Rép. man
REFLEXIONS SUR UN ECRIT DE M. CLAUDE
1 Eglise, pour dire qu'il suffît enfin, toute cett-e visibilité étant renversée , que Dieu ait gardé l'Ecriture sainte, cil les fidèles, soit cachés, soit découverts, soit dispersés, soit réunis, soit toujours subsistants, soit quelquefois tout à fait éteints, trouveront clairement, selon ses principes, sans aucun besoin du ministère, tous les aliments nécessaires. Car aussi à quoi leur est bon un ministère où l'erreur domine? et l'Ecriture ne leur serait-elle pas plus commode et plus instructive toute seule? Voilà ce que devraient dire les prolestants, pour éviter les inconvénients où nous les jetons. Mais M. Claude n'a osé le faire et ne l'osera jamais, parce qu'il y trouverait des inconvénients encore plus insupportables et plus visibles. C'est, en un mot, qu'il a senti qu'à force de pousser, indépendamment de tout ministère ecclésiastique , l'autorité et la sutTisance, pour ainsi parler, de l'Ecriture, à la fin il faudrait détruire l'Ecriture même.
En effet, il a trouvé dans l'Ecriture que l'Ecriture ne devait pas être, comme la philosophie de Platon, la règle d'une république en idée, mais d'un peuple toujours subsistant, que celte Ecriture appelle Eglise. Il a trouvé que ce peuple devait être toujours visible sur la terre , puisqu'il devait non-seulement croire de cœur, mais encore confesser de bouche', et, pour user de ses termes, faire profession de la vérité chrétienne'^. Il a trouvé que l'Ecriture avait été mise en dépôt entre les mains d'un tel peuple , pour en être la règle immuable; qu'elle y aurait toujours des interprèles établis de Dieu , auteur de cette Ecriture, aussi bien que fondateur de ce peuple; et qu'ainsi le ministère destiné de Dieu à cette interprétation , était éternel autant que l'Eglise même.
S'il écrit ces grandes paroles , « Dieu conserve » toujours dans le ministère public tout ce qui est » nécessaire pour conduire les vrais fidèles au » salut', ». il ne peut fonder cette assurance sur aucune industrie humaine. Que Dieu laisse le ministère ecclésiastique à lui-même, il faut qu'il tombe. Si donc on est assuré que Dieu y conservera toujours tout ce qui est nécessaire au salut , il faut que Dieu même l'ait prorais, et l'éternité du ministère ne peut être fondée que sur cette promesse. M. Claude la trouve aussi dans ces paroles : Tu es Pierre^, et le reste. C'est de là qu'il conclut, avec nous, que Jésus-Christ, en parlant à une Eglise qui confesse, et confesse sans diflicullé par ses principaux ministres , puisque c'est par saint Pierre au nom des apôtres , à une Eglise attachée à un ministère extérieur, et usant de la puissance des clefs, lui a promis que l'enfer ne prévaudrait point contre elle : contre elle, par conséquent soutenue par ce ministère; et c'est pourquoi il assure que Dieu conserve toujours dans le ministère public , tout ce qui est nécessaire au salut des enfants de Dieu.
Une autre promesse de Jésus-Christ adressée à ceux qui baptisent et à ceux qui enseignent, et conclue par ces puissantes paroles : Je serai toujours avec vous jrisqu'à la consommation des siècles^, fait dire à M. Claude", aussi bien qu'à nous, que Jésus- Christ promet à l'Eglise « d'être avec elle, de baptiser " avec elle, et d'enseigner avec elle, sans interbup-
1. KoKi., X. 10. — 2. V. sup.,p. 237. — 3. Rép. )n"«.,l 7.— t M'iuk., XVI. \S — 5. Idem, xxvlii. 20. — G. Rép. mati., 4 ./ .
» TioN, jusqu'à la fin du monde. » Ainsi, selon ce ministre , cette promesse regarde l'Eglise comme attachée au ministère ecclésiastique; ce qui aussi lui fait conclure « que Jésus-Christ ne permet jamais » que la corruption soit telle dans le ministère, qu'il » n'y ait encore suffisamment de quoi entretenir la » VRAIE FOI de ses élus jusqu'à la fin du monde. »
Enfin, un troisième passage, et c'est celui de saint Paul aux Ephésiens', lui fait conclure avec nous, « que le ministère durera jusqu'à la fin des » SIÈCLES , ET durera DANS UN DEGRÉ et daus un état » sufiisant pour édifier le corps de Christ, et pour
» AMENER TOUS LES ÉLUS A LA PERFECTION doUt parle
» saint PauP. » Il faudra donc que Dieu s'en môle; et sans son secours toujours présent, on ne pourrait espérer une telle stabilité ni une telle intégrité dans le ministère.
Après avoir ainsi commencé à croire, il fallait achever l'ouvrage , et donner gloire à Dieu jusques au bout. M. Claude n'était pas loin du royaume de Dieu , quand il disait que Dieu se rendait assez supérieur à l'infirmité humaine, pour conserver toujours, malgré les efforts de l'enfer, une Eglise qui confesserait la vérité , et un minislère extérieur qui fournirait aux vrais fidèles les aliments nécessaires au salut. Il devait donc achever, et croire que la même main, qui empêcherait l'enfer de prévaloir contre le ministère jusqu'à en ôter ces aliments nécessaires, l'empêcherait aussi de prévaloir jusqu'à y faire dominer aucune erreur; d'autant plus, que ce qu'il a cru enferme manifestement ce qui reste à croire. Car s'il a cru, sur la foi de la promesse divine , qu'il y aurait toujours une Eglise avec laquelle Jésus-Christ ne cesserait d'enseigner, c'està-dire, sans difilculté, qu'il ne cesserait d'enseigner avec les docteurs de cette Eglise; il fallait croire, par même moyen, qu'il y enseignerait toute vérité, Jésus-Christ n'étant pas venu , et n'ayant pas envoyé son Saint-Esprit à ses apôtres pour leur enseigner quelques vérités, mais puur leur enseigner toute vérité , comme lui-même l'a déclaré dans son Evangile'.
Et il ne servirait de rien de dire que M. Claude promet seulement, dans le minislère , des aliments suffisants; ce qui pourrait ne comprendre que les fondements do la foi à la manière dont nos réformés les trouvent parmi les lulhériens. Car la doctrine de Jésus-Christ ne contenant rien qui ne soit utile, conformément à celle parole : Je suis le Seigneur qui t'enseigne des choses utiles''; si on ne trouve dans le ministère la doctrine de Jésus-Christ tout entière, on n'y trouvera jamais ce degré requis par M. Claude , ni cet étal suffisant pour amener tous les élus A LA perfection dont parle saint Paul.
Ce serait donc quelque chose , de croire que par la promesse Dieu conserverait sans interruption dans le ministère ecclésiastique toutes les vérités essentielles : car ce serait reconnaître dans l'Eglise, avec laquelle Jésus-Christ enseigne, un commencement d'autorité infaillible, en reconnaissant cette autorité du moins à l'égard de ces premières vérités du christianisme. Mais pour achever l'ouvrage, et ne pas croire à demi , il faut croire encore que Jésus-Christ, en enseignant, enseigne tout, et