours avec une pareille certitude que l'autorité de l'Eglise sera infaillible. Il faut donc, par la conséquence du principe de M. Claude et de tous les protestants, il faut, dis-je, en réduisant les chrétiens, qui vont lire l'Ecriture sainte, à une simple foi humaine sur cette Ecriture, les y réduire tout d'un coup sur les points les plus essentiels de notre créance.

Ce n'est pas là la méthode de nos pères; ce n'est pas ainsi qu'ils ont appris aux chrétiens à instruire leurs enfants. Quand ils les ont baptisés dans leur bas-âge , on a dit en leur nom , Credo , Je crois. N'importe que nos réformés aient changé cette formule; elle est de la première antiquité, et sera toujours sainte et vénérable malgré eux. Mais cette formule, dont on use envers les enfants, nous fait voir que lorsqu'ils auront l'usage de la raison, il faudra d'abord leur apprendre à faire un acte de foi, et ne point perdre de temps à les y exciter. Ils en seront donc capables : ils pourront dire le même Credo qu'ils auraient dit, si on les avait baptisés en âge de connaissance; et les réduire à une foi simplement humaine , c'est leur ôter la grâce de leur baptême , et justifier la pratique aussi bien que la doctrine des anabaptistes.

Et je conjure messieurs de la religion prétendue réformée , de ne croire pas que je leur allègue ici les anabaptistes par une manière d'exagération , ou pour les rendre odieux : ces manières ne sont pas dignes de chrétiens. Je soutiens, au pied de la lettre, que la doctrine qu'enseigne ici M. Claude,

REFLEXIONS SUR UN ECRIT DE M. CLAUDE

el que tous les proleslants doivuiit ciisuigner avec lui, inlroduil l'anabaplisme. Car s'il faut leuir en suspens les acles de foi divine, jusqu'à ce qu'on ail lu l'Ecrilure sainte, cl qu'on soit instruit par soi-mftnic; si tous les acles ([ui précèdent celte instruction ne sont pas des actes de chrétiens, puisqu'ils n'ont pour fondement qu'une foi humaine : il faut, par la même raison, différer le baptême jusqu'à ce temps, et ne pas faire des chrétiens qui, dans l'âge de raison , soient incapables de produire des actes de leur religion.

Quatrième réflexion : Sur ce qxie M. Claude nous fait sur l'Eglise la même difficulté que nous lui faisons sur l'Ecrilure. — C'est en vain que M. Claude nous répond qu'il nous fera pour l'Eglise le même argument que nous lui faisons pour l'Ecriture; car il faudrait, pour cela, que comme nous lui montrons un certain point, (jui, même dans l'usage de la raison , précède nécessairement la lecture de l'Ecrilure , il put aussi nous en montrer un qui précédât les enseignements de l'Eglise : mais c'est ce qu'il ne trouvera jamais. Quoi qu'il fasse , nous lui marquerons toujours avant la lecture de l'Ecriture un certain point , qui est celui où l'Eglise nous la met en main : mais avant l'Eglise il n'y a rien ; elle prévient tous nos doutes par ses instruclions.

C'est une erreur de s'imaginer qu'il faille toujours examiner avant que de croire. Le bonheur de ceux qui naissent, pour ainsi dire, dans le sein de la vraie Eglise, c'est que Dieu lui ail donné une telle autorité , qu'on croit d'abord ce qu'elle propose, et que la foi précède ou plutôt exclut l'examen.

De demander maintenant par quel motif Dieu nous fait sentir l'autorité de son Eglise, c'est sortir visiblement de la question. Il ne manque pas de motifs pour attacher ses enfants à son Eglise , à laquelle il a donné des caractères si particuliers et si éclalants. Cela même, qu'elle est la seule de toutes les sociétés qui sont au monde, à laquelle nul ne peut montrer son commencement, ni aucune interruption de son étal visible et extérieur par aucun fait avéré, pendant qu'elle le montre à toutes les autres sociétés qui l'environnent, par des faits qu'elles-mêmes ne peuvent nier; cela même est un caractère sensible, qui donne une inviolable autorité à la vraie Eglise. Dieu ne manque pas de motifs pour faire sentir à ses enfants ce caractère si particulier de son Eglise. Mais quels que soient ces motifs , el sans vouloir ici les étaler, parce que ce n'en est pas le lieu, il est certain qu'il y en a; puisqu'enlin il faut pouvoir croire sur la parole de l'Eglise , avant que d'avoir lu l'Ecriture sainte , et que dans la première instruction que nous recevons , sans nous parler de l'Ecriture, on nous apprend à dire comme un acte fondamental de noire foi ; Je crois l'Eglise catholique.

M. Claude nous dit que, pour autoriser la méthode par laquelle nous prétendons mettre la foi de l'Eglise counnc le fondement de tout le reste, il faudrait dans le Symbole avoir commencé par dire : Je crois l'Eglise, au lieu qu'on y commence par dire : Je crois en Dieu le Père, et en Jésus-Christ, el au Saint-Esprit. Et il ne songe pas que c'csl l'Eglise elle-même (|ui nous apprend tout le Symbole, c'est sur sa parole que nous disons ; Je crois

en Dieu le Père, cl en Jésus-Christ son Fils unique, el le reste; ce que nous ne pouvons dire avec une ferme foi , sans que Dieu nous nietto en même temps dans le cœur que l'Eglise, qui nous l'enseigne, ne nous trompe pas. Après donc que nous avons dit sur sa parole : Je crois au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit , et que nous avons commencé notre profession de foi par les Personnes divines que leur majesté met au-dessus de tout, nous y ajoutons une sainte réflexion sur l'Eglise qui nous propose cette créance, el nous disons : Je crois l'Eglise catholique. A quoi nous joignons aussitôt , après toutes les grâces que nous recevons par son ministère , la communion des saints, la rémission des péchés, la bienheureuse résurrection, et enfin la vie éternelle.

Cinquième réflexion . Sur ce que M. Claude nous allègue ici l'Eglise grecque, et les autres semblables : que c'est vouloir embrouiller la matière, el non pas résoudre la difficulté. — C'est vouloir embrouiller les choses, que de nous alléguer ici , avec M. Claude, l'Eglise grecque, l'arménienne, l'égyptienne, ou l'éthiopique, el celle des Cophtes, etlant d'autres qui ne se vantent pas moins d'être l'Eglise véritable que fait l'Eglise romaine. Ceux, dit-on, qui sont élevés dans ces Eglises, en révèrent l'aulorité : chacune de ces Eglises a des sectateurs aussi zélés que la nôtre. Le zèle véritable el pur n'a point de marque sensible : chacun attribue le sien, comme nous faisons, à la grâce du Saint-Esprit; et se reposant sur l'autorité de l'Eglise où il se trouve, il dit que le Saint-Esprit se sert de cette autorité pour le conduire à la foi de l'Ecriture, el à toutes les vérités du christianisme.

C'est à peu près l'objection de M. Claude; et c'est ainsi quelquefois que, lorsqu'on ne peut se débarrasser, on croit se sauver en tâchant de jeter les autres dans un embarras semblable au sien. Mais il no gagnera rien par cette adresse : car enfin , pour quelle cause prétend-il combattre? est-ce pour l'indifférence des religions? Veut-il dire, avec les impies, qu'il n'y a pas une Eglise véritable, où l'on agisse en effet par des mouvements divins? et sous prétexte que le démon , ou , si l'on veut , la nature , savent imiter, ou, pour mieux dire, contrefaire ces mouvements, soutiendra-t-il que ces mouvements sont partout imaginaires? A Dieu ne plaise : nous voulons tous deux éviter cet écueil. Il avouera donc' avec moi qu'il y a une vraie Eglise, quelle qu'elle soit, où le Saint-Esprit agit; encore qu'à ne regarder que le dehors, on ne puisse pas toujours si aisément discerner qui sont ceux où il habite. Jusqu'ici nous sommes d'accord; voyons jusqu'où nous pourrons marcher ensemble. Nous convenons qu'il y a une vraie Eglise où le Saint-Esprit agit : nous convenons qu'il se sert de moyens extérieurs pour nous mettre la vérité dans le cœur : nous convenons qu'il se sert de l'Eglise et de l'Ecriture. Notre question est de savoir par où il commence , si c'est par l'Ecrilure ou par l'Eglise; si c'est, dis-je , par l'Ecriture qu'il nous fait croire à l'Eglise, ou si c'est plutôt par l'Eglise qu'il nous fait croire à l'Ecriture. Je dis que c'est par l'Eglise que le Saint-Esprit commence; et il faut bien qu'il soit ainsi, puisque constamment c'esl l'Eglise qui nous met en main l'Ecriture. M. Claude néanmoins me quille

REFLEXIONS SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE

ici, et commence à marcher tout seul; mais il tombe dès le premier pas dans le précipice. Car la peur qu'il a de reconnaître dans la vraie Eglise une infaillible autorité , et de croire que sur la parole de l'Eglise , même véritable , on puisse faire un acte de foi divine et surnaturelle sur la vérité de l'Ecriture , l'oblige à dire qu'il n'est pas possible de commencer la lecture de l'Ecriture sainte par un tel acte de foi, et que tout acte de foi qui précède cette lecture est un acte de foi humaine. Voilà l'état déplorable où il met le chrétien qui va lire l'Ecriture sainte pour la première fois. M. Claude ne peut sortir de cet abime sans revenir à l'endroit oii il a commencé de me quitter, et dire ensuite avec moi qu'il y a une vraie Eglise, quelle qu'elle soit, dont le Saint-Esprit inspire d'abord la vénération aux vrais fidèles; que par cette vénération, qu'il leur met d'abord dans le cœur, il les attache à l'Ecriture que cette Eglise leur présente; que celte Eglise exige aussi, de tous ceux qu'elle peut instruire, qu'ils adorent sur sa parole l'infaillible vérité de cette Ecriture , et ne reconnaît pas pour ses enfants ceux qui n'ont pour cette Ecriture qu'une foi humaine.

Mais, dit-on , l'Eglise romaine n'est pas la seule a s'attribuer cette autorité : l'Eglise grecque , et d'autres Eglises , veulent aussi qu'on les en croie sur leur parole , et enseignent que c'est le moyen de lire l'Ecriture sainte avec une soumission de foi divine. Hé bien! s'il est ainsi, il ne reste plus qu'à choisir entre ces Eglises. Mais dès là , et du premier coup , l'Eglise calvinienne est tombée : elle se dégrade elle-même , pour ainsi parler, du titre d'Eglise , puisqu'elle ne se sent pas assez d'autorité pour faire faire à tous ceux qu'elle commence à instruire un acte de chrétien, et un acte de foi divine, pas même sur la vérité de l'Ecriture , d'où on suppose qu'elle doit apprendre toutes les autres.

Mais M. Claude demande comment on choisira entre ces Eglises. Sera-ce par enthousiasme? Ce serait par enthousiasme, comme je l'ai remarqué dans la conférence, si l'Eglise véritable n'avait pas ses caractères particuliers qui la distinguent des autres. Elle a, sans aller plus loin ni approfondir davantage , sa succession , où personne ne lui montrera par aucun fait positif aucune interruption, aucune innovation , aucun changement. C'est de quoi nulle fausse Eglise ne se glorifiera jamais aussi clairement que la véritable, parce que s'en glorifiant elle se condamnerait visiblement ellemême. Il y aura donc toujours dans l'instruction que l'Eglise véritable donnera à ses enfants sur son état quelque chose que nulle autre secte ne pourra ni n'osera dire. C'est par là que nous convaincrions, s'il en était question, les Grecs, les Ethiopiens, les Arméniens et les autres sectes qui semblent à cet égard plus décevantes à cause de l'apparence de succession qu'elles montrent ; qui aussi leur donne lieu de s'attribuer avec un peu plus de fondement l'autorité de l'Eglise. Mais pour l'Eglise calvinienne , c'est fait d'abord, puisqu'elle n'a pas même une succession apparente et colorée , et qu'elle n'ose elle-même , comme nous venons de le voir par l'aveu de M. Claude, s'attribuer cette autorité, sans laquelle il ne peut y avoir ni d'instruction certaine , ni de fondement assuré d'une foi divine , ni enfin d'Eglise.

Ce serait donc bien en vain que nous perdrions ici le temps à disputer aux Egyptiens et aux Grecs la succession dont ils se vantent. Ce ne serait pas un grand travail de leur marquer le point manifeste de leur innovation. Les prétendus réformés le savent aussi bien que nous, et eux-mêmes , quand ils veulent , ils le leur montrent. Ainsi , quand ils nous pressent de le faire, ce n'est pas qu'ils croient nous engager à une chose impossible, ou même obscure et difficile : mais c'est, en un mot, que dans une cause si mauvaise c'est toujours gagner quelque chose, que de se jeter à l'écart, et faire perdre la suite d'un raisonnement.

Ainsi j'ai eu raison de dire à mademoiselle de Duras; dans une des Instructions de ce livre , que si quelqu'un dégoûté de l'Eglise calvinienne, était tenté d'embrasser la religion des Cophtes , ou celle des Grecs , il serait temps alors de leur montrer dans ces Eglises ce point inévitable de leur nouveauté, qu'elles ne peuvent nier non plus que les autres sectes : mais que comme les calvinistes, à qui nous avons à faire, en convenaient, et que personne ne songeait à les quitter que pour venir à nous; quand nous obligions à les quitter, en montrant, de l'aveu de leur ministre, les énormes absurdités de leur doctrine, l'ouvrage était consommé, et tout le reste en cette occasion était inutile.

Et afin qu'on entende bien la méthode de la conférence, et l'état de la question qui y est traitée, il ne s'y agissait pas directement d'établir l'Eglise romaine, mais de montrer seulement qu'il y a une vraie Eglise, quelle qu'elle soit, à laquelle il se faut soumettre sans examiner : et au reste que cette Eglise ne peut pas être la calvinienne, puisqu'elle-mème veut qu'on examine après elle; ce qui lui fait avouer les absurdités que nous avons remarquées , et perdre par cet aveu le titre d'Eglise.

Cela fait , il ne s'agit plus de prêcher l'Eglise romaine, c'est-à-dire, ce corps d'Eglise dont Rome est le chef; puisqu'à celui qui veut choisir entre deux Eglises, en exclure l'une, c'est établir l'autre, sans qu'il soit besoin pour cela de disputer davantage. Outre que l'Eglise romaine porte si évidemment ces beaux caractères de la vraie Eglise , qu'il n'y a guère d'hommes de bons sens , même parmi nos réformés , qui ne conviennent que s'il y a au monde une autorité à laquelle il faille céder, c'est celle de cette Eglise.

Mais en tout cas, quand on voit les absurdités qu'on est forcé d'avouer dans le calvinisme, faute d'avoir reconnu dans l'autorité de l'Eglise les véritables principes de l'instruction chrétienne, on se retire bientôt d'une Eglise dont la méthode et l'instruction est si manifestement défectueuse; et on est assez sollicité par le reste de christianisme, qu'on sent en son fond, à retourner à l'Eglise d'où on est sorti.

Sixième réflexion : Sur ce que M. Claude réduit, autant qu'il peut, cette dispute à l'instruction des enfants. — On voit, dans les discours de M. Claude, que, pressé par ce défaut d'autorité qui ruine toute l'instruction dans son Eglise , il alïecte de réduire notre dispute à l'instruction des enfants, et qu'il croit trouver quelque avantage à faire dépendre cette instruction , des parents et des nourrices que

RÉFLEXIONS SUR UN ÉGlilT DE M. CLAUDE.

l'un connaît, plus dans col Age que l'Eglise cl ses minisircs. Par ce moyen il croit nous cacher l'autorité fie l'Eglise clans les premiers exercices et les premiers actes que nous faisons de la foi avant que d'avoir lu l'Ecriture sainte. Mais il fallait songer, premièrement, que l'argument que je lui faisais ne regardait pas seulement les enfants ; les enfants ne sont pas les seuls chrûtiens qui n'ont pas lu l'Ecriture. M. Claude n'ignore pas qu'il n'y ait eu au commencement du christianisme, non pas des hommes particuliers , mais des nations entières , qui, au rapport de saint Irénée', n'avaient point l'Ecriture sainte , et , sans la lire , ne laissaient pas d'être de parfaits chrétiens. Il s'agit donc entre nous, en général, de tous ceux qui n'ont pas lu l'Ecriture sainte, en quelque âge qu'ils soient, et de quelque manière qu'il soit arrivé qu'ils n'auront pas fait cette lecture. Car c'est de ceux-là, et, si l'on veut, c'est de ceux dont parle saint Irénée, ou de leurs semhlables, que je demande sur la foi de qui ils croient l'Ecriture, et se préparent à lalire comme étant inspirée de Dieu. S'ils n'ont qu'une foi humaine, comme le dit M. Claude, ils ne sont pas chrétiens; et s'ils ont une foi divine, comme il le faut avouer, à moins que de tomber dans une absurdité qui fait horreur, il est donc vrai que la foi divine, sans qu'on ait lu l'Ecriture, suit immédiatement la doctrine de l'Eglise, et en établit l'infaillible autorité. C'est sur cette autorité que tout chrétien, qui prend en main l'Ecriture, commence par croire d'une ferme foi que tout ce qu'il y va lire est divin et il n'attend pas qu'il ait tout lu , pour croire la vérité de cette Ecriture; il croit le premier chapitre avant que d'avoir lu le second, et il croit le tout avant que d'avoir lu la première lettre, et que d'avoir seulement ouvert le livre. Il ne forme donc pas sa foi par la lecture de l'Ecriture : cette lecture trouve la foi déjà formée; cette lecture ne fait que confirmer à un chrétien tout ce qu'il croyait déjà, et tout ce qu'il avait déjà trouvé dans la créance de l'Eglise. Il a donc cru avant toutes choses que l'Eglise ne le trompait pas, et c'est par là qu'il a commencé à faire des actes de chrétien. Les enfants ne sont pas instruits par une autre voie. Quand ils écoutent leurs parents, c'est l'Eglise qu'ils écoutent, puisque nos parents ne sont nos premiers docteurs que comme enfants de l'Eglise. C'est pour cela que le Saint-Esprit nous renvoie à eux ; Interrogez votre père, et il vous l'annoncera; demandez à vos ancêtres, et Us vous le diront'^. Saint Basile, un si grand théologien, se justifie, et tout ensemble il confond les hérétiques, en leur alléguant la foi de sa mère et de son aïeule sainte Macrinc^; et il imite saint Paul, qui loue Timothée d'avoir une foi sincère , telle qu'elle s'était trouvée, premièrement dans sa mère Eunice, et dans Ldide son aïeule''. C'est-à-dire, que la doctrine doit toujours venir de main en main, cl qu'il y aura toujours une vraie Eglise, à laquelle jamais personne ne pourra montrer son commencement, ni trouver dans son étal ces marques d'interruption et de nouveauté que toutes les autres sectes portent sur leur front. Les parents chrétiens, attachés à cette Eglise, y attachent leurs enfants , et les met-

1. Iren., lib. m, c. 4, p. 17>(. — 9. Deuler., xxxii. 7. — 3. Episl. LXXix nunc ccxxiii, (. m , p. 338. — 4. //. Tim., i 5.

tcnt aux pieds de ses ministres pour y être instruits.

Il ne faut pas s'imaginer que les enfants en qui la raison commence à paraître, pour ne savoir pas arranger leurs raisonnements, soient incapables de ressentir l'impression de la vérité. On les voit apprendre à parler dans un Age plus infirme encore , de quelle sorte ils apprennent, par où ils font le discernement entre le nom et le verbe, le substantif et l'adjectif, ni ils ne le savent, ni nous, qui avons appris par cette méthode , ne le pouvons bien expliquer; tant elle est profonde et cachée. Nous apprenons à peu près de même le langage de l'Eglise. Une secrète lumière nous conduit dans un état comme dans l'autre ; là c'est la raison , et ici la foi. La raison se développe peu à peu, et la foi , infuse par le baptême, en fait de môme. Il faut des motifs pour nous attacher à l'autorité de l'Eglise ; Dieu les sait, et nous les savons en général ; de quelle sorte il les arrange , et comment il les fait sentir à ces âmes innocentes, c'est le secret de son Saint-Esprit. Tant y a que cela se fait, et il est certain que c'est par là qu'il commence. Comme c'est là le premier acte de chrétien que nous faisons , et que c'est sur ce fondement que tout est bâti, c'est aussi ce qui subsiste toujours. Viendra le temps que nous saurons plus distinctement pourquoi nous croyons; et l'autorité de l'Eglise de jour en jour deviendra plus ferme dans notre esprit. L'Ecriture même fortifiera les liens qui nous y attachent : mais il en faudra toujours revenir à l'origine , c'est-à-dire , à croire sur l'autorité de l'Eglise. En quelque âge que l'on soit, c'est par là que l'on commence à croire l'Ecriture : on continue aussi sur le même fondement; et saint Augustin était déjà consommé dans la science ecclésiastique , quand il a dit qu'il ne croirait pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise catholique ne l'y obligeait' . Je pourrais , s'il en était question , montrer le môme sentiment dans les autres Pères. C'est qu'il faut toujours remonter au premier principe, et c'est ce premier principe qui nous attache à l'Eglise. Qu'on ne nous reproche point ce cercle vicieux : l'Eglise nous fait croire l'Ecriture , l'Ecriture nous fait croire l'Eglise. Cela est vrai de part et d'autre à divers égards. L'Eglise et l'Ecriture sont tellement faites l'une pour l'autre, et s'assortissent l'une avec l'autre si parfaitement, qu'elles s'entre-soutiennent, comme les pierres d'une voûte et d'un édifice se tiennent mutuellement en état. Tout est plein, dans la nature, de pareils exemples. Je porte le bâton sur lequel je m'appuie : les chairs lient et couvrent les os qui les soutiennent; et tout s'aide mutuellement dans l'univers. Il en est ainsi de l'Eglise et de l'Ecriture. Il n'y avait qu'une Eglise , telle que Jésus-Christ l'a fondée, à qui on pût adresser une Ecriture telle que nous l'avons; c'est-à-dire, qui osât promettre à l'Eglise où celte Ecriture avait été faite, une éternelle durée. Si qucl(|u'un reçoit l'Ecriture; par l'Ecriture je lui jirouverai l'Eglise; qu'il reconnaisse l'Eglise, par l'Eglise je lui prouverai l'Ecriture : mais comme il faut commencer de quelque côté, j'ai fait voir assez clairement, par l'aveu de M. Claude, que si on ne commence par l'Eglise, la divinité de l'Ecriture et

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