‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 228 sur 631 · Amal., lib. m,2i. Ibid · texte numérisé non relu

Amal., lib. m,2i. Ibid

2. La première édition de ce Traité ajoute : < Et il avait dit au- )» paravant en particulier de la consécration du calice, qu'une » simple ligueur était changée par la bénédiction du prêtre , au » sacrement du sang de Notre Seigneur : ce qui montre, etc. » Sur quoi Bossuet , dans la Revue de quelques ouvrages , dont nous avons déjà parié , fait cette remarque sur le Traité de ta Communion : c Je remarquerai seulement sur cet ouvrage, qu'on » a 6té dans la seconde édition un passage qu'Amalarius , qui » avait été mal pris dans la première, quoique cela ne fit rien au » fond de la preuve. » (Edit, de Déforis.)

3. Isaac Lingon., Spicil., tom. i, p. 351. — 4. Hildeb. eod. Tr. Bibl. PP.

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TRAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

L'abbé Rupert dit la m6me chose', cl après lui Hugues de Sainl-Victors. On trouve tous ces livres ramassés dans la Bibliothèque des Pères, au tome qui porte le titre de Divinis Ofjiciis.

Celte tradition est si constante , surtout dans l'Eglise latine, qu'on ne peut pas s'imaginer que le contraire se put trouver dans l'Ordre romain, ni qu'Alcuinet Amalarius l'eussent pu penser, quand ils ne se seraient pas aussi clairement expliqués que nous avons vu. Mais cette tradition venait de plus haut. Tant d'auteurs français que j'ai cités avaient été précédés par un évoque de l'Eglise gallicane , qui avait dit, au cinquième siècle, que « les créatures posées sur les saints autels, et bé- » nies par les paroles célestes, cessaient d'être la » substance du pain et du vin , et devenaient le » corps et le sang de Noire Seigneur'; » et saint Ambroise avant lui, entendait, par ces paroles célestes, les propres paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang , ajoutant « que la » consécration, tant celle du corps que celle du » sang , se faisait par ces paroles de Notre Sei- » gneur* ; » et l'auteur du livre des Sacrements, soit que ce soit saint Ambroise, ou quelqu'un voisin de son temps qui le suit en tout, connu, quoi qu'il en soit, dans l'antiquité, parle de môme^; et tous les Pères du même temps tiennent un langage conforme; et avant eux tous saint Irénée avait enseigné, « que le pain ordinaire est fait Eucharistie par » l'invocation de Dieu qu'il reçoit sur lui^; » et saint Justin, qu'il cite souvent, avait dit, devant lui, que l'Eucharistie se faisait « par la prière de » la parole qui vient de Jésus-Christ, » et que c'était par cette parole, « que les aliments ordinaires, » qui ont accoutumé en se changeant de nourrir » notre chair et notre sang, étaient le corps et le » sang de ce Jésus incarné pour nous ' : » et avant tous les Pères , l'apôtre saint Paul avait clairement marqué la bénédiction particulière du calice , lorsqu'il avait dit, le calice de bénédiction que nous bénissons*. Et pour aller à la source, Jésus-Christ consacre le vin en disant : Ceci est mon sang , comme il avait consacré le pain en disant : Ceci est mon corps ; de sorte qu'il ne peut tomber dans l'esprit d'un homme sensé qu'on ait jamais pu croire dans l'Eglise que le vin fût consacré sans parole par le seul mélange du sang, d'où il s'ensuit que c'était avec le pain seul que nos pères communiaient le vendredi saint.

VIL Les sentiments et la pratique des derniers siècles , fondés sur les sentiments et la pratique de l'Eglise ancienne. — Tant de pratiques constantes de l'ancienne Eglise , tant de circonstances différentes, où il parait qu'en particulier et en public, et toujours avec une approbation universelle et selon la loi établie, elle a donné la communion sous une espèce , tant de siècles avant le concile de Constance, et depuis l'origine du christianisme jusqu'au temps de ce concile, démontrent invinciblement qu'il n'a fait que suivre la tradition de tous les siècles , quand il a décidé que la communion

1. Rup., d,: Div. O/f., lih. II, c. IX , et lih. v, c. xx. — 2 Hug. 'le S. Vict. erud. Th'-ol., l. m , r. xx. — 3. Euseh. GalUc, sive Euch., t. VI. Max. Bihi. PP. Hom., v. de Pasch. — 4. Amb., de Inil. seu de Myst., c. ix, n. 54; Com. ii, col. 339 et seq. — 5. Amb., lih.iv; Sacr ., c.\ , n. ii; tom. n , col. 31\. — 6. Iren. conira hier., tib. i\\ cap. xviii, n. 4. — 7. J«s(., Ap. 2. Ed Ben., Ap. I, n. 66, j). 83. — S. /. Cor., x. 1«.

était bonne et sulTisante sous une espèce aussi bien que sous les deux, et qu'en quelque façon qu'on la reçût, ni on ne contrariait à l'institution de Jésus- Christ, ni on ne se privait du fruit de ce sacrement.

Dans les choses de cette nature, l'Eglise a toujours cru qu'elle pouvait changer ses lois suivant les temps et les occurrences; et c'est pourquoi après avoir laissé la communion sous une ou sous deux espèces indilTérentes; après avoir obligé aux deux espèces pour des raisons particulières, elle a réduit pour d'autres raisons les fidèles à une seule, prèle à rendre les deux quand l'utilité de l'Eglise le demandera, comme il parait par les décrets du concile de Trente*.

Ce concile, après avoir décidé que la communion sous les deux espèces n'est pas nécessaire, se propose de traiter deux points : le premier, s'il est à propos d'accorder la coupe à quelque nation; et le second, à quelles conditions on la pourrait accorder.

Il y avait un exemple de celle concession dans le concile de Bàle, où la coupe fui accordée aux Bohémiens, à condition de reconnaître que Jésus-Christ était reçu tout entier sous chacune des deux espèces, et que la réception de l'une et de l'autre n'était pas nécessaire.

On douta donc longtemps à Trente, s'il ne fallait point accorder la même chose à l'Allemagne et à la France qui le demandaient , dans l'espérance de réduire plus facilement par ce moyen les luthériens et les calvinistes. Enfin, le concile jugea à propos, pour d'importantes raisons, de remettre la chose au pape , afin qu'il fil, selon sa prudence, « ce qui serait le plus utile à la chrétienté, et le 1) plus convenable au salut de ceux qui feraient » celle demande^. »

En conséquence de ce décret , et en suivant l'exemple de Paul III son successeur. Pie IV, à la prière de l'empereur Ferdinand, el de quelques princes d'Allemagne, par ses brefs du premier septembre 1563, envoya une permission à quelques évéques de rendre la coupe à l'Allemagne', aux conditions marquées dans ces brefs, conformes à celles de Bàle , s'ils le trouvaient utile au salut des âmes. La chose fut exécutée à Vienne , en Au- Iriche, et en quelques autres endroits. Mais on reconnut bientôt que les esprits étaient encore trop échauffés pour profiler de ce remède. Les ministres luthériens ne cherchaient qu'une occasion de crier aux oreilles du peuple que l'Eglise reconnaissait elle-même qu'elle s'était trompée, lorsqu'elle avait cru que la substance du sacrement se recevait tout entière sous une seule espèce : chose manifestement contraire à la déclaration qu'elle exigeait; mais la passion fait tout entreprendre el tout croire à des esprits prévenus. Ainsi on ne continua pas de se servir de la concession que le pape avait faite avec prudence, et qui peut-êlre en un autre temps, et dans de meilleures dispositions, eût eu un meilleur elTet.

L'Eglise, qui doit en tout tenir la balance droite, ne doit ni faire paraître comme indifférent ce qui est essentiel, ni aussi comme essentiel ce qui ne

1. Sess. XXI, post Canon. — 2. Sess. xxii. in fine. — 3. Palai'ic, Hist. Conc. Trident., lib. xi. 8, n. 11. xxiv ; Bona,lib. IV. rer. lit., c. xviii ; Calixt., Disp. cont. Comm. suh unâ , etc., p. 75.

TRAITE DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

l'est pas, et ne doit changer sa discipline que pour une évidente utilité de tous ses enfants; et c'est de cette prudente dispensation que sont venus tous les changements que nous avons remarqués dans l'administration d'une seule ou de deux espèces.

SECONDE PARTIE

Les principes sur lesquels sont appuyés les sentiments et la pratique de l'Eglise : que les prétendus réformés se servent de ces principes aussi bien que nous.

Telle a été la pratique de l'Eglise. Les principes sur lesquels elle s'est fondée , ne sont pas moins assurés que la pratique a été constante.

Afin qu'il ne reste en cette matière aucune difficulté , je ne rapporterai aucun principe que les prétendus réfermés puissent contester.

L Premier principe : Il n'y a rien d'indispensable dans les sacrements , que ce qui est de leur substance. — Le premier principe que je pose est que, dans l'administration des sacrements, nous sommes obligés de faire , non tout ce que Jésus-Christ a fait, mais seulement tout ce qui appartient à la substance.

Ce principe est incontestable. Les prétendus réformés ni ne plongent les enfants dans l'eau du baptême, comme Jésus-Christ fut plongé dans le Jourdain, quand saint Jean le baptisa; ni ne donnent la cène à table et dans un souper, comme le fit Jésus-Christ ; ni ne regardent comme nécessaires beaucoup d'autres choses qu'il a observées.

Mais il importe surtout de considérer la cérémonie du baptême, qui peut servir de fondement à beaucoup de choses en cette matière.

Baptiser signifie plonger, et tout le monde en est d'accord.

Cette cérémonie à été tirée des purifications des Juifs; et comme la plus parfaite purification consistait à se plonger tout à fait dans l'eau , Jésus- Christ , qui était venu pour sanctifier et pour accomplir les anciennes cérémonies , a voulu choisir celle-ci comme la plus significative et la plus simple, pour exprimer la rémission des péchés et la régénération du nouvel homme.

Le baptême de saint Jean-Baptiste, qui servait de préparatif à celui de Jésus-Christ, a été fait en plongeant.

La prodigieuse multitude des peuples qui accouraient à ce baptême, fit choisir à saint Jean-Baptiste les environs du Jourdain' , et parmi les environs du Jourdain la contrée d'Amion auprès de Salim, parce qu'il y avait là des eaux abondantes'^, et une grande facilité de plonger les hommes qui venaient se consacrera la pénitence par cette sainte cérémonie.

Quand Jésus-Christ vint à saint Jean pour élever le baptême à un effet plus merveilleux en le recevant , l'Ecriture dit qu'il sortit et s'élem des eaux du Jourdain ' , pour marquer qu'il y avait été plongé tout entier.

1. Mail., m. 5,6; Luc, m. 3. — 2. Joan., m. 23. — 3. Matth., m. 16; Marc, 1. 10.

Il ne paraît point dans les Actes des Apôtres, que les trois mille et les cinq mille hommes qui furent convertis aux premières prédications de saint Pierre' , aient été baptisés d'une autre manière ; et le grand nombre de ces convertis n'est pas une ])reuve qu'on les ait baptisés par aspersion, comme quelques-uns l'ont conjecturé. Car outre que rien n'oblige à dire qu'on les ait baptisés en même jour, il est certain que saint Jean-Baptiste qui n'en baptisait pas moins, puisque toute la Judée accourait à lui, ne laissa pas de baptiser en plongeant; et son exemple nous a fait voir que pour baptiser un grand nombre d'hommes, on savait choisir les lieux où il y avait beaucoup d'eau ; joint encore que les bains et les purifications des anciens , principalement celles des Juifs , rendaient cette cérémonie facile et familière en ce temps.

Enfin, nous ne lisons point dans l'Ecriture qu'on ait baptisé autrement , et nous pouvons faire voir par les actes des conciles , el par les anciens Rituels, que treize cents ans durant on a baptisé de cette sorte dans toute l'Eglise , autant qu'il a été possible.

Le mot même dont on se sert dans les Rituels pour exprimer l'action des parrains et des marraines, en disant qu'ils lèvent l'enfant des fonts baptismaux, fait assez voir qu'on l'y plongeait.

Quoique ces vérités soient incontestables, ni nous, ni les prétendus réformés n'écoutons les anabaptistes qui tiennent la mersion essentielle et indispensable; et nous n'avons pas craint les uns et les autres de changer ce plongement, pour ainsi parler, du corps entier, en une simple aspersion ou infusion sur une partie de notre corps.

On ne peut rendre d'autre raison de ce changement, sinon que ce plongement n'est pas de la substance du baptême; et les prétendus réformés en étant d'accord , le premier principe que nous avons posé est incontestable.

IL Deuxième principe. Pour connaître la substance d'un sacrement , il en faut regarder l'effet essentiel. — Le second principe est que pour distinguer dans un sacrement ce qui appartient ou n'appartient pas à la substance , il faut regarder l'effet essentiel du sacrement.

Ainsi , quoique les paroles de Jésus-Christ, Baptisez , comme il a déjà été dit , signifient Plongez , on a cru que l'effet du sacrement n'était pas attaché à la quantité de l'eau : si bien que le baptême par infusion et aspersion ou par mersion , paraissant avoir au fond le même effet, l'une et l'autre façon est jugée valable.

Or, comme nous avons dit, on ne saurait trouver dans l'Eucharistie aucun effet essentiel du corps distingué de celui du sang; ainsi la grâce de l'un et de l'autre au fond et dans la substance ne peut être que la même.

Il ne sert de rien de dire que la représentation de la mort de Notre Seigneur est plus expresse dans les deux espèces; je le veux : aussi la représentation de la renaissance du fidèle est-elle plus expresse dans la mersion, que dans la simple infusion ou aspersion. Car le fidèle plongé dans l'eau du baptême est enseveli avec Jésus-Christ , selon l'expression de l'Apôtre^; et le fidèle sortant des eaux, sort du tombeau avec son Sauveur, et représente plus

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