Rép. man., 1. q. — 2. Kép, man., 4. q
une vérité constante, mais dont je n'avais que faire en ce lieu : il suffisait de marquer, dans le Symbole, ce que nos Pères y ont trouve expressément, et immédiatement désigné par le mot d'Eglise catholique, en y ajoutant le titre d'apostolique si naturel à la catholicité, et l'éloge d'être répandue par toute la terre. Connaître la doctrine de cette Eglise, c'est connaître la doctrine de tous les élus. On ne voit dans le ciel, et dans les splendeurs des saints, que ce qu'on croit dans cette Eglise; et les saints anges, qui, comme dit l'apôtre saint PauP, ont appris par l'Eglise de si hauts secrets de la sagesse divine, en respectent la créance. Ainsi tout se réduisant, comme je l'ai déjà dit, à la visibilité, M. Claude ne veut que me faire perdre le temps et me jeter à l'écart, quand il veut que je traite ici autre chose, pour faire connaître cette Eglise catholique qui est confessée dans le Symbole.
Treizième et dernière réflexion : Que la doctrine de M. Claude montre à messieurs de la religion j^rélendue réformée , qu'il n'y a de salut pour eux que dans l'Eglise romaine. — Il ne me reste maintenant qu'à exhorter messieurs de la religion prétendue réformée, et M. Claude lui-même, s'il me le permet, à tirer les conséquences manifestes des principes qu'il a posés : alors ils ne pourront plus résister à la vérité, et demeureront convaincus qu'il n'y a de salut pour eux qu'en retournant au sein de l'Eglise romaine.
Nous avons vu que , pour vérifier les promesses de l'Evangile, M. Claude s'est obligé à reconnaître une Eglise toujours visible^, puisque l'Eglise qui n'est pas visible n'est pas Eglise, et que, selon la définition qu'il nous a donnée, « l'Eglise, c'est les i> vrais fidèles, qui font profession de la vérité chré- » tienne sous un ministère qui lui fournit les ali- » raents nécessaires pour la vie spirituelle'. » Ces fidèles ne sont donc pas un corps en l'air, puisqu'ils font PROFESSION DE LA VÉRITÉ , SOUS wi ministère ecclésiastique toujours subsistant; et que, comme nous l'avons vu , il doit y avoir, sans aucune interruption, une profession extérieure dont on ait pu dire : Là sont les vrais fidèles.
Ainsi il ne suffit pas de nous alléguer vaguement des fidèles cachés : on s'oblige à nous montrer, sans interruption , premièrement une société visible , dont on ait pu dire : Ils sont là; c'est là qu'ils servent Dieu en esprit et en vérité; c'est là qu'ils confessent l'Evangile.
Et ce ne sera pas assez qu'on nous montre ces fidèles dispersés : il faut secondement qu'on nous les montre recueillis sous l'autorité du ministère ecclésiastique, avec la prédication de la parole, avec l'administration des sacrements, avec l'usage des clefs et tout le gouvernement ecclésiastique.
Par conséquent, ce qu'on nous doit montrer est une société de pasteurs et de peuples : d'où il s'ensuit, en troisième lieu, qu'on doit pouvoir nous nommer ces pasteurs, puisque la suite en est manifeste.
De chercher tout cela dans l'Eglise prétendue réformée, telle qu'elle est maintenant, séparée de l'Eglise romaine, c'est-à-dire, de ce corps d'Eglise qui reconnaît l'Eglise romaine et le Pape pour son chef,
1. Eph., m. 10.— 2. V. Sup. XI Rcf.,pag. 23G. ilc. — 'i. Sup.. pag. 237.
RÉFLEXIONS SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE
c'est à quoi M. Claude ne songe seulement pas : il lui suffit que jusqu'au temps de la séparation des prétendus réformés, il trouve tout cela dans l'Eglise romaine même. Les vrais fidèles y étaient, tant que ceux qui ont composé la Réformation prétendue y étaient : quand ils en sont sortis , ou qu'ils en ont été chassés , ils ont emporté l'Église avec eux , comme M. Claude l'a dit dans la conférence'.
Ce discours, plus semblable à une raillerie qu'à un discours sérieux , est néanmoins celui qu'on tient sérieusement dans la nouvelle Réforme. Jusqu'à la séparation de ces nouveaux réformés, la suite des vrais fidèles, c'est-à-dire, selon M. Claude, de la vraie Eglise visible, se perpétuait dans l'Eglise romaine, et ce n'est que depuis leur séparation qu'elle a cessé de les contenir. Telle est la suite de l'Eglise visible que M. Claude établit dans sa Réponse manuscrite^ ; jusqu'à la séparation, les vrais fidèles que contenait l'Eglise romaine; depuis la séparation , les prétendus réformés qui sont sortis de son sein.
Mais leurs pasteurs d'où sont-ils venus? Se sontils aussi détachés, avec ces prétendus fidèles, du corps de l'Eglise romaine , pour perpétuer dans l'Eglise ainsi réformée le ministère ecclésiastique? Nullement : ce n'est pas ainsi que M. Claude l'entend'. Les fidèles, détachés de l'Eglise romaine, ont tout d'un coup déposé tous les pasteurs qui étaient auparavant; c'est-à-dire, qu'auparavant les évêques et les prêtres catholiques , avec le Pape à leur tête , étaient les pasteurs établis par Jésus- Christ; car il en fallait de tels aux vrais fidèles qu'ils contenaient dans leur unité : au moment que la Réforme a paru , les voilà tout d'un coup déposés , et le ministère se retire de leurs mains.
Mais quel droit ont eu des particuliers de déposséder ainsi tout d'un coup en un moment tous leurs pasteurs? C'est que ce sont les vrais fidèles à qui le ministère appartient de droit'', qui ont pu, par conséquent, en disposer, l'ôter aux uns, et le donner aux autres. 11 ne faut point, dit M. Claude'', s'imaginer la succession des pasteurs « dans cette » ordinaire transmission que les ministres en font » de l'un à l'autre, et qu'on appelle la succession » extérieure et personnelle : il s'agit de savoir s'il » ne peut pas arriver quelquefois que l'Eglise , » (c'est-à-dire les vrais fidèles) ôtera son ministère » de la main de ceux qui en ont trop visiblement » abusé, et qu'elle le donnera à d'autres. »
Voilà la question en général, comme la propose M. Claude; et l'application qu'il en fait en particulier, c'est « que les prélats latins qui occupaient le » ministère ecclésiastique du temps de nos Pères, » et qui se sont assemblés au concile de Trente , » ayant fait des décisions de foi incpmpatibles avec )i le salut, et ayant prononcé des anathèmes contre » ceux qui ne s'y soumettraient pas, les prétendus » réformés ont eu raison de regarder ces prélats )) comme des ministres qui s'étaient eux-mêmes » dépouillés du ministère, et de le donner à d'au- ') très personnes*. »
Il fallait donc du moins, selon ces principes, attendre les décisions de Trente; et puisqu'avanl ces
1. V. Sup., p. 218. — 2. Rép. man., q. 54 et seq. — 3. Idem. — 4. Rép. mnn., 4 q. et seq. — 5. Rép. man., 4. q. sur la fin. — 6. Conséq.S, 9, 10.
décisions tant d'Eglises séparées de Rome s'étaient déjà donné des pasteurs, la réformation aura commencé par un attentat manifeste. Mais ne pressons pas tant M. Claude , et sans insister rigoureusement sur le concile de Trente, prions-le seulement de nous marquer quelque jour à peu près le temps où il permettra aux vrais fidèles d'être demeurés sous le ministère de l'Eglise romaine. En attendant, contentons-nous d'observer celle nouvelle doctrine : qu'il peut arriver que tous les pasteurs de l'Eglise, dépossédés tout d'un coup, deviennent en un moment des particuliers, et que, sans qu'ils établissent d'autres pasteurs pour leur succéder, les vrais fidèles, nullement pasteurs, mais des particuliers séparés de toute Eglise actuellement existante, de leur seule autorité confèrent leur ministère à d'autres , les établissent, les ordonnent, les installent. C'est ce que M. Claude explique encore dans la suite par ces mots; que ces pasteurs, auparavant seuls en fonction, « sont privés de droit, et le ministère » revenu de droit à cette partie de la société, dans » laquelle se sont trouvés les vrais fidèles ', » c'està-dire, les prétendus réformés séparés de l'Eglise romaine, et de toute l'Eglise subsistante alors dans le monde. Que la séparation donne d'autorité et de privilège I
Telle est la doctrine de M. Claude : si j'altère, si j'exagère, si je diminue, qu'il publie, sans ditférer, son écrit pour me confondre. Mais si c'est là sa doctrine, je conjure nos réformés de considérer quels prodiges de doctrine il faut enseigner pour défendre leur Réforme.
Car premièrement, où me lira-t-on, dans quel Evangile, dans quelle Epitre, dans quelle Ecriture de l'Ancien ou du Nouveau Testament, que tous les pasteurs de l'Eglise dussent en un moment tomber de leur chaire , et devenir des particuliers auxquels on put et on dût désobéir impunément?
Jésus-Christ nous a-t-il caché ce grand mystère? et ne nous aura-t-il pas précautionnés contre cette horrible tentation de son Eglise? Mais ce n'est pas tout : après nous avoir montré dans l'Ecriture cette chute universelle de tous les pasteurs , il y faut trouver encore ce ministère recenu de droit aux particuliers, qui jamais n'en ont été revêtus. Et comment l'entend M. Claude? Est-ce que ces particuliers, de droit deviennent ministres, sans que personne les ait ordonnés; ou que, sans être ministres, ils aient le droit d'établir de leur seule autorité des ministres dans l'Eglise? Qu'on leur montre dans l'Ecriture, ou qu'on renonce pour jamais à la prétention de n'avoir que l'Ecriture pour guide.
Je trouve dans l'Ecriture que Jésus-Christ dit à ses apôtres : Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie-. Je trouve dans l'Ecriture que les apôtres ainsi envoyés en envoient d'autres, et se consacrent des successeurs*. Mais que tous leurs successeurs étant tout d'un coup déchus et privés de droit de leur ministère, ce ministère revienne de droit aux fidèles , à qui personne ne l'avait jamais donné, pour en disposer à leur gré; ni l'Ecriture ne l'a dit , ni les siècles suivants ne l'ont imaginé; c'est un monstre dont la naissance était réservée au temps de la nouvelle Réforme.
Le ministère, dit-on, appartient de droit à l'E-