‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 226 sur 631 · Disp., n. 10. 11, p · texte numérisé non relu

Disp., n. 10. 11, p

est IV (le Quadr., c. v.

- 2. Léo T. Serm. XLv, al. XLi, qui

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TRAITE DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES

défendre expressément de communier aulremcnl que sous les deux espèces' : marf|ue qu'auparavant la chose était libre, et qu'on n'en vint à celle ordonnance, que pour ôter aux manichéens le moyen de tromper.

Ce fait est du cinquième siècle. M. de la Roque , et les autres, le rapportent avec le sentiment de ces deux papes*, et ils en tirent avantage. Mais, au contraire, ce fait montre clairement qu'il fallut une raison particulière pour obliger les fidèles à communier nécessairement sous les deux espèces, et que la chose auparavant se pratiquait indilïéremment des deux manières : autrement les manichéens se seraient d'abord trop fait connaître, et n'auraient pas pu espérer d'être soufferts.

Mais s'il était libre, disent les ministres', de communier quand on voulait sous la seule espèce du pain, on n'aurait pas pu reconnaître les manichéens à cette marque : comme s'il n'y avait point de différence entre la liberté de recevoir une ou deux espèces, et la perpétuelle aîTeclation de ces hérétiques à refuser opiniâtrement le vin consacré. Quel elïet de la prévention, de ne vouloir pas observer une chose si manifeste I

Il est vrai qu'en laissant cette liberté, il fallait du temps et une attention particulière pour discerner les hérétiques d'avec les fidèles. C'est aussi ce qui donna lieu assez longtemps à la fraude, et ce qui lit que, du temps de saint Gélase, il en fallut enfin venir à une ordonnance expresse, de prendre également le corps et le sang, sur peine d'être privé de l'un et de l'autre.

M. du Bourdieu nous cache ici avec beaucoup d'artifice le motif de la défense de ce pape''. Voici les paroles du décret : « Nous avons découvert que » quelques-uns, en prenant seulement le corps sa- » cré, s'abstiennent du sacré calice, lesquels certes, » puisqu'on les voit attachés à je ne sais quelle su- » perstition, il faut ou qu'ils prennent les deuxpar- » tics de ce sacrement, ou qu'ils soient privés de » l'une et de l'autre''. » Ce puisque du pape Gélase, qui nous marque manifestement dans l'abstinence superstitieuse de ces hérétiques une raison particulière de les obliger aux deux espèces, est supprimé par ce ministre; car voici ce qu'il fait dire à ce grand pape : « Je ne sais à quelle superstition » ils sont attachés; qu'ils prennent les sacrements » entiers, ou qu'ils soient privés des sacrements » entiers. »

Il n'a osé faire paraître dans sa traduction la particule , où ce pape marque expressément que sa défense a eu un molif particulier, de peur qu'on ne conclut trop facilement contre lui, qu'il n'y avait rien de plus libre en soi que de communier sans prendre le sang, puisqu'il a fallu des raisons et une occasion particulière pour obliger à le faire.

Il y a encore une autre finesse, mais bien faible, dans la traduction de ce ministre; car au lieu que le Pape dit, comme je le viens de traduire : « Les- » quels certes, puisqu'ils paraissent attachés à je » ne sais quelle superstition, » c'est-à-dire, indéli-

1. In Dec. Grnt. de Cons. dist. 2, C. Comperimus , 12. Ivo. Microl., etc. — 2. /. part., c. xii, ptig. 144. — 3. Du Bounl., Rep., ch. XIII, p. 281. — 4. Idrm, pag. 283.

5. (jui procul dulno {quoniam nescio qun superstitione docenlur odatringi) nul intégra sacramenta percipiant , aut ab inCrgris arceantur. Gel. Ibid.

niment, comme il est visible, ;"i une certaine supersliiion qu'il ne daigne pas exprimer, le minisire lui fait dire précisément, et plus fortement tout ensemble ; Je ne sais à quelle superstition ils sont attaches, pour conclure do là un peu après qu'il ne s'agissait pas ici des manichéens, « dont, dit-il', » ce savant évèque n'ignorait pas les erreurs, ou » celles qui avaient la vogue en son temps. »

Calixte avait tâché avant lui de détacher le fait de saint Léon d'avec celui de saint Gélase^, pour empocher qu'on ne crût que l'ordonnance de ce dernier pape en faveur des deux espèces ne fut regardée comme relative à l'erreur des manichéens. Que lui sert ce misérable refuge? Puisqu'il parait clairement par les termes de celte ordonnance qu'elle a un motif particulier, que nous importe que ce soit l'erreur des manichéens, ou quelque autre superstition semblable? et n'est-ce pas toujours assez pour faire voir que, de quelque façon qu'on le prenne, il a fallu à l'Eglise des raisons particulières pour obliger aux deux espèces?

Mais, au fond, on ne peut douter que cette superstition , dont parle ici saint Gélase , ne fût celle des manichéens, puisqu'Anaslase, bibliothécaire, dit expressément dans la Vie de ce grand pape, « qu'il découvrit à Rome des manichéens, qu'il les » envoya en exil, et qu'il fit briller leurs livres de- 1) vant l'église de Sainte-Marie'. » On ne voit pas en effet quelle superstition, autre que celle des manichéens, aurait pu inspirer l'horreur du vin et celle du sang de Notre Seigneur. On sait d'ailleurs que ces hérétiques avaient des artifices inouis pour s'insinuer secrètement parmi les fidèles, et qu'il y avait dans leurs discours prodigieux une telle efTicace d'erreur, que rien n'était plus difTicile que d'effacer tout à fait les impressions qu'ils laissaient dans les esprits. Personne ne doutera donc que ces superstitieux, dont parle le pape saint Gélase, n'aient été des restes cachés de ces manichéens, que saint Léon son prédécesseur avait découverts trente ou quarante ans auparavant; et quand saint Gélase a dit qu'ils sont attachés à je ne sais quelle superstition, ce n'est pas qu'il ne connut bien leurs erreurs, mais il parle ainsi par mépris; ou en tout cas, parce que cette secte obscure se tournait en mille formes, et qu'on ne savait pas toujours, ou qu'on ne voulait pas toujours expliquer au peuple tout ce qui restait de ce venin.

Mais voici le fort des ministres. Ils soutiennent que nous avons tort de chercher une raison particulière de l'ordonnance de saint Gélase, puisque ce pape la fonde manifestement sur la nature. Rapportons donc encore une fois les paroles déjà citées de ce pape, et ajoutons-y toute leur suite. « Nous » avons découvert, dit-il, que quelques-uns pren- » nent seulement le sacré corps , et s'abstiennent «du sang sacré, lesquels, certes, puisqu'on les » voit -attachés à je ne sais quelle superstition, il » faut qu'ils prennent les deux parties, ou qu'ils » soient privés de toutes les deux, parce que la di- » vision d'un seul et même mystère ne se peut faire » sans un grand sacrilège. »

A bien prendre la suite de ces paroles, on voit que la division qu'il accuse de sacrilège est celle

1. 23m Bourd., pag. 285. — 2, Calixt., Disp. cont. comm., etc.. et inAdd ,p. 291. — 3. Vit. Gel., (. iv; Conc, col. 1154.

TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES

qui est fondée sur cette superstition, où le sang de Notre Seigneur consacré sous l'espèce du vin était regardé comme un objet d'aversion. En effet, c'est diviser le mystère , que de croire qu'il y en a une partie que Jésus-Christ n'a pas inslituée, et qui doit être rejetée comme abominable. Mais de croire que Jésus-Christ ait également institué les deux parties , et n'en prendre cependant qu'une seule, non pas en méprisant l'autre (à Dieu ne plaise), mais parce qu'on croit que dans une seule on reçoit la vertu de toutes les deux , et qu'il n'y a dans toutes les deux qu'un même fonds de grâce : si c'est diviser le mystère, l'Eglise primitive le divisait donc quand elle communiait les malades, les petits enfants, et tous les fidèles généralement dans leurs maisons sous une seule espèce. Mais comme on ne peut avoir un tel sentiment de l'ancienne Eglise, on est forcé d'avouer, que pour diviser ce mystère , il faut croire et faire autre chose que ce que croient et font tous les catholiques.

VI. Suite : La messe du vendredi saint , et celle des présanctifés. — L'Eglise ancienne a si peu cru que ce fût diviser le mystère que de ne donner qu'une seule espèce, qu'elle a eu des jours solennels, où elle n'a distribué que le corps sacré de Notre Seigneur dans l'église, et à tous les assistants '. Tel était l'office du vendredi saint dans l'Eglise latine; et tel était l'office de l'Eglise grecque dans tous les jours du Carême, à la réserve du samedi et du dimanche.

Pour commencer par l'Eglise latine, nous voyons dans l'Ordre romain, dans Alcuin, ou dans l'ancien auteur, dont nous avons sous son nom l'explication de ce livre ^, dans Amalarius , dans l'abbé Rupert , dans Hugues de Saint-Victor, ce que nous pratiquons encore aujourd'hui, qu'on ne consacrait pas le vendredi saint , mais qu'on réservait pour la communion le corps de Notre Seigneur consacré le jour précédent, et que le vendredi saint on le prenait avec du vin non consacré. Il est marqué expressément, dans tous ces lieux, qu'on ne réservait que le corps, sans réserver le sang; dont la raison est, dit Hugues de Saint-Victor, « que sous chaque » espèce on prend le corps et le sang , et que l'es- » pèce du vin ne se peut pas réserver sûrement'. » On trouve cette dernière raison dans une des éditions d'Amalarius , qui ne vient pas moins de lui que les autres, cet auteur ayant souvent revu son livre , et plusieurs de ces révisions étant venues jusqu'à nous. La même chose est arrivée à Jonas , évoque d'Orléans, et à plusieurs autres auteurs; et sans nous arrêter à ces critiques , le fait constant est qu'Amalarius, après diverses raisons mystiques qu'il rapporte de cette coutume, à l'exemple des autres auteurs, conclut qu'on peut dire encore plus simplement qu'on ne réserve pas le vi7i consacré, parce qu'il s'altère plus facilement que le pain. Ce qui confirme en passant tout ce que nous avons fait voir de la communion des malades sous la seule espèce du pain, et montre bien que l'Eucharistie qu'on leur gardait constamment durant plusieurs

1. On peut rapporter à ceci ce qui est écrit par Fulbert, évêque de Chartres, Ep. 2. Et pareille coutume dans un ancien Pontifical de Reims, dont M. de Reims m'a envoyé l'extrait (Noie manuscrite de Bossuet).

2. Bib. PP., Par.T.dediv. Off. — Z.Hug. de S. Vicl.,efud. Theol., t. m , c. xx.

jours, selon l'esprit de l'Eglise, ne pouvait leur être gardée sous l'espèce du vin, puisqu'on y craint même l'altération qui pouvait y arriver d'un jour à un autre, c'est-à-dire, du jeudi au vendredi saint.

Je pourrais ici remarquer que l'Eglise n'évitait pas seulement la corruption des espèces, qui en changeait la nature, et la matière nécessaire au sacrement, mais encore tout changement qui les altérait tant soit peu, voulant par respect pour ce sacrement que tout y fût pur et propre, et qu'on ne souffrit pas le moindre dégoût, môme sensible, dans un mystère où il fallait goûter Jésus-Christ. Mais ces remarques peu nécessaires à notre sujet sont d'un autre lieu; et il nous suffit de voir ici qu'on ne réservait alors, comme on ne réserve encore aujourd'hui, que le corps sacré pour le service du vendredi saint.

Cependant il est certain , par tous les auteurs et par tous les lieux que nous venons de citer, que le célébrant, tout le clergé et tout le peuple communiait à ce saint jour, et ne communiait par conséquent que sous une espèce. Cette coutume paraît principalement dans l'Eglise gallicane, puisque la plupart de ces auteurs en sont, de sorte qu'elle doit trouver parmi nous une vénération particulière , mais ce serait s'abuser trop visiblement, que de dire qu'une coutume si bien établie au huitième siècle ne venait pas de plus haut. On n'en voit point l'origine; de sorte que si l'opinion qui croit la communion sacrilège sous une espèce avait lieu, il faudrait dire que l'ancienne Eglise aurait justement choisi le vendredi saint, et le jour de la mort de Notre Seigneur, pour profaner un mystère institué à sa mémoire. On communiait de la même sorte le samedi saint, puisque d'un côté il est certain, par tous les auteurs, que le vendredi et le samedi saints étaient jours de communion pour tout le peuple, et que de l'autre il n'est pas moins constant qu'on ne sacrifiait point durant ces deux jours : ce qui fait qu'encore aujourd'hui dans notre Missel il n'y a point de messe propre au samedi saint. Ainsi on communiait sous la seule espèce du pain réservé le jeudi saint; et s'il en faut croire nos réformés, on se préparait à la communion pascale par deux communions sacrilèges.

Les moines de Cluny, tout saints qu'ils étaient, ne faisaient pas mieux que les autres; et le livre de leurs Coutumes déjà cité une fois dans ce discours, montre qu'il y a six cents ans qu'ils ne communiaient en ce saint temps que sous une espèce'.

Ces choses font assez voir la coutume universelle de l'Eglise latine. Mais les Grecs passent encore plus avant : ils ne consacrent point aux jours de jeûne, atln de ne mêler pas à la tristesse du jeûne la joie et la célébrité du sacrifice. C'est ce qui fait que dans le Carême ils ne consacrent qu'au jour de dimanche et au jour de samedi , dans lesquels ils ne jeûnent pas. Ils offrent dans les autres jours le sacrement réservé de ces deux jours solennels, ce qu'ils appellent la messe imparfaite, ou la messe des présanctip,és , à cause que l'Eucharistie qu'on offre en ces jours , a été consacrée et sanctifiée dans les deux jours précédents, et dans la messe qu'ils nomment parfaite.

L'antiquité de cette observance ne peut être con-

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