‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 224 sur 631 · TUAI · texte numérisé non relu

TUAI

DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

prunlé ce que nous venons de dire, mais du temps de saint Cypi'ien lui-môme , comme il paraît dans sa lettre à Cécilius', et ilcvanl saint Cyprien, puisiju'on trouve dans Tertullicn le pain sacré que les lidcles prenaient en secret avant toute autre nourriture-; et, en un mot, devant eux tous, puisque tous en parlent comme d'une chose étaljlie. Cette considération pour laquelle seule on ne donnait que le sang aux petits cnl'ants, quelque forte qu'elle soit en elle-même , eut été vaine contre un commandement divin. On croyait donc très-certainement qu'il n'y avait point de commandement divin d'unir ensemble les deu.K espèces.

M. de la Roque voudrait pouvoir dire , sans néanmoins l'oser faire nettement, qu'on mêlait le corps au sang pour les enfants, et soupçonne qu'on le pourrail recueillir des paroles de saint Cyprien^. quoiqu'il n'y ait pas , comme on voit, une syllabe ([ui tende à cela. Mais outre que la discipline du temps ne souffrait pas ce mélange, saint Cyprien ne parle que du sang : « C'est le sang qui ne put » demeurer, dit-il, dans des entrailles souillées; » et la distribution du sacré calice, à laquelle seule cette enfant eut part, est trop clairement marquée , pour laisser le moindre lieu à la conjecture que M. de la Roque a voulu faire. Ainsi l'exemple est précis : la coutume de donner la communion aux petits enfants sous la seule espèce du vin ne peut être contestée , et le doute qu'on voudrait mettre sans aucun fondement dans les esprits, montre seulement l'embarras où l'on est jeté par la grande autorité de saint Cyprien et de l'Eglise de son temps.

Certainement M. de la Roque aurait agi de meilleure foi , s'il s'en était tenu à l'idée qui lui était venue naturellement. La première fois qu'il avait parlé du passage de saint Cyprien, il nous avait dit « qu'on fit couler par force dans la bouche de l'en- » fant quelque chose du sacré calice\ » c'est-à-dire, sans difficulté, quelques gouttes du précieux sang pur et sans mélange, tel qu'on le présentait au reste du peuple, qui avait déjà reçu le corps. Et d'ailleurs nous venons de voir que ce ministre ne blâme pas le pape Pascal II, qui, selon lui, permettait de communier les petits enfants sous la seule espèce du vin : tant il a senti en sa conscience que cette pratique n'avait point de dilTiculté.

Quant à M. du Bnurdieu, le passage de saint Cyprien avait aussi fait d'abord son effet dans son esprit; et ce passage lui ayant été objecté par un catholique, ce ministre était convenu naturellement dans une première réponse , qu'en etl'ct on n'avait donné à cette enfant que le seul vin consacré^. Il se sauvait, en disant que les anciens, qui croyaient la communion absolument nécessaire aux petits enfants, la leur donnaient comme ils pouvaient; que ce fut pour celte raison que le diacre de saint Cyprien, croyant cette enfant damnée si elle mourait sans l'Eucharistie, « lui ouvrit par force la bouche » pour y verser un peu de vin , et qu'un cas de né- 1) cessité, un cas singulier ne peut avoir le nom de » coutume". » Que d'efforts pour éluder une chose claire! Où sont ces raisons extraordinaires que le

1. Ep. Lxiii, p. 106 et seq. — 2. Lib. ii ad Ux., n. 5. — 3, Hist. but-Il., I. pari., chtip. xil, p. U5. — 4. Hist. liU' h., l. part., ch. XI, p. 136 ; ch. XII. p 150. — 5 Cm Duur., I. Réponse, p. 37, el Uépl., ch. %x , p.iU. — a. 1. ieèp.,p.31, et ch. XX, p. 344.

ministre a voulu ici s'imaginer? Y a-t-il seulement un mot dans saint Cyprien qui marque le péril de l'enfant, comme le motif de lui donner la communion? Ne parait-il pas au contraire, par tout le discours, que ce saint sacrement ne lui l'ut donné que parce que c'était la coutume de le donner à tous les enfants toutes les fois qu'on les apportait aux assemblées? Pourquoi M. du Bourdieu vout-il deviner que cette petite lille n'avait jamais communié'? N'était-elle pas baptisée? N'était-ce pas la coutume de donner la communion avec le baptême, même aux enfants? Que sert donc de parler ici de la crainte qu'on eut qu'elle ne fût damnée, manque d'avoir reçu l'Eiicliaristie , puisqu'on la lui avait déjà donnée en lui donnant le baptême? Est-ce qu'on croyait aussi dans l'ancienne Eglise qu'il ne sutlit pas au salut d'un enfant d'avoir communié une fois, et qu'il était damné si on ne lui réitérait la communion? Quelles chimères inventent les hommes, plutôt que de céder à la vérité, et avouer leur erreur de bonne foi I Mais à quel propos nous jeter ici sur la question de la nécessité de l'Eucharistie, et sur l'erreur où l'on veut que saint Cyprien ait été en ce point? Quand il serait vrai que ce saint martyr et l'Eglise de son temps auraient cru la communion absolument nécessaire aux enfants, quel secours en tirerait M. du Bourdieu? et qui ne voit, au contraire , que si les deux espèces sont essentielles à la communion, comme le soutiennent les prétendus réformés, plus on croira la communion nécessaire aux petits enfants , moins on se dispensera de leur donner ces deux espèces? M. du Bourdieu a bien senti cette conséquence si contraire à sa prétention ; et dans sa seconde réplique il a voulu deviner, quoique saint Cyprien n'en ail rien dit, el contre toute la suite de son discours, que celte petite fille, quand elle fut si cruellement et si miraculeusement tourmentée après la prise du sang, avait déjà reçu le corps sans qu'il lui en fiil arrivé aucun mal : où en est-on quand on fait de telles répliques.

Mais pourquoi disputer davantage? Il n'y a point de meilleure preuve , ni de meilleur interprèle de la coutume, que la coutume elle-même; je veux dire, que rien ne démontre plus qu'une coutume vient des premiers siècles , que lorsqu'on la voit naturellement durer jusqu'aux derniers. Celle de communier les petits enfants sous la seule espèce du vin, que nous voyons établie au troisième siècle, et du temps de saint Cyprien , demeura toujours si commune, qu'on la trouve dans toute la suite. On la trouve au cinquième ou sixième siècle, dans le livre de Jobius, où ce docte religieux, en racontant les trois sacrements qu'on donnait d'abord , dans un temps où le christianisme étant établi, on ne baptisait guère, non plus qu'à présent, que les enfants des lidèlcs, parle ainsi : On nous baptise , dit-il, après quoi on nous oint, c'est-à-dire , on nous confirme , et enfin on nous donne le sang précieux^. Il ne fait aucune mention du corps, parce qu'on ne le donnait point aux enfants. C'est pourquoi il prend grand soin, dans le même endroit, d'expliquer comment le sang peut être donné môme avant le corps; ce qui n'ayant aucun lieu dans la

1. Ch. XX, j). 345 — 2. Joi'ius, de Verb. incar., liti. m, c. xvm; BVd. Phol., Cvd 223.

TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

communion des adiilles, ne se trouvait que dans ' celle que les fidèles avaient tous reçue avec le sang tout seul dans leur enfance. Ainsi la coutume du troisième siècle a déjà passé au sixième , elle n'en demeure pas là; on la trouve jusqu'aux derniers temps, et encore à présent, dans l'Eglise grecque. AUalius , catholique , et Thomas Smith, Anglais , prôtre protestant, le rapportent également tous deux, après un grand nombre d'auteurs', et il n'y a point de difliculté.

Il est vrai que M. Smith a varié dans sa seconde édition. Car on a eu peur en Angleterre d'autoriser un exemple dont nous nous servons pour établir la communion sous une espèce. M. Smith, après avoir remarqué dans sa préface l'avantage que nous en tirons", croit pouvoir nous l'ôter par deux ou trois témoignages assez faibles de Grecs fort récents , qui ont étudié en Angleterre, ou qui y résident, et dont les écrits sont imprimés dans les villes protestantes.

Le dernier des témoignages qu'il allègue, est [ celui d'un archevêque de Samos, que nous avons | trop vu en ce pays-ci , pour compter beaucoup sur sa capacité , non plus que sur sa bonne foi. Il est présentement établi à Londres ; et M. Smith nous rapporte une lettre qu'il lui a écrite, où il dit, qu'après le baptême des enfants, le prêtre « tenant » le calice oii est le sang avec le corps de notre » Sauveur réduit en petites particules , y prend » dans une petite cuiller une goutte de ce sang » ainsi mêlé , de sorte qu'il se trouve dans cette » cuiller quelques petites miettes du pain consacré, » ce qui sufht à l'enfant pour participer au corps » de Notre Seigneur. » M. Smith ajoute , que ces miettes sont si petites , « qu'on ne peut pas même » les apercevoir à cause de leur petitesse, et qu'elles » s'attachent à la cuiller, quelque peu qu'elle soit » trempée dans celte sainte liqueur. » Voilà tout ce qu'on a pu tirer d'un Grec qu'on entrelient à Londres, el de M. Smith, en faveur de la communion donnée sous les deux espèces aux enfants baptisés dans l'Eglise grecque : c'est qu'on leur donne le sang dans lequel le corps est mêlé , avec si peu de dessein de leur donner ce corps sacré, qu'on ne leur en donne « aucune partie de celles qu'on voit » nager dans la liqueur sainte , et qu'on présente » aux adultes, » comme dit M. Smith lui-même. On se contente de présumer qu'il s'attache à la cuiller de l'enfant quelque particule insensible du pain consacré : voilà ce qu'on appelle les communier sous les deux espèces. En vérité, M. Smith n'eut-il pas aussi bien fait de ne rien changer dans son livre; et tout homme de bon sens ne croira-t-il pas s'en devoir tenir à ce qu'il a dit naturellement dans sa première édition, d'autant plus qu'on le voit conforme à l'ancienne Tradition que nous avons exposée?

Que si on trouve la communion des petits enfants sous la seule espèce du vin dans l'Eglise grecque, on ne la trouve pas moins parmi les Latins. On la trouve, selon M. de la Roque, dans les décrets du pape Pascal II , comme nous venons de le voir, c'est-à-dire, dans le onzième siècle. On la trouve

1. Allât.. Tract, de Cons. ulr. Eccl. Annot. de Comm. Orii'nCol.: Thom. Smith., Ep. de Eccles. Gr. staC. hod., p. 104. l^e edit.; Hug de S Vict., erudit. Tluol., l. l, c. XX; Bib. PP., Par. de 'il». Oinc. — 2. Prœf., 2« edit. init.

jusqu'au douzième siècle dans la même Eglise latine; et Hugues de Saint-Victor, tant loué par saint Bernard , dit expressément , que l'on ne donnait le saint Sacrement aux petits enfants baptisés , que sous l'espèce du sang , enseignant aussi dans la suite , qxie sous chaque espèce on reçoit ensemble le corps et le sang'.

On voit la même doctrine , avec la même manière de communier les petits enfants, dans Guillaume de Champeaux , évêque de Chàlons , intime ami du même saint Bernard. Le Père Mabillon, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, dont on ne peut non plus révoquer en doute la bonne foi que la capacité, a trouvé dans un ancien manuscrit un long passage de ce digne évèque , l'un des plus célèbres de son temps en piété el en doctrine , où il enseigne , « que qui reçoit une seule espèce, reçoit » Jésus-Christ tout entier, parce que, poursuit-il, » on ne le reçoit ni peu à peu ni en partie; mais on » le reçoit tout entier sous une ou sous deux espè- » ces : d'où vient qu'on ne donne que le seul calice » aux enfants nouvellement baptisés, parce qu'ils » ne peuvent prendre le pain; mais ils n'en recoi- » vent pas moins Jésus-Christ tout entier dans le » seul calice^. »

Les ministres embarrassés par ces pratiques, qu'on trouve établies sans aucune contradiction dans tous les siècles passés, nous jettent ordinairement sur des questions incidentes, pour nous détourner de la question principale'. Ils exagèrent l'abus de la communion des petits enfants, car c'est ainsi qu'ils l'appellent, contre l'autorité de tous les siècles; abus qu'ils disent fondé sur la grande et dangereuse erreur de la nécessité absolue de recevoir l'Eucharistie dans tous les àges'', à peine de damnation éternelle, qui, selon eux, est l'erreur de saint Cyprien, de saint Augustin, du pape saint Innocent, de saint Cyrille, de saint Cbrysostome, de saint Césaire, évêque d'Arles, et non-seulement de plusieurs Pères, mais encore de plusieurs siècles. 0 sainte antiquité , el Eglise des premiers siècles trop hardiment condamnée par les ministres, sans qu'il leur en revienne autre chose que le plaisir d'avoir fait croire à leurs peuples que l'Eglise pouvait tomber dans l'erreur, même dans ses plus beaux temps I Car au fond , que servait cette discussion à notre sujet? L'ancienne Eglise croyait l'Eucharistie nécessaire aux petits enfants. Nous avons déjà démontré que c'était une nouvelle raison de la donner sous les deux espèces, supposé que les deux espèces fussent de l'esgence de ce sacrement. Pourquoi donc ne leur en donner qu'une seule? el que peuvent dire ici ces ministres, si ce n'est qu'ils nous répondent que l'ancienne Eglise ajoutait à l'erreur de croire la communion absolument nécessaire au salut, celle de croire que la communion avait son effet entier sous une seule espèce, el qu'à force de faire errer une antiquité si pure, on se veuille montrer soi-même visiblement dans l'erreur?

Nous avons. Dieu merci, une doctrine qui ne nous oblige point à nous jeter dans de tels excès. Je pourrais aisément expliquer comment la grâce du sacrement de l'Eucharistie est en effet néces-

1. Hug. de S. Vict., erud. Th., lib. m, cap. xx. - 2. Ex lib. manuscript. gui dicitur Pancrisis , rclat. in prœf. Sœc.SBened.. p. I, n. 75. — 3. Du Bourd., l. rep., p. 38 el 11. rep., cap 20, 21. — 4. Hist. Eu,.h.. I. part., ck. xi, pai/. 1.% et seg .

TRAITK DK LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

saire à tous les fidèles; commenl l'Eucliaristie et sa grftce est contenue en vertu dans le Baptême; ce qu'opère dans les fidèles le droit sacré qu'ils y reçoivent sur le corps et sur le sang de Notre Seigneur, et comment il appartient à la dispensation de l'Eglise de régler le temps d'exercer ce droit. Je pourrais faire voir encore sur ces fondements, que si queliiues-uns, comme i)ar exemple ce Guillaume, évé(iue de Ch;\lons, rap[)oi'lé si lidôlcniont par le Père Mabillon , semblent avoir cru la nécessité de l'Eucharistie, loin que cette opinion fût universelle, on la voit très-fortement condjaltue par d'autres auteurs du même temps, comme par Hugues de Saint- Victor, cité dans le livre de M. de la Roque', et par beaucoup d'autres. Je pourrais dire encore comme ces auteurs ont expliqué saint Augustin, après saint Fulgence^, et montrer avec eux, par des passages exprès, et par toute la doctrine de ce Père, combien il est éloigné de l'erreur qu'on lui attribue. Mais j'ai dessein d'enseigner ici ce qu'il faut croire des deux espèces , et non pas d'embarrasser mes lecteurs de questions incidentes. Ainsi je n'y entre pas, et sans charger mon discours d'un examen inutile, je dirai en peu de mots la foi de l'Eglise.

L'Eglise a toujours cru et croit encore, que les enfants sont capables de recevoir l'Eucharistie, aussi bien que le baptême , et ne trouve pas plus d'obstacle à leur communion dans ces paroles de saint Paul : Qu'on s'éprouve et qu'on mange^, qu'elle en trouve à leur baptême dans ces paroles de Notre Seigneur : Enseignez, et baptisez*. Mais comme elle sait que l'Eucharistie ne leur peut pas être absolument nécessaire pour le salut, après qu'ils ont reçu la pleine rémission de leurs péchés dans le baptême , elle croit que c'est une affaire de discipline de donner ou de ne donner pas la communion dans cet âge : c'est pourquoi, durant onze et douze cents ans, pour de bonnes raisons, elle l'a donnée; et pour d'autres bonnes raisons, elle a cessé depuis de la donner. Mais l'Eglise, qui se sentait libre à communier ou ne pas communier les enfants, ne peut jamais avoir cru qu'il lui fût libre de les communier d'une manière contraire à l'institution de Jésus-Christ, ni n'aurait jamais donné une seule espèce, si elle eut cru les deux espèces inséparables par leur institution.

En un mot, pour nous dégager tout d'un coup des discussions inutiles : quand l'Eglise a donné la communion aux petits enfants sous la seule espèce du vin, ou elle jugeait ce sacrement nécessaire à leur salut, ou non. Si elle ne le jugeait pas nécessaire, pourquoi se presser de le donner pour le donner mal? Et si elle le jugeait nécessaire, c'est une nouvelle démonstration qu'elle croyait tout l'effet du sacrement renfermé sous une seule espèce.

Et pour montrer plus clairement qu'elle était dans cette créance, la même Eglise, qui donnait l'Eucharistie aux petits enfants sous la seule espèce du vin, dans un âge plus avancé, la leur donnait sans scrupule sous la seule espèce du pain. Personne n'ignore l'ancienne coutume de donner à des enfants innocents ce qm restait du corps de Notre Seigneur après la communion des fidèles. Quelques

1. llug. de S. Vict., lib, i, erud. T/ieol., cap. \\; Itist. liuch., I. l'ail., cil. XI, pay. UU. —•i.Futy., hp. ad Ferr. Diac, cap. \i, n. )ii, p. 225 et seq. — 3. /. Car., m. 2H. — 4. Maltli., xxviil. l'J.

Eglises brûlaient ces sacrés restes; et telle était la coutume de l'Eglise de Jérusalem , comme Hesychius, prêtre de cette Eglise, le rapporte*. Jésus- Christ est également au-dessus de toute corruption : mais le sens humain demandait que ])ar respect pour ce sacrement on employât celle qui offense le moins les sens; et on aimait mieux brûler ses sacrés restes , que de les voir s'altérer d'une manière plus choquante en les gardant. Ce que l'Eglise de Jérusalem consumait par le feu, l'Eglise de Conslantinople le donnait à consumer à de jeunes enfants, les regardant en cet âge, où la grâce du baptême était entière, comme ses vaisseaux les plus saints. Evagrius écrit au sixième siècle que c'était l'ancienne coutume de l'Eglise de Conslantinojjle^. M. de la Roque marque cette coutume, et nous l'ait voir dans le môme temps la même pratique en France, où un concile ordonna que « les restes du » sacrifice, après la messe achevée, seraient don- » nés , arrosés de vin , le mercredi et le vendredi à » des enfants innocents, à qui on ordonnerait de » jeûner pour les recevoir'. » C'était sans doute le corps de Notre Seigneur qu'ils recevaient comme les autres fidèles. Evagrius appelle ces restes, des particules du corps immaculé de Jésus-Christ notre Dieu'', et c'est ainsi que traduit M. de la Roque. Le même Evagrius raconte que cette communion préserva un enfant juif, qui avait communié de cette sorte avec les enfants des fidèles , de la fournaise brûlante où son père l'avait jeté , en haine de la communion qu'il avait reçue , Dieu ayant voulu confirmer par un miracle si éclatant cette communion sous une espèce. Personne ne s'est jamais avisé de dire qu'on ait mal fait de donner le corps sans le sang, ni qu'une telle communion fût défectueuse. Si l'usage en a été changé, ça été pour d'autres raisons, et de la même manière que d'autres choses de discipline ont été changées sans condamner la pratique précédente. Ainsi celte coutume, bien qu'elle ait cessé d'être en usage dans l'Eglise, demeure dans les histoires et dans les canons , en témoignage contre les protestants : la communion des enfants est une claire conviction de leur erreur : les enfants à la mamelle communient sous la seule espèce du vin; et les enfants plus avancés, sous celle du pain, concourant à faire voir les uns et les autres l'intégrité de la conununion sous une espèce. IV. Troisième coutume : La communion dans la maison. — Le troisième fait est que les fidèles , après avoir communié dans l'Eglise et dans la sainte assemblée, emportaient avec eux l'Eucharistie pour communier tous les jours dans leur maison. On ne pouvait pas leur donner l'espèce du vin , parce qu'elle ne se serait pas conservée, surtout dans une aussi petite quantité qu'était celle dont on use dans les saints mystères; et il est certain aussi qu'on ne leur donnait que la seule espèce du pain. Tertullicn, qui fait mention de cette coutume dans son livre de la Prière^, n'y parle que de prendre et de réserver le corps de Notre Seigneur; et il parle en un antre endroit" du pain que les chrétiens mangeaient à jeun en secret, sans y ajouter autre chose.

J. Hesych. in Lemt., lil/. ii, GS. — 2. Evagr., lib. iv, cap- XXXV. —3. An. 5S5. Coiic. Mastisc. u.c. vi, tom. i. Conc.Gall., Labb., tom. v , col. 982,- Hist. Ëuch., I. part., ch. xvi , p. 183. — 4. Idem, cap. xxxvi.— 5. Tertul-, De Orat., cap. xiv. — ti. Lib II. ad ux., n. 5.

TKAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

Saint Cyprien nous fait voir la même pratique dans son traité de Lapsis. Celte coutume commencée durant les persécutions , et lorsque les assemblées ecclésiastiques n'étaient pas libres , n'a pas laissé de durer pour d'autres raisons pendant la pais de l'Eglise. Nous apprenons de saint Basile que les solitaires ne communiaient pas d'une autre sorte dans les déserts où ils n'avaient point de prêtres'. Et il est certain d'ailleurs que ces hommes merveilleux ne venant à l'église tout au plus que dans les solennités principales , ils n'auraient pas pu conserver l'espèce du vin. Aussi n'est-il parlé dans saint Basile que de ce qu'on mettait dans la main pour le porter à la bouche , c'est-à-dire , du pain consacré ; et c'est ce qu'on acait la liberté de réserver, comme dit le même Père : à quoi il ajoute , qu'il est indilTérent de recevoir dans sa main un ou plusieurs morceaux, se servant même d'un mot, qui constamment ne peut signifier, que la parcelle ou la portion de quelque chose de solide; ce qui fait aussi qu'Aubertin ne l'entend que du pain sacré^. Et encore que saint Basile fasse assez voir, tant par ces termes, que par toute la suite de son discours, que les fidèles en ces occasions ne prenaient et ne réservaient que le corps seul , il décide que leur communion n'était pas moins sainte ni moins parfaite dans leur maison , que dans l'église. Il dit même que celte coutume était universelle par toute l'Egypte, et même à Alexandrie. M. de la Roque conclut très-bien, d'un passage de saint Jérôme', qu'elle était aussi dans Rome, où, sans aller toujours à l'église , les fidèles recevaient tous les jours le corps de Notre Seigneur dans leur maison; à quoi ce Père ajoute : N'est-ce pas le même Jésus-Christ qu'on reçoit dans la maison et dans l'église? pour montrer que l'une de ces communions n'est pas moins bonne ni moins parfaite que l'autre. Le même M. de la Roque demeure d'accord que les chrétiens des premiers temps s'envoyaient l'Eucharistie les uns aux autres en signe de communion*; comme en effet il parait, par une lettre de saint Irénée', qu'on l'envoyait de Rome jusqu'en Asie; et encore qu'ils la portaient avec eux dans leurs voyages de mer et de terre : ce qui confirme l'usage de l'espèce, qui seule se pouvait porter, et seule se conserver si longtemps en si petite quantité. Témoin Satyre, frère de saint Ambroise, qui, au rapport de ce saint, quoiqu'il ne fut que catéchumène, obtint des fidèles, par la ferveur de sa foi, ce divin sacrement, l'enveloppa dans un linge, et l'ayant lié autour de son cou, se jeta dans la mer avec ce précieux gage , par lequel aussi il fut sauvé ^. Je n'ai pas besoin de rapporter les autres passages où cette coutume est établie, puisque M. de la Roque la reconnaît , et nous dispense de la preuve. On voit même , dans les passages qu'il cite, comment on emportait l'oblation sainte, et il paraît que c'était dans un petit coffre , ou dans un linge bien nef. 11 trouve des vestiges de celte coutume au temps du pape saint Hormisdas, c'est-à-

1. Bas.,Ep. 289, nunc. xcin, tom. ni, p. 186 et seq. — 2. Auh., lib. II, p. 442. — 3. /. part., cap. 14, p. 173; Hieron. ad Panum., Ep. XXX, tom. iv, //. part., col. 239. — 4. Hist. Euch., I. part., ch. XV, p. 176. — 5. Euseb., Hist. Eccl., lib. v, c. 24; Hist. Euch., I. part., ch. xiv, p. 174. — 6. Ambr., De ob. fr.it. Sat., lib. I, n. 43, 44, tom. ii, col. 1125. — 7. /. part., cit. xn , p. 159, ch. XIV, p. 172 et seq.; Joan. Mosch., Prat, Spir., tom. XIII ; Bibl. PP., p. 1039.

B. — T. IV

dire, au commencement du sixième siècle; et il est vrai que sous ce pape un bruit de persécution s'étant répandu mal à propos à Thessalonique, on distribua l'Eucharistie à pleins paniers pour longtemps à tous les fidèles'. Ceux qui la distribuèrent ne sont pas blâmés de l'avoir donnée de cette sorte, mais d'avoir malicieusement effrayé le peuple par le bruit d'une persécution imaginaire.

En elTet, il ne faut point regarder cette manière de communier dans la maison comme un abus, sous prétexte qu'on n'a pas continué cet usage : car dans les affaires de pure discipline , comme celle-ci , l'Eglise a des raisons pour défendre dans un temps ce qu'elle permet dans un autre. C'est durant les persécutions, c'est-à-dire, dans les temps les plus saints , que cette coutume a été le plus en usage; de sorte que la communion sous une espèce est autorisée par la pratique constante des meilleurs temps , et par l'exemple de tous les martyrs. Il est même constant qu'en ce temps on communiait plus souvent sous la seule espèce du pain, que sous les deux espèces, puisqu'il était établi que l'on communiait tous les jours dans sa maison sous cette seule espèce, au lieu que l'on ne pouvait recevoir les deux espèces que dans les assemblées de l'église , qui n'étaient pas si fréquentes; et personne n'a soupçonné durant tant de siècles, qu'une de ces manières de communier fut défectueuse ou plus imparfaite que l'autre.

Ceux qui savent avec quel respect on traitait alors les choses saintes, ne trouveront point d'irrévérence à mettre la communion dans la main des fidèles, non plus qu'à la leur laisser emporter dans leurs maisons particulières, où il est certain, à notre honte, qu'il y avait plus de modestie qu'il n'y en a présentement dans les églises.

On sait d'ailleurs le soin extrême que prenaient les chrétiens de garder ce précieux dépôt du corps de Notre Seigneur, et surtout de le mettre à couvert des mains profanes. Nous voyons, dans les Actes des martyrs de Nicodémie, que lorsque les magis trats firent la visite de la chambre où habitait sainte Domne avec l'eunuque Indes qui la servait, on y trouva seulement une croix, le livre des Actes des apôtres, deu.v nattes étendues à plate terre, c'étaient les lits de ces saints martyrs, un encensoir de terre, une lampe, un coffret de bois où ils mettaient la sainte oblalion qu'ils recevaient. On n'y trouva point l'oblation sainte qu'ils avaient eu soin de consumer-. C'est aux protestants à nous dire ce que ces martyrs faisaient de celte croix et de cet encensoir. Les catholiques n'en sont point en peine, et ils sont ravis de voir dans le meuble de ces saints, avec la simplicité des premiers temps, les marques de leur religion , et de l'honneur qu'ils rendaient à l'Eucharistie. Mais, ce qui fait à notre sujet, on reconnaît dans cette histoire comment on gardait l'Eucharistie , et quel soin on prenait de ne la pas laisser tomber en des mains infidèles. Dieu s'en mêlait quelquefois, et les Actes de saint Tharsice, acolyte', font voir que le saint martyr « rencontré » par des païens pendant qu'il portait les sacre- » ments du corps de Notre Seigneur, ne voulut ja-

1. Inter Epist. Horm. Papœ , post Epist. 62. Sugg. Germ., etc., et post Epist. 67. Ind. Joan. Episc, tom. v, Conc. — 2. Act. Mart. Nicom. ap. Bar., an. 293. — 3. Martyr. Rom. 15 , Aug.

TRAITK DR ],X COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES

» mais découvrir ce (lu'il portait, (,'t l'ut liié ;i coups » de baion et à coups de |)ierre; après quoi ces in- » lidèles l'ayant visité, ils ne Irouvèrenl, ni dans » ses mains ni dans ses haliits, aucune parcelle des » sacrements de Jésus-Christ, » Dieu ayant luimême pourvu à la sûreté des dons célestes. Ceux qui savent le style du temps, le reconnaissent dans ces Actes , où il est parlé des sacrements de Jésus- Christ, et des sacrements de son corps. On se servait de ce mot indilïôremment au nombre pluriel et singulier, en parlant de l'Eucharistie, tantôt pour en exprimer l'unité parfaite , et tantôt pour faire voir qu'il y avait dans un seul sacrement et dans un seul mystère (car ces termes sont équivalents), et même dans chaque partie de ce sacrement adorable, plusieurs sacrements et plusieurs mystères ensemble.

Cette réserve, qui se faisait de l'Eucharistie sous la seule espèce du pain dans les maisons particulières, confirme ce qu'il faut croire de la réserve qui s'en faisait dans l'église, ou dans la maison des évéques pour l'usage des malades; et des faits qui se soutiennent si bien les uns les autres , mettent hors de contestation la doctrine de l'Eglise.

Tout ce que les ministres répondent ici , ne sert qu'à découvrir leur embarras.

Ils traitent tous d'un commun accord celte coutume de profanation et d'abus', même après avoir établi qu'elle a été universelle pendant plusieurs siècles, et ce qui est bien plus étrange, pendant les siècles les plus purs du christianisme. Cette réponse porte avec elle sa réfutation; et il sera aisé de prendre son parti , quand il ne s'agira plus que de savoir si tous les martyrs sont des profanes, ou si les ministres, qui les en accusent, sont des téméraires.

Calixte, et M. du Bourdieu, qui le suit en tout", rapportent deux canons de l'Eglise d'Espagne, l'un du concile de Sarragosse, et l'autre du premier de Tolède, où « ceux qui n'avaient pas l'Eucharistie » reçue des mains de l'évoque, sont chassés comme » sacrilèges, et frappés d'anathème'. »

M. de la Roque leur répond , qu'il ne croit pas que ce canon de Sarragosse ail été fait pour abolir la coutume d'emporter l'Eucharistie, et de la garder*. Et il dit après, la même chose du premier concile de Tolède; ce qu'il prouve par le onzième canon du onzième concile de la môme ville''.

Et quand on ne voudrait pas s'arrêter aux sentiments de M. de la Roque, on voit assez que ces deux conciles, tenus au quatrième siècle ou aux environs, ne peuvent pas avoir détesté comme un sacrilège, une coutume que tous les Pères nous font voir commune en ces temps-lù, comme nous l'avons montré, de l'aveu même des ministres.

En elTet, il n'est point parlé dans ces conciles de ceux qui prenant à l'église une partie du pain consacré , en réservent une partie pour communier dans leur maison; mais de ceux qui, recevant la communion des mains de l'évêque, n'en avalent rien du tout. VoiUX ce que défendent ces conciles, et les motifs de cette défense ne sont pas malaisés à devi-

1. Hist. Euch., I. part., chnp. xii, p. 159; chap. xiv, p. 175; du Bourd., rep., ch. 19. — 2. Calixt,, n. 11; Du Bourd., rep,, cfl. 19. — 3. Conc. Cœsar. aug., rap. iir; Labb., I. ii, col. 1U09. Toi. l, c. XIV. thid., roi, 1225. — 4. Hisl. liucli., I. part., ch. xiv.p. 171. — 5. Conc. Toi. XI, xi. Labb., toni. vi, Conc, col. 552.

iior, ])uisque le premier concile de Tolède, qui blàrae si sévèrement au canon xiv, ceux qui alïectaient, en assistant à l'église, de n'y communier jamais, lorsque dans le canon suivant, il condamne, comme sacrih'ges , ceux qui n'avalent point la communion après l'avoir reçue des mains du prêtre , fait assez connaître, par cette suite, qu'il a eu en vue de condamner une autre manière d'éviter la communion, d'autant plus mauvaise, qu'elle montrait ou une hypocrisie sacrilège , ou une aversion trop visible de ce saint mystère.

Ces malheureux, qui évitaient si obstinément la communion, étaient les priscillianistes, hérétiques de ces temps et de ces lieux-là, qui se mêlaient ordinairement avec les lîdèles. Mais quand on ne voudrait pas convenir de ce motif du canon, on ne niera pas du moins qu'il n'y ait d'autres mauvais motifs, de n'avaler pas l'Eucharistie, qu'on peut avoir condamnés dans ces conciles. On peut s'éloigner de l'Eucharistie par superstition; on la peut réserver pour en abuser; on la peut rejeter par infidélité : et le concile XI de Tolède nous apprend que c'est un tel sacrilège que le premier a condamné. Ces abus, ou d'autres semblables, aperçus en certains endroits, peuvent avoir donné lieu à des défenses locales, qui n'apportaient aucun préjudice aux coutumes des autres pays : et il est-certain d'ailleurs que ce qui se fait en un lieu aussi bien qu'en un temps, avec révérence, peut être si mal pratiqué, en d'autres temps et en d'autres lieux, qu'on le rejettera comme sacrilège. Ainsi, en quelque manière qu'on veuille prendre ces canons, ils n'autorisent en aucune sorte l'erreur de ceux qui veulent faire passer pour abus la pratique des saints martyrs , et de toute l'ancienne Eglise, et qui ne trouvent point d'autre réponse à un argument invincible, qu'en leur faisant leur procès.

M. du Bourdieu tftche d'échapper par une autre défaite, qui n'est pas moins vaine. Il voudrait qu'on crût que les lidèles communiaient sous les deux espèces dans ces communions domestiques , et les gardaient toutes deux', dont il apporte, après Calixte, quatre témoignages : celui de saint Justin, qui dit, qu'après la consécration faite à l'Eglise, les diacres portaient aux absents les deux espèces*; celui de saint Grégoire le Grand, qui raconte que dans un voyage de Constantinople à Rome, et dans une grande tempête , les fidèles reçurent le corps et lesang^; celui d'Amphilochius, qui dit, dans la Vie de saint Basile, qu'un Juif se mêlant avec les fidèles dans leur assemblée , en remporta à sa maison des restes du corps et du sang''; et enfin celui de saint Grégoire de Nazianze , qui raconte que sa sœur sainte Gorgonie mêla avec ses larmes ce qu'elle avait pu ramasser des antitypes ou symlwles du corps et du sang-'. Il devait traduire du corps ou du sang, comme il y a dans le texte, et non pas du corps et du sang, comme il a fait pour insinuer qu'on gardait toujours l'un et l'autre ensemble.

De ces quatre exemples, les deux premiers visiblement ne font rien à notre sujet.

Nous avons déjà remarqué, avec M. de la Roque, que dans celui de saint Justin on portait à la vérité

1. Ri^p., ch. xvMi. — 2. JusC, Apol. i. n. 65 et seq., p. 82 et seq. — 3. Greg., Diul. m , e. 36; tom. li , col. 357. — 4. A mphil.. Vit, Bas. — 5. Greg. :faz.. Or. xi in Oorj. sor., t. i, p. 186 et seq.

TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES

les deux espèces , mais incontinent après qu'on les avait consacrées, par oii on ne montre pas qu'on les gardât , ce qui est précisément notre question.

Pour montrer que , dans l'occasion racontée par saint Grégoire , les fidèles avaient gardé dans leur vaisseau les deux espèces depuis Constantinople jusqu'à Rome, il faudrait auparavant qu'il fut certain qu'il n'y avait point dans ce vaisseau de prêtre qui put célébrer, ou que Maximien, dont saint Grégoire parle en ce lieu, ne l'était pas, quoiqu'il fût k père d'un monastère. Ce grand pape ne dit rien de ces circonstances, et nous laisse la liberté de les suppléer par d'autres raisons, dont la principale se tire de l'impossibilité, déjà tant marquée, de garder si longtemps et en si petite quantité le vin consacré.

Ce que dit ici M. du Bourdieu , qu'on n'eût osé célébrer dans un navire, fait voir qu'il ne cherche qu'à chicaner, sans vouloir même considérer qu'encore à présent on célèbre en toutes sortes de lieux, quand il y a raison de le faire.

Ainsi, de ces quatre exemples, en voilà d'abord deux inutiles. Les deux autres, avec les passages de Baronius et du savant l'Aubespine, évèque d'Orléans, dont il les soutient, peuvent bien prouver qu'on ne refusait pas le sang aux fidèles pour l'emporter avec eux , s'ils le demandaient : (car aussi pourquoi le leur refuser, et croire que le corps sacré qu'on leur confiait fut plus précieux que le sang?) mais ne prouveront jamais qu'ils le pussent garder longtemps, puisque la nature même y résistait, ni que ce fût la coutume de le faire, l'Eglise étant si persuadée que la communion était égale sous une ou sous deux espèces, que la moindre difQculté la déterminait à l'une ou à l'autre manière. Aussi voyons-nous, dans le passage de saint Grégoire de Nazianze, qu'il ne dit pas que sa sœur arrosa de ses larmes le corps et le sang , comme s'il eût été certain qu'elle eut eu l'un et l'autre , mais le corps ou le sang , pour montrer qu'il ne savait pas lequel des deux elle avait en son pouvoir, l'ordinaire étant de ne garder que le corps.

Que sert donc de chicaner sur un fait constant? Il en faut toujours venir à la vérité ; et M. de la Roque, celui de tous les ministres qui a le plus scrupuleusement examiné cette matière , convient franchement que lex fidèles emportaient chez eux le pain de l'Eucharistie pour le prendre quand ils voulaient', se sauvant comme il peut de la conséquence, par la remarque qu'il fait que cette coutume abusive et particulière, ne peut préjudicier à la pratique générale, et que ceux-là mêmes qui emportaient chez eux l' Eucharistie , ne le faisaient apparemment qu'après en avoir mangé une partie dans Vassemblée, et participé au calice du Seigneur.

Calixte s'en tire à peu près avec la même réponse'. Au commencement du Traité qu'il nous donne sur la communion des deux espèces, il avait dit naturellement que quelques-uns réservaient le pain sacré pour le manger ou dans leur maison ou dans les voyages ; et après avoir rapporté plusieurs passages, entre autres celui de saint Basile, qui ne souffre aucun subterfuge, il avait conclu qu'il était certain, par ces passages, que quelques-uns émus d'une religieuse a/fection pour l'Eucharistie, em-

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