I. /. Cor., XI 25, 26. — 2. 1. Cor., xi
frait à Dieu en la consacrant avant que de la donner au peuple : ce qui fait que la table de Notre Seigneur, ainsi appelée par saint Paul, dans l'Epitre aux Corinthiens', est appelée Autel par le même apôtre, dans l'Epitre aux Hébreux'. Il ne s'agit pas ici d'étalilirni d'expliquer ce sacrifice, dont on peut voir la nature dans le Traité de l'Exposition^ ; et je dirai seulement, parce que notre sujet le demande, que Jésus-Christ a fait consister ce sacrifice de l'Eucharistie dans la plus parfaite expression qu'on put jamais imaginer du sacrifice de la croix. C'est pourquoi il a dit séparément : Ceci est mon corps, et Ceci est mon sang , renouvelant mystiquement par ces paroles, comme par un glaive spirituel, avec toutes les plaies qu'il a reçues dans son corps, la totale efl'usion de son sang; et encore que ce corps et ce sang, une seule fois séparés, dussent être éternellement réunis dans sa résurrection pour faire un homme parfait et parfaitement vivant, il a voulu néanmoins que cette séparation, faite une fois à la croix , ne cessât jamais de paraître dans le mystère de la sainte table. C'est dans cette mystique séparation qu'il a voulu faire consister l'essence du sacrifice de l'Eucharistie, pour en faire l'image parfaite du sacrifice de la croix; afin que comme ce dernier sacrifice consiste dans l'actuelle séparation du corps et du sang, celui-ci, qui en est l'image parfaite , consistât aussi dans cette séparation représentative et mystique. Mais encore que Jésus-Christ ail séparé son corps et son sang ou réellement sur la croix, ou mystiquement sur les autels, il n'en peut pas séparer la vertu, ni faire qu'une autre grâce accompagne son sang répandu que la même au fond et en substance qui accompagne son corps immolé : ce qui fait que cette expression si vive et si forte , nécessaire pour le sacrifice , ne l'est plus dans la réception de l'Eucharistie , étant autant impossible de séparer dans l'application l'effet du sang de celui du corps, qu'il est aisé et naturel de représenter aux yeux du fidèle la séparation actuelle de l'un et de l'autre. C'est pourquoi dans l'antiquité nous avons vu en tant de rencontres le corps donné sans le sang, et le sang donné sans le corps, mais jamais l'un consacré sans l'autre. Nos pères ont été persuadés qu'on ôterait aux fidèles quelque chose de trop précieux , si on ne consacrait pas les deux espèces , où Jésus-Christ a fait consister avec cette parfaite représentation de sa mort l'essence du sacrifice de l'Eucharistie; mais qu'on ne leur ôlail rien d'essentiel, ne leur en donnant qu'une seule , puisqu'une seule contient la vertu du tout, et que l'esprit une fois frappé de la mort de Notre Seigneur, dans la consécration des deux espèces, ne prend plus rien de l'autel où on les a consacrées, qui ne conserve cette figure de mort et le caractère de victime : de sorte que soit que l'on mange, soit que l'on boive, soit qu'on fasse l'un et l'autre ensemble, on s'applique toujours la môme mort, et on reçoit toujours en substance la même grâce.
Et il ne faut point tant appuyer sur le manger et le boire , puisque manger et boire spirituellement , c'est visiblement la môme chose, et que l'un et l'autre c'est croire. Soit donc qu'on mange ou qu'on boive selon le corps , l'on boit et mange tout ensem-