Hisl. Euch., I. part., cap. m, p. 159 — 2. Disp., n
portaient une partie du pain consacré, ou de ce sacré symbole. Il n'y a personne qui ne voie , en lisant ces passages dans Calixte même, que ce quelques-uns, qu'il coule si doucement, c'est toute l'Eglise : et quand il ajoute que cette coutume fut tolérée quelque temps, ce quelque temps, c'est-àdire , quatre ou cinq cents ans , et dans les temps les plus purs; et ce toléré, c'est-à-dire, universellement reçue dans ces beaux siècles de l'Eglise, sans que personne se soit avisé, ni de la blâmer, ni de dire que cette communion fût insuffisante.
Dans la suite de la dispute, Calixte s'échauffe, et s'efforce de prouver, par les exemples déjà réfutés , que cette communion pouvait se faire sous les deux espèces. Mais il en revient enfin à la solution qu'il avait donnée d'abord, que les fidèles qui communiaient sous la seule espèce du pain dans leurs maisons, avaient reçu celle du vin dans l'Eglise, et qu'il n'y a point d'exemple que durant mille et onze cents ans on ait communié publiquement sous une espèce ' , comme s'il ne suffisait pas , pour le convaincre, que la communion sous une espèce ait été jugée parfaite et suffisante; ou qu'il fût plus permis de communier contre l'ordre de Jésus- Christ, et de diviser son mystère dans la maison que dans l'église; ou enfin que cette parcelle du pain sacré, qu'on prenait en particulier dans sa maison sans prendre le sang , n'eût pas été donnée à l'église même, et de la main des pasteurs pour cet usage.
Voilà les vaines chicanes , par lesquelles les ministres pensent éluder une vérité manifeste; mais je ne veux pas les laisser dans leur erreur à l'égard de la communion publique; et encore qu'il nous suffise d'avoir pour nous cette communion faite en particulier avec l'approbation de toute l'Eglise, nous allons voir que la communion sous une espèce n'était pas moins libre dans les assemblées solennelles que dans la maison.
V. QuATRiÈ.ME COUTUME : La communion à l'E glise et dans l'office ordinaire. — Je pose donc pour quatrième fait, que dans l'Eglise même, et dans les assemblées des chrétiens, il leur était libre de prendre ou les deux espèces, ou une seule. Les manichéens abhorraient le vin, qu'ils croyaient une créature du diable^. Les mêmes manichéens niaient que le Fils de Dieu eut versé son sang pour notre rédemption, croyant que sa passion n'avait été qu'une illusion et une apparence fantastique. Ces deux raisons leur donnaient de l'aversion pour le sang précieux de Notre Seigneur qu'on recevait dans les mystères sous l'espèce du vin : et comme, pour se mieux cacher, dit saint Léon , et répandre plus aisément leur venin, ils se mêlaient avec les catholiques jusqu'à communier avec eux, ils ne recevaient que le corps de Notre Seigneur, évitant de boire le sang par lequel nous avons été rachetés. On avait peine à découvrir leur fraude , parce que les catholiques mêmes ne communiaient pas tous sous les deux espèces. A la fin on remarqua que les hérétiques le faisaient par affectation : de sorte que le pape saint Léon le Grand voulut que reconnus à cette marque on les chassât de l'Eglise; et saint Gélase , son disciple et son successeur, fut obligé à