Conl. Ep. fundam. Man., n. S; tom. viit, col
REFLEXIONS SUR UN ECRIT DE M. CLAUDE
la foi qu'on y doit avoir est en péril. C'est pourquoi le Saint-Esprit commence notre instruction par nous attacher à l'Eglise : Je crois l'Eglise catholique. Parmi nos adversaires il faut tout examiner avant que de croire; et il faut examiner avant toutes choses l'Ecriture, par laquelle on examine tout le reste. Ce n'est pas assez d'en avoir lu quelques versets détachés, quelques chapitres, quelques livres : jusqu'à ce qu'on ait tout lu , tout conféré, tout examiné, la foi demeure en suspens, puisque c'est par cet examen qu'elle se forme. Parmi les vrais chrétiens on croit d'abord : Ta foi t'a sauvé, dit Jésus-Christ. Ta foi, remarque Tertuliien dans ce divin ouvrage des Prescriptions , et non pas d'être exercé datis les Ecritures'. Il n'est pas besoin de passer par des opinions, par des doutes, parles incertitudes d'une foi humaine. « Je » n'ai jamais changé, dit saint Basile^ : ce que j'ai » cru dès l'enfance n'a fait que se fortifier dans la » suite de l'âge. Sans passer d'un sentiment à un » autre , je n'ai fait que perfectionner ce qui m'a » été donné d'abord par mes parents. Comme un » grain qu'on sème, de petit qu'il était devient » grand , mais demeure toujours le même en soi , » et sans changer de nature , il ne fait que prendre 0 de l'accroissement : ainsi ma foi s'est accrue : .... » et cela n'est pas un changement où l'on passe de » ce qui est pis au meilleur, mais un accomplisse- » ment de l'ouvrage déjà commencé , et la confir- » mation de la foi par la connaissance. » De cette sorte on ne passe pas , comme parmi nos réformés, d'un état de doute à un état de certitude; ou, comme M. Claude aime mieux le dire, d'une foi humaine à une foi divine. La foi divine.se déclare d'abord dès les premières instructions de l'Eglise; et cela ne serait jamais, n'était que son infaillible autorité prévient tous nos doutes et tout examen.
C'est ainsi, comme dit saint Augustin, c'est ainsi , dis-je, que croient ceux qui, ne pouvant parvenir à l'intelligence , mettent leur salut en sûreté par la simplicité de leur foi^. S'il fallait toujours examiner avant que de croire, il faudrait commencer par examiner si Dieu est, et écouter durant quelque temps, avec une espèce de suspension d'esprit, les raisonnements des impies, c'est-à-dire, qu'il faudrait passer à la créance de la divinité par l'athéisme, puisque l'examen et le doute en est une espèce. Mais non : Dieu a mis sa marque dans le monde, qui est l'œuvre de ses mains, et par cette marque divine il imprime , avant tous les doutes , le sentiment de la divinité dans les âmes. De même il a mis sa marque dans son Eglise, ouvrage le plus parfait de sa sagesse. A cette marque le Saint- Esprit fait reconnaître la vraie Eglise aux enfants de Dieu; et ce caractère si particulier, qui la distingue de toute autre assemblée , lui donne une si grande autorité, qu'avant tous les doutes et toutes les opinions, on admet sans hésiter, sur sa parole , non-seulement l'Ecriture sainte ; mais encore toute la saine doctrine. C'est ainsi que sont instruits les enfants de la vraie Eglise : ceux qui ont été élevés dans une Eglise étrangère, dès qu'ils sentent qu'elle vacille en quelque partie que ce soit de son instruction, doivent tendre les bras à l'Eglise, qui a raison
1. TenuL, de Prœf.,n. M.— 2. Ep. l.y.yi\yi. Vid.sup.— i. Cont. Ep. Miin., n. 5, col. i53.
de ne vaciller jamais , parce qu'elle n'a jamais ni varié , ni vacillé; et ils sentent qu'il y faut rentrer, parce qu'il n'en fallait jamais sortir.
Septiè.me réflexion : Sur ce que M. Claude a dit, dans sa Relation , que j'avais paru embarrassé en cet endroit de la dispute. — On peut juger maintenant si j'ai dû être embarrassé de la promesse que j'avais faite à mademoiselle de Duras de faire reconnaître à M. Claude un moment, où, par les principes de sa religion, un chrétien n'avait qu'une foi humaine sur la vérité de l'Ecriture. Comment pourrais-je être embarrassé d'une chose que M. Claude avoua dans la conférence, et qu'il avoue encore dans sa Relation, quoiqu'il ait affaibli et ma preuve et son aveu? Il est vrai qu'il ne veut pas lâcher le mot de doute : mais je n'ai pas prétendu faire former à sa langue ces deux syllabes; l'équivalent mep suffit. C'est un assez grand excès de réduire le chrétien, qui va lire l'Ecriture sainte , à être incapable d'une foi divine : se contenter en cet état d'une foi humaine, c'est toujours trop évidemment renoncer au christianisme. J'ai donc manifestement ce que je voulais; de l'aveu de M. Claude. Que s'il dit que la foi humaine , qu'il nous vante iji , exclut le doute , et ressemble à celle qui nous fait croire qu'il y a une ville de Constantinople, ou qu'il y a eu autrefois un Alexandre, quoique nous ne le sachions que par des hommes : à la vérité, ce n'est pas assez pour un chrétien, qui doit agir par le motif d'une foi divine; mais c'en est toujours assez pour confondre M. Claude, puisque, selon cette réponse, l'Eglise aurait toujours une autorité égale à celle qu'a pour ainsi dire , tout le genre humain , quand il dépose unanimement d'un fait sensible. Ainsi de quelque manière que M. Claude nous explique sa foi humaine, la victoire de la vérité, que je soutenais, demeurera assurée, de son aveu : puisque s'il dit que sa foi humaine exclut tout doute, il y suppose une vérité infaillible; et s'il dit qu'elle laisse un doute, il aura enlin proféré ces fatales syllabes qu'il évitait. Dans une cause si assurée , si j'ai tremblé pour autre chose que pour le péril de ceux à qui je craignais de ne pouvoir, ou par ma faiblesse, ou par leur préoccupation, faire entrer la vérité assez avant dans le cœur, j'ai mal entendu la vérité que je défendais. Cependant, parce que j'ai dit , dans le récit de la conférence , qu'à l'endroit où M. Claude m'objecta l'Eglise grecque, et les autres, je tremblai dans l'appréhension qu'une objection proposée avec tant d'adresse et d'éloquence , ne mit une âme en péril ; M. Claude a pris ce moment pour me faire paraître abattu. « Ici , dit-il , on peut dire avec vérité qu'on vit que » l'esprit de M. de Condom n'était pas dans son étal » ordinaire , et que cette liberté qui lui est si natu- » relie, diminua sensiblement. » Je veux bien dire à mon tour que mon tremblement , d'où on lire cet avantage, fut intérieur; et j'ai peine à croire que M. Claude eût pu s'en apercevoir, si je ne l'avais raconté moi-même de bonne foi dans mon récit. Mais qu'importe quel ait été ni l'effet ni le sujet de ma crainte? On dira , si l'on veut, que déconcerté par l'objection de M. Claude, j'ai voulu .couvrir le désordre où je suis tombé visiblement, par le tremblement que je feins d'avoir pour le salut d'une âme qui attendait son instruction de mon secours.
KKl'I.HXIUNS SUR UN KCIMT 1)1'; M. GLAUDM.
Je ravouer.ii , si l'on veut , ou plutôt pour ne point mentir, je le laisserai passer sans opjjosilion. Je veux bien avoir tremblé devant M. Claude, pourvu que même en tremblant j'aie dit la vérité. Je l'ai dite : il n'y a qu'à voir quelles ont été mes réponses, ot si j'en ai moins tiré de la bouche de M. Claude l'aveu que j'en prétendais. Après cela, plus j'aurai tremblé et plus j'aurai été faible, plus il sera assuré que c'est la vérité qui me soutenait.
Huitième réflexion : S^(,r une autre proposiiion, (lue M. Claude acoua dans la conférence, où est exposée la manière dont toutes les fausses Eglises se sont établies. — Il y a un endroit de la conférence que M. Claude passe en quatre mots. C'est celui où je lui lis voir l'horrible état de son Eglise, qui s'établit à l'exemple de toutes les fausses Eglises , en se séparant de tout ce qu'il y avait d'Eglises chrétiennes dans l'univers , et sans trouver aucune Eglise qui pens;\t comme elle dans le temps qu'elle s'établit : de sorte qu'elle ne tenait par aucune continuité, ni au temps qui précédait, ni à aucune Eglise chrétienne qui parût alors dans le monde. Ce fait passa pour constant; et quelque court qu'ait été M. Claude, dans le récit de cet endroit, il en dit assez pour faire voir qu'en avouant ce fait important, il a tâché seulement de couvrir la honte d'un tel état par l'exemple des apôtres, lorsqu'ils se séparèrent de la Synagogue.
Je ne répéterai pas ce que je dis sur ce sujet : on l'a vu dans la conférence; et M. Claude, qui n'en rapporte qu'un mot, ne m'oblige à aucun nouvel éclaircissement. Mais je dirai seulement qu'il donne une idée bien fausse de cet endroit de la dispute. " La compagnie se leva, dit-il, et la conversation, » qui continua encore quelque temps , devint beau- » coup plus confuse, et il y fut parlé de diverses » choses. » Je ne sais pourquoi M. Claude veut que notre conversation ait été confuse : elle ne le fut en aucun endroit, et le fut moins, s'il se peut, dans celui-ci que dans tous les autres. Il est vrai qu'on s'était levé, et qu'une partie des assistants s'étaient retirés; mais nous demeurâmes de pied ferme M. Claude et moi, l'un devant l'autre. Mademoiselle de Duras parut avoir redoublé son attention, et après tant de principes exposés, la dispute devint plus vive et plus concluante que jamais. Si on parla de diverses choses, ce ne fut pas vaguement, et tout tendait au môme but. On le peut voir en lisant; et si on ne veut pas m'en croire, quand M. Claude fera parailrc sa Relation , on verra que ce peu qu'il dit demande naturellement tout ce que je récite. Tant y a, qu'il fut avéré que les prétendus réformés, en établissant leur Eglise, avaient fait tout le contraire de ce qu'ont toujours fait tous les orthodoxes, et précisément ce qu'ont fait tous les hérétiques; et M. Claude, presse sur cette matière, ne put, dans toute l'histoire du christianisme, mar- (|uer une seule Eglise , vraiment chrétienne, fondée comme les Eglises de la nouvelle liéforme.
On peut juger maintenant quelle apparence il y a que ce qu'ont fait tous les hérétiques, contre la jiratique de tous les orthodoxes, puisse jamais être autorisé par l'exemple des apôtres lorsqu'ils se séparèrent de la Synagogue. Mais comme M. Claude met le fort de sa défense dans cet exemple, je le prie d'ajuuter aux faits constants que je lui ai allé-
gués, sur ce sujet, ces courtes réflexions : qu'encore que Jésus-Christ autorisé de lui-môme, n'eût besoin d'aucune suite pour se faire croire; néanmoins, pour nous inculquer combien il est nécessaire à la véritable religion d'avoir une suite toujours manifeste, il a voulu , en venant au monde, y trouver une Eglise actuellement subsistante dans tout son état : qu'il est né, et qu'il a vécu dans cette Eglise actuellement subsistante , c'est-à-dire, dans la Synagogue, et qu'il a tellement voulu former son Eglise au milieu d'elle , que môme les saints apôtres, après son ascension et la descente du Saint- Esprit, ont persisté publiquement dans le service du temple, qui était alors la marque la plus authentique de communion : qu'on ne voit pas en effet, quoi qu'on pût ordonner contre eux, qu'ils s'en soient jamais retirés tant que le temple a subsisté , et que la Synagogue a pu conserver ou sa forme extérieure, ou même quelque apparence de son état ancien : que Dieu , qui voulait enfin que les siens fussent entièrement séparés d'avec les Juifs, avait auparavant éteint dans ce peuple ingrat, par une manifeste réprobation, avec le sacrifice et le sacerdoce, toutes les marques d'Eglises, en sorte qu'il parût que la Synagogue tombait plutôt en ruine avec son temple, que les enfants de Dieu ne s'en éloignaient : que loin de laisser alors aucune espérance à ce peuple, comme il avait fait autrefois dans l'ancienne transmigration et à la ruine du premier temple, il avait donné au contraire toutes les marques possibles d'une implacable fureur : qu'afln qu'une telle chute du peuple autrefois élu, et le divorce déclaré à la Synagogue autrefois épouse, ne pût donner le moindre prétexte de soupçonner à l'avenir aucun événement semblable, il avait fait dénoncer par tous ses prophètes cette chute et ce divorce futur, comme un exemple unique de sa colère, et avait protesté en même temps que rien de tel n'arriverait à cette Eglise avec laquelle il faisait une alliance éternelle : qu'avec tout cela, et encore que la réprobation de la Synagogue fût clairement expliquée dans l'Ecriture, et même que les apôtres, sans rien innover dans la doctrine, ne fissent que suivre celui que jusqu'à eux sans aucune interruption on avait toujours attendu; néanmoins, parce qu'il y avait quelque rupture avec la Synagogue autrefois Eglise véritable , pour les autoriser dans cette action , il n'avait rien fallu de moins que Jésus-Christ présent sur la terre avec toute l'autorité du Père éternel : en un mot, que pour s'éloigner des sentiments de la Synagogue, quoique d'ailleurs convaincue par les Ecritures, il fallut que Jésus- Christ, la pierre angulaire, en qui tout devait être uni , parût visiblement avec les marques incontestables de sa mission. Je laisse maintenant à considérer si un exemple de cette nature peut donner quelque occasion de se séparer jamais de l'Eglise de Jésus-Christ; ou de dire que cette Eglise, fondée sur la pierre, dût tomber; ou que la succession, dont Jésus-Christ est la source, pût soulTrir quelque interruption ; et si tout ne cric pas plulôt ici contre une telle entreprise.
NEUvnoMiî RÉFLEXION : !>ur la cisilnlilé de l' Eglise : que M. Claude ne combat la doctrine que j'ai expliquée, qu'après s'en être formé une fausse idée. — Jusqu'ici nous avons vu ce qui regarde la confô-
RÉFLEXIONS SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE
rence, et la manière dont M. Claude la raconte. U faut maintenant considérer ce qu'il oppose aux instructions qui l'ont précédée.
Il y répond amplement dans l'écrit dont nous avons déjà parlé'. Cet écrit n'a aucun titre, et il est fait en forme de lettre. Pour nous faire mieux entendre, donnons-lui un nom, et appelons-le la réponse manuscrite de M. Claude. Comme on a vu que la conférence fut précédée de ma part de deux Instructions^, dont la première établit la perpétuelle visibilité de l'Eglise, et la seconde éclaircit quelques objections tirées du livre des Rois^, M. Claude a suivi cette division. Il divise aussi sa réponse en deux parties : la première est subdivisée en quatre questions. Dans la première , il traite de l'Eglise universelle, dont il est parlé dans le Symbole , et me blâme de n'y avoir pas compris , avec tous les bienheureux esprits, les saints qui naîtront jusqu'à la fin du monde. Dans la seconde, il examine si l'Eglise peut être définie par sa communion extérieure, comme il suppose que je l'ai fait. Il parle dans la troisième de la perpétuelle visibilité de l'Eglise; et recherche dans la quatrième à quelle Eglise appartiennent les promesses de Jésus-Christ, si c'est à celle que j'ai posée ou à celle qu'il a établie. Il tire ensuite onze conséquences de la doctrine qu'il a expliquée; et passe à la seconde partie, où il soutient les passages du livre des Rois. Voilà l'idée de son ouvrage.
C'est dans ces quatre questions et dans ces onze conséquences qu'il attaque de toute sa force la doctrine que j'ai enseignée sur la perpétuelle visibilité de l'Eglise : mais on va voir qu'il ne l'a pu faire qu'après s'en être formé une fausse idée.
Pour montrer que l'Eglise , dont il est parlé dans le Symbole, devait être toujours visible, j'ai dit que « tous les chrétiens entendaient par le nom » d'Eglise une société qui fait profession de croire » la doctrine de Jésus-Christ, et de se gouverner » par sa parole; d'où il s'ensuit qu'elle est visi- » ble*, » et liée par une communion sensible et extérieure. Voilà comme j'ai d'abord posé ma thèse, et c'est aussi ce que j'avais à établir.
Il ne s'agissait pas, comme M. Claude le suppose, de donner une parfaite définition de l'Eglise , ni d'en établir l'union intérieure parle Saint-Esprit, par la foi , par la charité : c'est chose dont nous convenons; et la question n'étant que des marques extérieures de cette union, j'avais tout fait en montrant que ces marques extérieures sont inséparables de l'Eglise , et par conséquent qu'elle est toujours visible.
Cependant sur ce que j'ai dit, qu'on entend par le mot d'Eglise une société qui fait profession de croire la doctrine de Jésus-Christ, M. Claude me veut faire accroire dans toute sa Réponse manuscrite, mais principalement dans la deuxième et quatrième question, que je regarde l'Eglise comme une société simplement extérieure, constituée en son essence par une simple profession de croire, sans croire en effet, dont toute la nature el l'essence consiste en de simples dehors , et en des apparences, sans réalité; dont l'unité n'est qu'une unité de profession, une unité extérieure, en sorte que
1. Sup. Avert. el Réf., p. 221. — 2. Sup., p. 202 — 3. Sup. p. 207. — 4. Vid. Sup., p. 202 eS seq.
l'intérieure n'y soit que par accident ; et que quand il n'y aurait ni fidèles ni justes , et qu'elle fût toute composée d'hypocrites , elle ne laisserait pas d'être la vraie Eglise de Jésus-Christ.
Voilà en effet une affreuse idée de l'Eglise, et je ne m'étonne pas que M. Claude en ait horreur : aussi est-elle autant éloignée de mon esprit et de l'esprit de tous les catholiques, que le ciel l'est des enfers; et je ne sais comment M. Claude a pu lire mes Instructions, sans y voir tout le contraire de ce qu'il m'impose.
Puisque le lecteur a maintenant ces Instructions devant les yeux , je le prie de les repasser dans cet imprimé. Il y trouvera, à la vérité, qu'il est de l'essence de l'Eglise d'être visible par la prédication et par les sacrements; mais il y trouvera aussi « que les élus et les saints en sont la plus noble » partie; qu'ils y sont sanctifiés, qu'ils y sont régé- » nérés, souvent même par le ministère des réprou- » vés; qu'il ne les faut pas considérer comme fai- » sant dans l'Eglise un corps à part , mais comme » en faisant la plus belle et la plus noble partie'. »
On y trouvera qu'il est de l'essence de l'Eglise , « parce qu'elle est sainte , d'enseigner toujours » constamment , et sans varier, une sainte doc- " trine; » mais on trouvera aussi « que cette sainte » doctrine , qu'elle ne cesse d'enseigner, enfante » continuellement des saints dans son unité, et que » c'est par cette doctrine qu'elle instruit, et entre- » tient dans son sein les élus de Dieu^. » Est-ce là ce qu'on appelle une simple profession de la doctrine de Jésus-Christ sans réalité , et un pur amas d'hypocrites?
On y trouvera que l'enfer ne peut prévaloir contre la société visible et extérieure de l'Eglise, mais on y trouvera aussi que c'est à cause « qu'il ne peut » pas prévaloir contre les élus, qui sont la par- » tie la plus pure, et la plus spirituelle de cette » Eglise". » C'est, dis-je, pour cela « que ne pou- » vant prévaloir contre les élus , il ne peut non » plus prévaloir contre l'Eglise qui les enseigne, où » ils confessent l'Evangile , et où ils reçoivent les » sacrements. » Ainsi, loin qu'on puisse croire que cette Eglise, qui subsiste éternellement, puisse, selon nos principes, subsister sans les élus : on voit au contraire que nous regardons les élus comme faisant la partie la plus essentielle et la force de cette Eglise.
On y trouvera qu'il est de l'essence de l'Eglise, jusqu'à la résurrection générale, d'avoir le ministère ecclésiastique qui la rend visible* : mais on y trouvera aussi que l'effet de ce ministère est d'amener les enfants de Dieu à la parfaite stature de Jésus-Christ , c'est-à-dire , à la perfection , qui , après les avoir rendus saints, les rendra glorieux en corps et en àme.
Enfin, on y trouvera « la communion extérieure » et intérieure des fidèles avec Jésus-Christ, et des » fidèles entre eux : communion intérieure par la » charité, et dans le Saint-Esprit qui nous anime; » mais en même temps extérieure dans les sacre- » ments, dans la confession de la foi , et dans tout » le ministère extérieur de l'Eglise*. »
De là je conclus que » ce n'est pas seulement la
1. Vid. sup., p. 203. — 2. Idem, p. 203 .■< seq. — 3. Sup., p. 204. — 4. Idem. — 5. lbid.,p. 205.
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i> société des prédestinés qui sut)sistcra à jamais ; » mais que c'est le corps visible où sont renfermés » les prédestinés, qui les prôciie, qui les enseigne, » qui les régénère par le baptême, qui les nourrit » par l'Eucharistie, qui leur administre les clefs, » qui les gouverne, et les tient unis par la disci- >' pline, QUI FORME EN EUX Jésus-Christ : c'est ce » corps visible qui subsistera éternellement. »
On voit par là que loin de faire une Eglise dont la communion soit purement extérieure de sa nature, et intérieure scukmcnl par accident, le fond de l'Eglise est au contraire la communion intérieure, dont la communion extérieure est la marque , et que l'effet de cette marque est de désigner que les enfants de Dieu sont gardés et renfermés sous ce sceau. On voit aussi que les élus sont la lin dernière pour laquelle tout se fait dans l'Eglise, et ceux à qui doit servir principalement tout son ministère : de sorte qu'ils font la partie la plus essentielle, et, pour ainsi dire, le fond même de l'Eglise.
Si donc j'ai plus parlé de la communion extérieure , que de la communion intérieure de l'Eglise, on voit bien que ce ne peut être que pour la raison que j'ai dite; c'est-à-dire, que les prétendus réformés demeurant d'accord avec nous que le fond, pour ainsi parler, de l'Eglise, était son union intérieure, je n'avais à établir que l'extérieure, dont ces messieurs nous contestent la nécessité.
Ainsi, lorsque j'ai dit d'abord, dans mon Instruction , que l'Eglise était la société qui confessait la vraie foi , M. Claude devait entendre que celte confession de la bouche n'excluait pas la créance du cœur, mais la supposait plutôt dans la partie vivante et essentielle de l'Eglise , dont je ne parlais pas alors , parce que ce n'était pas la question que j'avais à proposer et à résoudre. Conclure de ce silence que je n'admets point d'autre union essentielle au corps de l'Eglise, que cette union extérieure, c'est de même que si quelqu'un, ayant entrepris d'expliquer seulement ces ligatures extérieures qui tiennent le corps humain uni au dehors , et renferment pour ainsi parler, dans une même continence avec les membres vivants , les ongles , les cheveux, les humeurs peccantes, et même les membres morts qui ne seraient pas encore retranchés du corps, on lui faisait accroire qu'il ne connaît dans le corps humain aucun autre principe d'union; et dire, sous ce prétexte , que , selon les principes de cet homme, il pourrait y avoir un corps humain, qui ne serait que cheveux, et ongles, et membres pourris , et humeurs peccantes, sans qu'il y eût en effet rien de vivant : c'est ce que fait M. Claude lorsqu'il conclut, de mon discours, que l'Eglise de Jésus-Christ pourrait n'être qu'un amas de méchants et d'hypocrites.
Mais ceci s'éclaircira davantage dans la suite par les propres principes de M. Claude : il me suffit en cet endroit de lui faire voir que cette Eglise purement extérieure, qu'il appelle l'Eglise des cardinaux Bellarmin et du Perron, et de M. de. G. est une Eglise qui ne subsiste que dans sa pensée ; et on peut croire, par la manière dont il a jugé de mes sentiments, qu'il n'a pas mieux entendu ceux de ces illustres cardinaux.
Dixième réflexion- : Sur ce que la confession de foi des prétendus réformés ne reamnait point d'E-
glise qui ne soil visible, cl sur ce que M. Claude répond à cette difficulté. — Pour montrer que le mot d'Eglise signifie dans le Symbole des apôtres une Eglise visible, j'ai posé pour fondement que dans une confession de foi, telle qu'était ce Symbole, les mots étaient employés en leur signification la plus naturelle et la plus simple; et j'ai ajouté que le mot d'Eglise signifiait si naturellement l'Eglise visible, que les prétendus réformés, auteurs de la chimère d'Eglise invisible, dans toute leur confession de foi, n'employaient jamais en ce sens le mot d'Eglise, mais seulement pour exprimer l'Eglise visible revêtue des sacrements , et de la parole et de tout le ministère public. On peut voir les passages de cette Confession de foi que j'ai rapportés', avec les conséquences que j'en ai tirées.
Ce n'est pas moi qui ai fait le premier cette remarque : elle est d'un synode national des prétendus réformés. Ces messieurs , qui avaient tant prêché l'Eglise invisible, et qui, pressés sur la succession, avaient appuyé sur ce fondement l'invisible succession dont ils se servaient, furent étonnés de n'en avoir pas dit un seul mot dans leur Confession de foi , où au contraire le mot d'Eglise se prend toujours pour l'Eglise visible. Surpris de ce langage, si naturel aux chrétiens, mais si peu conforme aux principes de leur réforme, ils firent ce décret en 100.3, dans le synode de Gap, au chapitre qui a pour titre ; Sur la Confession de foi''. C'est par où commencent tous les synodes; et la première chose qu'on y fait, est de revoir cette Confession de foi ; ce qui donnait lieu aux imprimeurs de la réimprimer avec ce titre défendu dans les synodes ' ; Confession de foi des Eglises réformées , revue et corrigée par le sxjnode national. Mais venons au décret de Gap : en voici les termes : « Les » provinces seront exhortées de peser aux synodes » provinciaux en quels termes l'article xxv de la » Confession de foi doit être couché, d'autant » qu'ayant à exprimer ce que nous croyons tou- >' chant l'Eglise catholique, dont il est fait mention » au Symbole , il n'y a rien en la dite Confession !■ qui se puisse prendre que pour l'Eglise militante » et visible; comme aussi au xxix^ article, elles » verront s'il est bon d'ajouter le mot pure à celui » de vraie Eglise, qui est au dit article : et en géné- » rai tous viendront préparés sur les matières de » l'Eglise. »
Nous avons rapporté la substance de cet article xxv\ On peut voir dans le même endroit les articles xxvi, xxvii et xxviii. Et pour l'article xxix , il porte que « la vraie Eglise doit être gouvernée se- » Ion la police que Notre Seigneur Jésus-Christ a » établie; c'est qu'il y ait des pasteurs, des sur- » veillants et des diacres, afin que la pure doctrine » ait son cours, et que les assemblées se fassent au » nom de Dieu. »
L'addition du mot de pure Eglise , qu'on délibérait d'ajouter à celui de vraie, est fondée sur une doctrine des prétondus reformés, qui dit qu'une vraie Eglise peut n'être pas pure , parce qu'avec les vérités essentielles elle peut avoir des erreurs mêlées , je dis môme des erreurs grossières et considérables contre la foi : et c'est un des mystères de
1. V. Sup.,p. 202. —2. Syn. de Oap; sur la Conf. de foi, an. III. — 3. Si/n. de Privas , 1612. — 4. Sup., parj. 202.
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la nouvelle Réforme, que M. Claude nous expliquera bientôt : mais ce n'est pas ici de quoi il s'agit. Ce qu'il y a d'important, c'est que ces gens, qui se disent envoyés de Dieu pour ressusciter la pure doctrine de l'Evangile , ayant à expliquer, comme ils le déclarent eux-mêmes dans leur Confession de foi , l'Eglise dont il est fait mentio7i dans le Symbole , n'avaient néanmoins parlé que de l'Eglise mililante et visible. J'en dirais bien la raison , c'est que cette Eglise, dont il est fait mentioti dans le Symbole , est en effet l'Eglise visible ; c'est que le mot d'Eglise naturellement emporte cette visibilité, et que le mot de catholique, bien loin d'y déroger, la suppose; c'est que dans une Confession de foi il arrive souvent de parler suivant les idées naturelles que les mots portent avec eux, plutôt que selon les rafïînements et les détours qu'on invente pour se tirer de quelque difficulté. Ainsi l'Eglise invisible ne se présenta point du tout à nos réformés lorsqu'ils dressèrent leur Confession de foi; le sens d'Eglise visible y parut seul; on ne vit rien en cela que de naturel jusqu'en 1603. En 1603 on se réveilla ; on commença à trouver étrange qu'une Eglise qui fondait sa succession sur l'idée d'Eglise invisible, et d'Eglise de prédestinés, n'en eût pas dit un seul mot dans sa Confession de foi, et eût laissé pour constant que la signification naturelle du mot d'Eglise, emportait toujours une société visible; de sorte qu'à bien parler on ne pouvait plus montrer la suite de l'Eglise sans montrer la suite de sa visibilité : chose entièrement impossible à la nouvelle réforme. C'est ce qui portait tout le synode à vouloir retoucher à cet article, et à exhorter les provinces à venir prêtes sur les matières de l'Eglise, qu'on n'avait jamais bien entendues parmi les nouveaux réformés, qu'on n'y entend pas encore, et qui feront catholiques tous ceux qui sauront les bien entendre.
Mais c'était une affaire bien délicate de retoucher à cet article. C'était réveiller tous les esprits : c'était trop visiblement marquer le défaut, et donner lieu aux imprimeurs de mettre plus que jamais. Confession revue et corrigée. Ainsi en 1607, au synode de la Rochelle, « on résolut de ne rien ajouter » ou diminuer aux articles xxv et xxix, et ne tou- » cher de nouveau à la matière de l'Eglise. » Par la décision de ce synode, la seule Eglise visible parait dans la Confession de foi des prétendus réformés : l'Eglise invisible n'y a point de part, et on se tire comme on peut des conséquences.
Celle que je tire est fâcheuse' : car si l'Eglise ne paraît que comme visible dans la Confession de foi des prétendus réformés, et que d'ailleurs ils nous vantent cette Confession de foi comme conforme en tout point à l'Ecriture, il faut qu'ils nous disent que cette manière d'expliquer l'Eglise vient de l'Ecriture, et que c'est de l'Ecriture qu'elle a passé naturellement dans le langage ordinaire des chrétiens, dans les Confessions de foi, et par conséquent dans le Symbole, qui, de toutes les Confessions de foi , n'est pas seulement la plus autorisée, mais encore la plus simple.
M. Claude nous répond^ que l'usage chtnge; que par la suite des temps les noms s'éloignent souvent de leur première et naturelle signification ; et qu'au