Matt.t xxin
REFLEXIONS SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE
qu'il est assuré qu'il y aura toujours de vrais tiJéles; puisque tout, et le ministère autant que le peuple, y doit être mêlé de bien et de mal, jusqu'à la dernière séparation et au dernier jugement. Ainsi la vocation extraordinaire de tous côtés est exclue de l'Eglise de Jésus-Christ, et n'y peut être qu'un faible refuge d'une cause déplorée.
Et pour voir quel renversement de l'ordre de JésusChrisl introduit ici M. Claude, il n'y a qu'à considérer les promesses de Jésus-Christ, et voir où il lui a plu d'établir principalement la force de son Eglise. Elle est forte, elle est invincible, parce que Jésus-Christ a dit que l'enfer ne prévaudrait point contre elle* : mais il n'a dit que l'enfer ne préiaudrait point contre elle, qu'après avoir dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise; el ajoutant aussitôt après, je te donnerai les clefs du royaume des deux. C'est donc dans le ministère confessant et annonçant Jésus-Christ, et usant de l'autorité des clefs, que Jésus-Christ a établi principalement la force de son Eglise. Et à qui a-t-ildit : Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles^, si ce n'est à ceux à qui il a dit : Enseignez et baptisez? Toute l'Eglise est comprise dans celte promesse ; qui ne le sait pas? Mais c'est que Jésus- Christ a voulu montrer la vérité de cette doctrine si bien expliquée par saint Cyprien : « L'Eglise ne » quitte point Jésus-Christ, et c'est là l'Eglise; le » peuple uni avec son évèque, et le troupeau atta- » ché à son pasteur' : » où il est clair qu'il faut entendre, comme il dit ailleurs. Ce pasteur uni à tous ses collègues, et à toute l'unité de l'épiscopat, si souvent établi dans ses écrits*. C'est donc avec raison que Jésus-Christ a voulu marquer la suite de son Eglise par celle du ministère; et on voit manifestement que c'est à ceux qui enseignent qu'il a voulu dire : Je suis toujours avec vous. Et ce qu'il y a ici de plus admirable , c'est que ces promesses sont si évidentes, que, contre les préventions de sa religion, M. Claude a été forcé à les reconnaître telles que je viens de les expliquer^. Car nous l'avons entendu nous dire , que c'est en elTet d'une Eglise confessante, d'une Eglise qui publie la foi, d'une Eglise qui use du ministère, que Jésus-Christ a prononcé que l'enfer ne prévaudrait point contre elle. Et parce que Jésus-Christ après avoir dit. Enseignez et baptisez, ajoute. Je suis avec vous, M. Claude conclut comme nous^ que Jésus-Christ en effet désigne une Eglise qu'il assure d'être arec elle, de baptiser avec elle, et d'enseigner avec elle sans interruption jusqu'à la fin du monde. C'est donc la succession et la perpétuité du ministère qui est comprise principalement dans cette promesse; c'est là principalement que Jésus-Christ établit la force et l'élernelle durée de son Eglise. Cependant, contre tout cet ordre, on nous montre le ministère si faible et tellement délaissé de Jésus-Christ, qu'il tombe tout entier en un moment; et au contraire, les fidèles particuliers si forts, qu'eux seuls rétablissent tout le ministère extraordinairement suscité, sans avoir égard à la succession ni à l'autorilé de toute l'administration précédente. Qui ne voit donc qu'on renverse tout dans la nouvelle Réforme? et
1. Matth., XVI. 13. — 2. Matili., xxviii. 20. — 3 Ep. lxix . ad Flor. Pup., p. 123. — 4. Ep. Liv ad Corn, et Tr. de Unit. Eccl.. etc. — 5. V. Sup XI , Réfl.,p. 230 et seq. — 6. Idem.
que de dire avec elle, que Dieu a voulu conserver de vrais lidèles dans son Eglise, pour en déposer par leur moyen tous les pasteurs, et ensuite en établir d'autres extraordinairement à leur place; pendant qu'il n'a pas voulu conserver de bons pasteurs pour transmettre le ministère par les voies communes établies dans sa parole, el toujours observées dans son Eglise : c'est dire qu'il a voulu former une Eglise d'une manière contraire à celle qu'il a révélée, et qu'il a toujours fait suivre à son Eglise. Ou plutôt, c'est dire qu'il a voulu que cette Eglise, formée d'une manière si nouvelle parmi les chrétiens, portât dans son origine, sans le pouvoir effacer jamais, le caractère manifeste de sa fausseté.
Mais venons à ces vrais fidèles que M. Claude nous vante. Je ne me contente pas de leur contester le pouvoir qu'il leur a donné de déposer tous leurs pasteurs, et d'en faire d'autres : je dis que ces vrais fidèles n'ont jamais été. Il faut pourtant bien, selon ce ministre, qu'ils aient été vrais fidèles, même dans le sein de l'Eglise romaine ; car puisque , selon sa doctrine, il faut reconnaître, sans aucune interruption, un ministère ecclésiastique, et une profession extérieure dont on ait pu dire , Là sont les vrais fidèles, ils élaient vrais fidèles sous ce ministère et dans cette profession d'où ils sont sortis. Je demande, communiquaient-ils au sacrifice où on prie les saints, où on honore leurs reliques et leurs images , où on nomme le Pape comme le chef des orthodoxes, où on adore Jésus-Christ comme présent en corps et en âme, où on l'olTre, où on reçoit le saint sacrement sous une espèce? Ne communiquer pas à ce sacrifice , et refuser d'y recevoir l'Eucharistie, c'était se séparer manifestement, et on suppose qu'ils ne le faisaient pas encore : mais s'ils y communiquaient en demeurant vrais fidèles, dans quelle erreur sont maintenant tous nos réformés , qui ne se croient vrais fidèles que depuis qu'ils ont cessé d'y communiquer?
Ainsi ces vrais fidèles sont des gens en l'air : ces sept mille tant vantés dans la nouvelle Réforme', et par M. Claude^, non-seulement ne paraissent pas, mais ne sont pas; puisque devant la séparation il n'y a personne qui ne communique au sacrifice et à l'hostie que nos réformés regardent comme le Raal devant lequel il ne fallait point courber le genou'.
On dit que ces vrais fidèles, qui par leur actuelle séparation ont composé la Réforme , étaient auparavant séparés de cœur de l'idolâtrie publique. Mais, premièrement, cela ne suffit pas; secondement, cela n'est pas.
Cela ne suffit pas, selon M. Claude , puisqu'il veut une Eglise toujours visible; puisqu'il nous a tout à l'heure défini l'Eglise, les vrais fidèles qui FONT PROFESsio.x DE L.\ VÉRITÉ, de la piété, de la sainteté véritable. Donc, où manque la profession, il n'y a ni de vrais fidèles ni de vraie Eglise.
Mais de plus, visiblement cela n'est pas : autrement quand Luther parut, et que Zwingle innova, il faudrait que leurs disciples eussent fait cette déclaration : Voilà ce que nous avons toujours cru ; nous avons toujours eu le cœur éloigné de la foi romaine , et du Pape , et des évèques, et de la pré-
1. -'//. Reg., XIX. — 2. Rép. man.. II. part. — 3. ///. Reg.. XIX. M
!!i;rLi;xi(>NS sur un écrit de m. glaude.
sence réelle , et de la messe , el de la conression , et de la communion sous une espèce, el des reliques , et des images, cl de la prière des sainis, et du mérite des oeuvres. Où sont ceux qui oui jiarlè de cette sorte? M. Claude en pourra-t-il nommer un seul? Au contraire, ne voit-on pas tous ces réformes à toutes les pages de leurs livres, parler comme retirés nouvellement des ténèbres de la papauté , el Luther se gloriller à leur tôle d'avoir été le premier à annoncer l'Evangile; tous ces réformés lui applaudir, à la réserve de Zwinglc qui lui disputait cet honneur; lui cependant reconnaître qu'il avait été le moine de la meilleure foi, le prêtre le plus attaché à son sacrifice, el en un mol, le plus zdlé de tous les papaux? Les autres ne tiennentils pas le même langage? Où sont-ils donc ces vrais fidèles de M. Claude , qui non-seulement n'osaient déclarer leur foi tant qu'ils étaient dans le sein de l'Eglise romaine, mais qui, après en être sortis, n'ont osé dire qu'ils avaient toujours tenu dans leur cœur la même foi?
Mais voici la ruine entière de la nouvelle Réforme. Dans la déiinilion que JL Claude vient de nous donner de la vraie Eglise : « C'est , dit-il , les » vrais fidèles qui font profession de la vérité chré- » tienne, sous un ministère qui lui fournil les ali- » ments nécessaires sans lui en soustraire aucun. » Si avant la Réformation il n'y avait point de telle Eglise, la vraie Eglise n'était plus, contre la supposition de M. Claude; et s'il y avait une telle Eglise , où « on fit profkssion de la vérité, el qui » donnât par son ministère aux enfants de Dieu , » les aliments nécessaires sans leur en soustraire » AUCUN, » à quoi était nécessaire la séparation des prétendus réformés?
Est-ce peut-être qu'on s'est avisé tout d'un coup de dire la messe, et d'enseigner toutes les doctrines que nos réformés ont alléguées pour cause de leur rupture? Le penser seulement, ce serait l'absurdité des absurdités. Mais peut-être qu'en enseignant toutes ces doctrines , on n'avait pas encore songé i'i excommunier ceux qui s'y opposaient. D'où viennent donc tantd'analhèmes contre Rérenger, contre les Vaudois et les Albigeois , contre Jean Wiclef et Jean Hus , et tant d'autres que nos réformés veulent compter parmi leurs ancêtres? Quoi iloncl ceux qui , avant la Réformation prétendue, faisaient profession de la ri'rité chrétienne , c'esi-k-dlre, se\on M. Claude, de la doctrine réformée, n'avaient-ils pas encore trouvé l'invention de faire schisme, et tout le monde était-il d'accord de les souffrir? Mais quand tout cela serait véritable, les afl'aires de la Réforme n'en iraient pas mieux : puisque toujours, avant qu'elle fût, il faudrait reconnaître un ministère, où sans enseigner ni que le pécheur fût justifié par la seule foi et la seule imputation de la justice de Jésus-Christ, ni que Dieu, dans le Nouveau Testament, eut horreur des sacrifices célébrés dans une matière sensible, ni qu'il voulut être prié seul, à l'exclusion de cette prière inférieure et subordonnée qu'on adresse aux saints, ni enfin aucun dos articles qui distinguent nos réformés d'avec nous , encore qu'ils y mettent leur salut: on ne laissât pas de fournir aux enfants de Dieu tous les aliments nécessaires à la vie spirituelle, sans leur en soustraire AUCUN. Qu'a opéré la Réforme, si toutes ces
choses ne sont pas des aliuients nécessaires : si môme la coupe sacrée, et par conséquent la cène, qui, selon les prétendus réformés, ne peut subsis- ■ ter sans la communication de celte coupe , n'est pas de ces aliments nécessaires à la foi du chrétien? Qu'on s'est tourmenté en vain , mais qu'on a mal à propos causé tant de troubles, et répandu tant de sang, si ces choses ne sont pas nécessaires I
Peut-être qu'il faut réduire ces aliments nécessaires au Symbole des apôtres, ou en général à l'Ecriture? Mais l'Eglise socinienne retient ce Symbole et celte Ecriture; de sorte que le ministère d'une Eglise socinienne eût fourni , selon celle règle, aux enfants de Dieu tous les aliments nécessaires, sans leur en soustraire aucun. Que sera-ce donc à la lin que ces aliments nécessaires? et si on les fournit sans en soustraire aucun, seulement en proposant le Symliole et l'Ecriture , quoi qu'on enseigne d'ailleurs, dans quelle hérésie ont-ils manqué?
Plus M. Glaude fait ici d'efi'orts pour se dégager, plus il s'embarrasse. Car après avoir établi, comme une vérité fondamentale , que Dieu conserve toujours da7is le ministère tout ce qui est nécessaire pour y nourrir les vrais fidèles, el les conduire au salut, il dit qu'il ne s'ensuit pas de là que le ministère soit exempt de toute erreur' , même dans ses décisions; mais que soit qu'elles n'intéressent pas sensiblement la conscience, ou même qu elles intéressent le salut , 071 use de la liberté de la conscience pour rejeter le mal, et pour conserver la pureté. Ainsi toul se réduirait à la liberté de conscience; et quelque erreur qu'on enseigne dans le ministère, pourvu qu'on ne force pas à en suivre les décisions , el qu'on y souffre toutes les doctrines contraires, bonnes ou mauvaises, c'en est assez pour faire dire à M. Claude, que le ministère fournit tous les aliments nécessaires aux enfants de Dieu, sans leur en soustraire aucun. Mais, selon cette prétenlion , il n'y aurait point de société dont le ministère fournil davantage tous les aliments nécessaires qu'une société de sociniens, qui se glorifie de ne vouloir damner personne. Si on dit parmi nos réformés qu'une Eglise socinienne renverse le fondement en niant la divinité de Jésus-Christ, on y dit aussi qu'on ne le renversait pas moins avant leur réformalion parles idolâtries, qui, selon eux, régnait partout. Et si on veut enfin s'imaginer qu'il est plus dangereux de détruire le fondement par soustraction avec les sociniens, qu'avec l'Eglise romaine , par ces additions prétendues qu'on traite d'idolâtrie : outre toutes les soustractions que nous y venons de montrer, selon les principes de nos réformés , el même avant leur réformalion ; ce serait une extravagance inouïe , de croire qu'il fût plus aisé à ces vrais fidèles, qui devaient faire le discernement des doctrines sous un ministère plein d'erreurs, do retrancher ce qui excède, que de suppléer à ce qui manque; ou qu'on renverse plus certainement le fondement de la foi , en diminuant qu'en ajoutant, l'Ecriture ayant tant de fois compris sous une commune malédiction, tant ceux qui diminuent, que ceux qui ajoutent.
Il vaudrait donc mieux, pour M. Claude, laisser là tout ce ministère et la perpétuelle visibilité de