‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 221 sur 631 · Du Bourd , ch. 17, y · texte numérisé non relu

Du Bourd , ch. 17, y

TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

sont également destitués d'exemples en cas semblables : que reste-t-il , sinon de conclure que leur synecdoque est imaginaire, et en particulier que si Paulin ne nous parle que du corps seul dans la communion de saint Ambroise, c'est qu'en efîet saint Ambroise n'a reçu que le corps seul selon la coutume? S'il nous dit que ce grand homme expira aussitôt après l'avoir reçu , il ne faut point ici chercher de flnesse , ni s'imaginer de figure : c'est la simple vérité du fait qui lui fait ainsi naturellement raconter ce qui se passa.

Mais, pour achever de convaincre ces ministres, supposons que leur synecdoque soit aussi commune en cas semblable, qu'elle y est rare, ou plutôt inouïe; voyons si elle convient au passage en question, et à l'histoire de saint Ambroise. Paulin dit « que saint Honorât s'étant retiré pour le repos » de la nuit, une voix du ciel l'avertit que son ma- » lade allait expirer; qu'il descendit à l'instant, lui » présenta le corps de Noire Seigneur, et que le » saint rendit l'âme incontinent après qu'il l'eut » reçu. » Comment n'a-t-il pas dit plutôt qu'il mourut incontinent après qu'il eut reçu le sang précieux, si la chose était en effet arrivée de cette sorte? S'il est aussi ordinaire que le veut Calixte, de n'exprimer que le corps pour signifier la réception du corps et du sang par cette figure , qui fait mettre la partie pour le tout, il est aussi naturel que, par la même raison et par la même figure, on trouve quelquefois le sang tout seul pour exprimer la réception de l'une et de l'autre espèce. Mais si jamais cela a du arriver, ça été principalement à l'occasion de celte communion de saint Ambroise, et du récit que Paulin nous en a laissé. Puisqu'il nous voulait montrer la réception de l'Eucharistie si promptement suivie de la mort du saint, et représenter ce grand homme mourant comme un autre Moïse dans le baiser du Seigneur; s'il eût eu à abréger son discours, il aurait dû l'abréger en finissant par l'endroit par où eut fini la vie du saint èvèque , c'est-à-dire , par la réception du sang , qui est toujours la dernière; d'autant plus que celle-là supposait l'autre, et que c'eût été en effet incontinent après celle-là, que le saint eût rendu à Dieu son âme bienheureuse. Rien n'eût tant frappé le sens; rien ne se fût plus fortement imprimé dans la mémoire; rien ne fût plus tôt venu dans la pensée, et rien par conséquent n'eût coulé plus naturellement dans le discours. Si donc on ne trouve dans l'histoire nulle mention de sang, c'est qu'en effet saint Ambroise ne le reçut pas.

Calixte s'est bien douté que le récit de Paulin porterait naturellement cette idée dans les esprits', et c'est pourquoi il ajoute qu'il se peut bien faire qu'on eût apporté au saint le sang précieux avec le corps , comme également nécessaire , mais que saint Ambroise, prévenu de la mort, n'eut pas le temps de le recevoir : malheureux refuge d'une cause déplorée! Si Paulin avait eu cette idée, au lieu de nous faire voir son saint évèque comme un homme, qui, par un soin spécial de la divine Providence, est mort avec tous les biens qu'un chrétien pouvait désirer, il aurait marqué au contraire , par quelques mots, que, malgré l'avertissement céleste et la diligence extrême de saint Honorât ,

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