c. Clun., lib. I, cap, y,\n,de Parasc, t. iv. Spicit
TH.MTK DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES
lestée, puisqu'elle paraît au sixième siècle dans le concile iti Trulio' : on en voit le fondement dés le quatrième au concile de Laodicée^, et il n'y a rien de plus célèbre parmi les Grecs que celte messe des présancliliôs.
Si l'on veut maintenant savoir ce qu'ils y offrent, il n'y a qu'à lire dans leurs Eucologes et dans la Bibliothèque des Pères les anciennes Liturgies des prèsancliliés' : on verra qu'ils ne réservent que le pain sacré. C'est le pain sacré qu'ils apportent de la sacristie, c'est le pain sacré qu'ils élèvent, qu'ils adorent et qu'ils encensent, c'est le pain sacré qu'ils mêlent, sans dire aucune prière, dans du vin et dans de l'eau non consacrés , et qu'ils distribuent enfin à tout le peuple. Ainsi dans tout le Carême , dans le plus saint temps de l'année , cinq jours de la semaine , ils ne communient que sous la seule espèce du pain.
On ne sait pourquoi quelques Latins ont voulu blâmer celle coutume des Grecs, que les Papes ni les conciles n'ont jamais reprise; et au contraire, l'Eglise latine l'ayant suivie le vendredi saint, il parait que cet ollice, avec la manière de communier qui s'y pratiquait, est consacré par la tradition des deux Eglises.
Ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est qu'encore qu'il soit si visible que les Grecs ne reçoivent en ces jours que le corps de Notre Seigneur, ils ne changent rien dans les formules ordinaires. Les dons sacrés sont toujours nommés au pluriel, et ils n'en parlent pas moins dans leurs prières du corps et du sang ; tant il est imprimé dans l'esprit des chrétiens, qu'on ne peut en recevoir l'un sans recevoir en même temps non-seulement la vertu , mais encore la substance de l'un et de l'autre.
Il est vrai que les Grecs modernes s'expliquent autrement, el ne paraissent pour la plupart guère favorables à la communion sous une espèce : mais c'est en quoi la force de la vérité parait plus grande, puisque, malgré qu'ils en aient, leurs propres coutumes, leurs propres liturgies, leurs propres traditions décident contre eux.
Mais quoi, dira-t-on , n'est-il pas vrai qu'ils mellent en forme de croix quelques gouttes du sang précieux dans les parcelles du corps sacré qu'ils réservent pour les jours suivants, et pour l'office des présanctifiés? Il est vrai qu'ils le font pour la plupart; mais il est vrai en même temps que celte coutume est nouvelle parmi eux, et qu'au fond, à la regarder tout entière, elle ne fait rien contre nous.
Elle ne fait rien contre nous; parce qu'outre que deux ou trois gouttes du vin consacré ne se peuvent pas conserver longtemps , les Grecs prennent soin aussitôt après qu'ils les ont mises sur le pain sacré, de le dessécher sur un réchaud, el de le réduire en poudre. Car c'est ainsi qu'ils le réservent, tant pour les malades que pour l'office des présancliliés : marque certaine que les auteurs de celte tradition n'ont pas eu en vue dans ce mélange la conmiunion sous les deux espèces, qu'ils eussent données autrement s'ils les avaient cru nécessaires; mais l'expression de quelque mystère, tel que pourrait être
1. Conc. Triill. 52, Lahb., lom. vi, co!. WiH el seq. — 2. Conc. Load., c. 49, 51; Ltihb., tom. i, col. 1500. — 3. Euch. Goar. Bibl. PP. Paris, tom. ii.
la résurrection de Notre Seigneur, que toutes les liturgiques grecques el latines ligurent par le mélange du corps et du sang dans le calice, parce que la mort de Notre Seigneur étant arrivée par l'effusion de son sang, ce mélange du corps et du sang est très-propre à représenter comment cet homme- Dieu reprit la vie.
J'aurais honte de raconter ici toutes les vaines subtililés des Grecs modernes, ni tous les faux raisonnements qu'ils font sur le vin, et sur ses parties plus grossières et plus substantielles, qui demeurent quand les corps solides, dans lesquels le vin peut être mêlé, sont desséchés : d'où ils concluent qu'il se fait un effet semblable dans les espèces du vin eucharistique; et ainsi que le sang de Notre Seigneur peut demeurer dans le pain sacré, même après qu'il a passé sur le réchaud, et qu'il est entièrement sec. Par ces beaux raisonnements, la lie et le tartre seraient encore du vin, et la matière légitime de l'Eucharistie. Faut-il raisonner ainsi des mystères de Jésus-Chrisl? C'est du vin, comme on l'appelle populairement, c'est-à-dire, du vin liquide el coulant, que Jésus-Christ a fait la matière de son sacrement. C'est une liqueur qu'il nous a donnée pour représenter à nos yeux son sang répandu; et la simplicité de l'Evangile ne souffre pas ce raffinement des nouveaux Grecs.
Aussi faut-il avouer qu'ils n'y sont venus que depuis très-peu , et même que la coutume de mettre ces gouttes de vin consacré, sur le pain de l'Eucharistie , n'est établie parmi eux que depuis leur schisme. Le patriarche Michel Cérularius, qu'on peut appeler le vrai auteur de ce schisme , écrit encore dans un livre qu'il a composé pour la défense de l'office des présanctifiés, « qu'il faut réser- » ver pour ce sacrifice les pains sacrés, qu'on croit » être, et qui sont en effet le corps vivifiant de » Notre Seigneur, sans répandre dessus aucune » goutte du précieux sang'. » Et on trouve sur les conciles des notes d'un célèbre canonis'te, qui était clerc de l'Eglise de Constantinople , où il est expressément marqué , que selon la doctrine du bienheureux Jean (patriarche de Constantinople) , il ne faut point répandre le sang précieux sur les présanctifiés qu'on veut réserver; el c'est, dit-il, la pratique de notre Eglise'^. Ainsi, quoi que puissent dire les Grecs modernes, leur tradition est expresse contre ce mélange; et selon leurs propres auteurs et leur propre tradition , il ne leur reste pas même un prétexte pour défendre la nécessité des deux espèces dans les mystères présanctifiés.
Car peut-on seulement entendre ce que dit le patriarche Michel dans l'ouvrage que nous venons de citer, que le vin, dans lequel on mêle le corps réservé, est changé au sang précieux par ce mélange, sans qu'on ait dit sur ce vin, comme il parait par les Eucologes, et par l'aveu même de Michel, aucune des oraisons mystiques et sanctifiantes, c'est-à-dire , sans qu'on ait dit les paroles de la consécration, quelles qu'elles soient, (car il ne s'agit pas ici d'en disputer :) dogme prodigieux et inou'i , qu'il se fasse un sacrement sans parole, contre l'autorité de l'Ecriture el la constante tradition de toutes
1. St/nodic. sru Pnnd. Guill. Bevereg. Oxon. 1672. .Vo«. in Can. 52. Conr. Trull., Lnbb., tom. vi, col. 1165 el seq.; Léo .\ll . Einsl. ud Nihus. — 2. Harmenop., Ep. Can., secl. u, lit. 6.
TRAITE DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES
les Eglises, que ni les Grecs ni personne n'a jamais révoquée en doute !
Autant donc qu'il faut révérer les anciennes traditions des Grecs qui leur viennent de leurs pères , et des temps où ils étaient unis avec nous , autant faut-il mépriser les erreurs où ils sont tombés dans la suite, affaiblis et aveuglés par le schisme. Je n'ai pas besoin de les rapporter, puisque même les protestants ne nient pas qu'elles ne soient grandes, et que je m'éloignerais trop de mon sujet ; mais je dirai seulement, pour faire justice aux Grecs modernes , qu'ils ne tiennent pas tous ce dogme grossier de Michel , et que ce n'est pas une opinion universelle parmi eux , que le vin soit changé au sang par ce mélange du corps, malgré l'Ecriture et la Tradition , qui lui assigne aussi bien qu'au corps sa bénédiction particulière par la parole.
Il faut encore moins croire que les Latins, qui viennent de nous exposer l'office du vendredi saint, puissent être tombés dans cette erreur, puisqu'ils s'expliquent formellement contre; et afin de ne rien omettre , il faut encore proposer en peu de mots leurs sentiments.
Il est donc vrai qu'on voit dans l'Ordre romain et dans cet office du vendredi saint , que le vin non consacré est sanctifié par le pain sanctifié qu'on y mêle. La même chose se trouve dans les livres de l'office divin d'Alcuin , et dans Amalarius'. ilais pour peu qu'on fasse de réQexion sur la doctrine qu'ils enseignent dans ces mêmes livres, on demeurera d'accord que cette sancliflcation du vin consacré par le mélange du corps de Notre Seigneur ne peut pas être la véritable consécration, par laquelle le vin est changé au sang; mais une sanctilication d'une autre nature et d'un ordre beaucoup inférieur : telle qu'est celle dont parle saint Bernard, lorsqu'il dit que le tin mêlé avec l'hostie consacrée, quoiqu'il ne soit pas consacré de cette consécration solennelle et particulière qui le change au sang de Jésus-Christ , ne laisse pas d'être sacré en touchant le sacré corps de Noire Seigneur^, mais d'une manière bien différente de celle qui se fait , selon le même saint, par les paroles tirées de l'Evangile.
Que ce soit de cette sorte de consécration imparfaite et inférieure dont parlent ici les auteurs que nous expliquons , c'est une vérité qui demeurera pour constante, si on trouve que ces mêmes auteurs et dans les mêmes endroits disent que la véritable consécration du sang de Notre Seigneur ne se peut faire que par la parole, et encore par la parole de Jésus-Christ même.
Alcuin y est exprès, lorsqu'expliquant le canon de la messe, comme nous l'avons encore aujourd'hui, quand il est venu à l'endroit où nous proférons les paroles sacramentelles , qui sont celles de Jésus- Christ même : Ceci est mon corps, ceci est mon sang , il dit que « c'est par ces paroles qu'on a con- » sacré au commencement le pain et le calice, qu'on » le consacre encore , et qu'on le consacrera éter- » nellement, parce que Jésus-Christ prononçant » encore par les prêtres ses propres paroles , fait » son saint corps et son sacré sang par une céleste » bénédiction^. » Et Amalarius, sur le même en-
1. Aie, de Div. Off..- Amal.. lib. i. de Div. Off; Bib. PP., de Div. O/r. — 2. Bern., Ep. Lxix, tom. i , col. 71. — 3. Aie, lib. de Die. Off., cap. de celeb. MijiS., ibid.
droit du canon', ne dit pas moins clairement que c'est en ce lieu et à la prononciation de ces paroles, que la nature du pain et du vin est changée en la nature du corps et du sang de Jésus-Christ^; ce qui montre combien lui et Alcuin sont éloignés de croire que le seul mélange fasse cet effet sans parole. Quand donc ils disent que le simple vin est sanctifié par le mélange du corps de Jésus-Christ, on voit assez qu'ils veulent dire que par l'attouchement du Saint des saints ce vin cesse d'être profane , et devient quelque chose de saint : mais qu'il devienne le sacrement de Jésus-Christ, et qu'il soit changé en son sang sans qu'on ait prononcé dessus les paroles de Jésus-Christ , c'est une erreur qui ne peut pas compatir avec leur doctrine.
Tous ceux qui ont écrit de l'office divin, et de celui de la messe, tiennent le même langage que ces deux auteurs.
Isaac, évèque de Langres , leur contemporain, dans l'explication du canon, et du lieu où l'on consacre, dit que le prêtre ayant fait jusque-là ce qu'il a pu , pour faire alors quelque chose de plus merveilleux , emprunte les paroles de Jésus -Christ même, c'est-à-dire, ces paroles. Ceci est mon corps : ' Paroles puissantes , dit-iP, auxquelles le Seigneur donne sa vertu, selon l'expression du Psalmiste; « paroles qui ont toujours leur effet, parce que le » Verbe, qui est la vertu de Dieu, dit et fait tout à i> la fois : de sorte qu'il se fait ici à ces paroles con- » tre toute raison humaine une nouvelle nourriture » pour le nouvel Homme , un nouveau Jésus né de » l'esprit, une hostie venue du ciel; » et le reste, qui ne fait rien à noire sujet, ceci n'étant que trop suffisant pour montrer que ce grand évèque a mis la consécration dans les paroles de Notre Seigneur.
Rémi, évèque d'Auxerre, dans le livre qu'il a composé de la messe , vers la fin du neuvième siècle , est visiblement dans le même sentiment qu'Alcuin, puisqu'il n'a fait que transcrire de mot à mot toute la partie de son livre où cette matière est traitée.
Hildebert", évèque du Mans, et depuis transféré à Tours, célèbre par sa piété autant que par son éloquence et par sa doctrine, et loué même par les protestants à cause des éloges qu'il a donnés à Bérenger; après qu'il fut revenu, ou qu'il eut fait semblant de revenir de ses erreurs, explique formellement que « le prêtre consacre , non par ses » paroles, mais par celles de Jésus-Christ; qu'alors » sous le signe de la croix et sous la parole, la na- » ture est changée; que le pain honore l'autel en » devenant corps, et le vin en devenant sang : ce » qui oblige le prêtre à élever alors le pain et le vin, u pour montrer qu'ils sont élevés par la consécra- » tion à quelque chose de plus haut que ce qu'ils » étaient^ »