Epli., IV
■1. Is. , XLVIU. 17.
Rép, man. Tbid, — 3. Joan., xvi. 13. —
REFLEXIONS SUR UN ECRIT DR M. CLAUDE
confesser dans son Eglise une infaillibililé absolue.
Ainsi il ne faut pas dire avec les ministres el leur troupeau incrédule : Ce ministère ecclésiastique, c'est des hommes sujets à faillir, on peut douter après eux ; car cela c'est succomber à la tentation, et ne plus croire à la promesse. Il faut dire : C'est dos hommes avec qui Jésus-Christ promet d'être, el d'enseigner toujours; alors, malgré la faiblesse humaine , et tous les efforts de l'enfer, on croit mnlre l'espérance en espérance' qu'on trouvera éternellement, dans leur conmiune prédication , non pas quelques vérités , ou seulement les vérités principales, mais l'entière pléjiitude des vérités chrétiennes. Quoi qu'on dise, ce n'est pas croire à l'aveugle que de croire ainsi , ou c'est croire à l'aveugle , comme Abraham , sur la parole de Dieu même , et sur la foi de ses promesses.
Combien donc est insupportable la doctrine de M. Claude , qui , après avoir reconnu tant de magnifiques promesses de Jésus-Christ en faveur de ce ministère sacré, replongé tout d'un coup , je ne sais comment , dans les ténèbres de sa secte , d'où il commençait à sortir, nous montre le ministère si abandonné de Jésus-Christ , qu'il n'y a plus de remède à ses erreurs, qu'en déposant tout d'un coup tous ceux qui sont dans la chaire! Quel rapport de ces promesses si bien reconnues avec une corruplion si universelle?
M. Claude n'aurait donc qu'à s'écouter un peu lui-même pour venir à nous : après avoir reconnu, en vertu de la promesse divine , l'éternité du ministère ecclésiastique dans cet état suffisant , qu'il nous représente, pour y trouver toujours toute vérité ; il n'aurait plus qu'à penser que cette assistance imparfaite, et pour ainsi dire, ce demisecours de Jésus-Christ envers son Eglise , n'est digne ni de sa sagesse ni de sa puissance; étant assuré d'ailleurs , qu'il n'y a de vraie sulhsance dans le ministère que par la pleine manifestation de la vérité révélée de Dieu, conformément à cette parole de l'Apôtre : Nous nous faisons approuver devant Dieu à toute bonne co7iscience par la manifestation de la vérité^. D'où il conclut aussitôt après, que si notre Evangile, c'est-à-dire, très-certainement, notre prédication, est couverte encore, ce n'est que pour ceux qui périssent : afin de nous faire entendre que la prédication , toujours claire et toujours sincère dans l'Eglise catholique, n'a d'obscurité que dans les rebelles, dont le démon, le dieu de ce siècle, et l'esprit d'orgueil, aveugle les entendements, comme poursuit le même Apôtre, afin qu'ils ne voient pas la lumière resplendissante de la prédication de l'Evangile.
Il est maintenant aisé de voir que toutes les subtilités de M. Claude ne servent qu'à le confondre. Que lui sert, en reconnaissant la perpétuelle visibilité de l'Eglise , d'avoir tâché d'éluder les suites do cette doctrine, en réduisant l'Eglise aux vrais fidèles? Je le veux; que partout où il trouve Eglise, il entende les vrais fidèles; qu'il ex|ilif|ue même, s'il veut, CCS paroles : Dites-le à l'Eglise^, dites-le aux vrais fidèles ; démêlez-les parmi la troupe , et jugez avant le Seigneur : ou parce qu'il s'agit ici trop visiblement, comme lui-môme le reconnaît*,
1. Rom.. IV. 18. — 2. /;. Cur., iv. 2,3, 4. — 3. Matlh., xviii. 17. — 4. Rép. man., 4 </.
de l'Eglise représentée par ses pasteurs, qu'il dise que ces pasteurs représentent les vrais fidèles qu'on ne connaît pas, et agissent en leur nom. Que serviront aju-ès tout ces explications, puis(iu'enfin, selon lui, cette vraie Eglise se trouvera toujours visible, et ces vrais fidèles toujours sous un ministère public, Jésus-Christ permettant si peu d'en séparer son Eglise, que môme après ces paroles, Dites-le à l'Eglise, et s'il n'écoute l'Eglise, qu'il vous soit comme un Gentil; pour montrer combien redoutable est le jugement de l'Eglise, il exprime incontinent l'efficace du ministère par ces mots : Tout ce que vous lierez sur la terre , sera lié dans le ciel\ et le reste, que tout le monde sait. Ainsi je conclus toujours également, que l'Eglise qu'il nous faut montrer sans interruption; soit que ce soit les seuls vrais fidèles, ou, si l'on veut, les seuls élus; soit que ce soit, en un certain sens, les méchants mêlés avec eux , et ceux qui croient pour un temps, selon l'expression de l'Evangile^, est une Eglise toujours recueillie sous un ministère visible, et un corps toujours subsistant de peuple avec des pasteurs , où la vérité soit prêchée , non pas en cachette, mais sur les toits^ Qu'on tourne tant qu'on voudra, c'est une Eglise de cette nature cl de cette constitution qu'il nous faut montrer dans tous les temps , de l'aveu de M. Claude. La faire disparaître un seul moment, c'est l'anéantir tout à fait , et renverser les promesses de l'Evangile dans ce qu'elles ont de plus sensible et de plus éclatant : la faire paraître toujours, c'est établir invinciblement l'Eglise romaine. Ainsi ce que nous explique M. Claude avec tant de soin, outre qu'il est faux, laisse la difficulté toute entière, et sa cause en aussi mauvais état qu'elle était avant ses défenses. Mais afin qu'on ne dise pas que nous nous sommes contentés de le réfuter, disons-lui la vérité en peu de mots.
Le fond de l'Eglise, c'est les vrais fidèles, et ceux-là principalement, qui, persévérant pisqu'à la fin, demeurent éternellement en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en eux, c'est-à-dire, les élus. Les méchants qui les environnent sont compris à leur manière sous le nom d'Eglise, comme les ongles, comme les cheveux , comme un œil crevé et un bras perclus, qui, peut-être, ne reçoit plus de nourriture, est compris sous le nom du corps. Tout est à ces vrais fidèles. Le ministère sous lequel ils vivent est à eux, au sens que saint Paul a dit : Tout est à vous , soit Paul , soit Apollo ou Céphas*. Non que la puissance de leurs pasteurs vienne d'eux, ou qu'ils puissent seuls les établir, et les déposer; à Dieu ne plaise : cette puissance pastorale et apostolique vient de celui qui a dit : Comme mon Père m'a envoyé , ainsi je vous envoie'^. C'est ce qui a fait dire à saint Paul dans le môme lieu : Qu'est-ce qu' Apollo, et qu'est-ce que Paul? Les ministres de celui à qui vous avez cru , et chacun selon que Dieu lui a donné" ; à vous d'être fidèles, et à nous d'être pasteurs. C'est pourquoi il ajoute encore : Nous sommes ouvriers, ou, pour mieux dire : coopéraleurs de Dieu''. Ces ministres et ces ouvriers , établis de Dieu , sont aussi ministres des
l. Matlh., xviit. 18. — a. Idem, xiii. 21. — 3. Ibid., x. 27. — 4 /. Cor., III. 23. — b.Joan., xx. 21. — 8. /. Cor., m. 4,5.—