‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 232 sur 631 · De Cor. mil., c · texte numérisé non relu

De Cor. mil., c

semble que l'ayant mise au milieu , il leur ait ordonné d'en prendre l'un après l'autre. Le synode de Privas des prétendus réformés , rapporté sur l'art. IX du chap. XII de leur Discipline, dit que Notre Seigneur a permis que les apôtres distribuassent le pain et la coupe l'un à l'autre, et de main en main; mais quoique Jésus-Christ l'ait fait ainsi, la pratique constante a interprété que le pain et le vin consacrés fussent présentés aux fidèles par les ministres de l'Eglise.

Conformément à l'exemple de Notre Seigneur et des apôtres, quelques-uns des prétendus réformés voulaient que les communiants se donnassent la coupe les uns aux autres, et il est certain que cette cérémonie était un signe solennel d'union. Mais les synodes des prétendus réformés n'ont pas jugé nécessaire de suivre en ceci ce qu'ils reconnaissaient avoir été pratiqué par Jésus-Christ et par les apôtres dans l'institution de la cène, et ils attribuent au contraire aux seuls pasteurs la distribution de la coupe, aussi bien que celle du pain'.

Toute l'antiquité accorde aux diacres la distribution de la coupe-, quoique Jésus-Christ ni les apôtres n'aient rien ordonné de semblable qui paraisse dans l'Ecriture : personne ne s'y est jamais opposé, et les prétendus réformés approuvent cette pratique dans quelques-uns de leurs synodes rapportés avec les observations sur l'article ix du chapitre de la Cène^.

Ils ont depuis changé cet usage*, et ont attribué aux seuls pasteurs la distribution de l'Eucharistie, même celle de la coupe, à l'exclusion des diacres, et même des anciens, quoiqu'ils semblent représenter parmi eux le second ordre des ministres de l'Eglise, c'est-à-dire, celui des prêtres, qui constamment ont toujours olTert et distribué, non-seulement le sacré calice, mais encore l'Eucharistie tout entière.

Nos prétendus réformés n'en sont pas venus d'abord à cette décision. Leurs premiers synodes disaient que les ministres seuls administreraient la coupe en tant que faire se pourrrait' . Cette restriction a subsisté sous vingt-deux synodes consécutifs, tous nationaux, et jusqu'à celui d'Alais, qui se tint de nos jours en 1G20. Là on ordonna que ces mots, en tant que faire se pourrait, seraient rayés, et l'administration de la coupe fut réservée aux seuls ministres. Jusque-là les anciens, et même les diacres, avaient, dans le besoin, administré l'Eucharistie, et principalement la coupe. L'Eglise de Genève, formée par Calvin, était dans cette pratique, et ce ne fut qu'en l'an 1623, qu'elle résolut de se conformer au sentiment de ceux de France". Celte affaire ne passa pas sans contradiction dans les provinces. La raison du synode d'Alais, selon qu'il est remarqué dans la Discipline, c'est qu'il n'appartenait qu'aux pasteurs légitimement établis de distribuer ce sacrement'' : maxime qui regarde visiblement la doctrine, et qui, par conséquent, selon les principes de la nouvelle Réforme, doit se trouver exprimée dans l'Ecriture; d'où il s'ensuit que tous les synodes , et les Eglises prétendues réformées , jus-

1. Syn. de Privas. Discip., ch. xii, art. ix; Syn. de Saint- Maixent, Discip.. ch. xii, Observât, après l'art, xiv. — 2. Conc. Carlh. IV, c. xxxviii, etc.; Lab., tom. il, roi. 1203. — ."î. Discip., c. xil, Observations Sïir l'art. i\. — 4. Idem. — .5. Ibid., Observât., p. 181 et seq. — S. Ibid., p. ISfi. — 7. Ihid.

TliAlTK l>K LA COMMUNION SOUS LKS DEUX ESPECES.

qu'au synode d'Alais, auraient grossièrement erre contre l'institution de Jésus-Clirist. Ou si l'on nous répond que ces paroles n'élaienl pas bien claires, ■ comme ces variations semblent le faire assez voir; il en faudra venir à dire avec nous , que, pour entendre ces paroles, on est obligé d'avoir recours à l'interprétation de l'Eglise, et à la Tradition qui nous y soumet.

Etre ensemble à la môme table est un signe de société et de communion, ((ue Jésus-Christ a voulu faire paraître dans l'institution de son sacrement; car il était à table avec ses apôtres. Quelques Eglises prétendues réformées, pour imiter cet exemple, et faire tout ce qu'avait l'ait Notre Seigneur, faisaient ranger les communiants à tablées. Le synode de Saint-Maixent, rapporté dans le même endroit, rejette cette observance'.

Qu'y avait-il apparemment de plus opposé à ce qui a été fait dans l'institution, que la coutume d'emporter la communion, et de la recevoir en particulier? Nous avons vu néanmoins que les siècles des martyrs la pratiquaient de la sorte, pour ne rien dire ici des âges suivants.

Il ne parait rien dans l'Ecriture de la réserve qu'il faudrait faire de l'Eucharistie, pour la donner aux malades : cependant nous la voyons pratiquée dès l'origine du christianisme.

Ceux qui mêlaient les deux espèces, et les prenaient toutes deux ensemble , paraissaient autant s'éloigner des termes et du dessein de l'institution , que ceux qui n'en prenaient que d'une seule. Ces deux articles ont eu leur approbation dans l'Eglise; et la pratique du mélange, qui déplairait le moins aux prétendus réformés, est celle qui se trouve le plus souvent défendue.

Elle est défendue au septième siècle, dans le quatrième concile de Brague-. Elle est défendue dans le siècle onzième, au concile de Clermont, où le pape Urbain II était en personne, avec environ deux cents évoques, et par le pape Pascal IL Le concile de Clermont réserve les cas de nécessité et de précaution^. Le pape Pascal réserve la communion des enfants et des malades. Cette communion que l'Occident ne permettait qu'avec ces réserves, s'y est enfin établie durant quelque temps; et môme elle est devenue depuis six à sept cents ans la communion ordinaire de tout l'Orient, sans qu'on ait regardé ce changement comme une matière de schisme.

La partie la plus importante dans tous les sacrements, c'est la parole qui donne efficace à l'action. Jésus-Christ n'en a prescrit aucune expressément pour l'Eucharistie dans son Evangile, ni les apôtres dans leurs Epîtres*. Jésus-Christ a seulement insinué, en disant : Faites ceci, qu'il faut répéter ses propres paroles , par lesquelles le pain et le vin sont changés. Mais ce qui nous a déterminés invinciblement à ce sens, c'est la Tradition : la Tradition a aussi réglé les prières qu'on devait joindre aux paroles de Jésus-Christ ; et c'est pour cela que saint Basile, dans le livre du Saint-Esprit^, met parmi les traditions non écrites, les paroles d'inrocations dont on se sert quand on consacre, ou, pour traduire

1. Discip., c. XII. Observât, après l'art, xiv, p. 189. —2. Conc, Bric.iv.lom. M.Concch. ii. Lab., tom. vi, c. Il , p'ig. 561, 56i et seq. — 3. Conc. Ctarom., r. xxviii. Lab., t. x, p. 508. — 4 Ep. \\\u. — 5. riiisil., de Sp. S. 27. Rd. Bm.. tnm m, n. 65, p. 55.

de mot à mol , quand on montre l'Eucharistie,

Par l'article vni du chapitre XII de la Discipline I des prétendus réformés, il est libre aux pasteurs d'user des iiarolcs accoutumées dans la distribution de la cène. L'article est des synodes de Sainte-Foi et deFigeac, en 1578 et 1579. Et en effet, il parait dans le synode de Privas tenu en 16 12', que tians l'Eglise de Genève les diacres ne parlent point , et non pas même les ministres dans la distribution : de sorte que le sacrement, selon la doctrine de nos réformés , n'étant que dans l'usage , il s'ensuit qu'ils reconnaissent un sacrement qui subsiste sans la parole. Au même synode de Privas, il est défendu aux diacres qui donnent la coupe , de dire aucune parole, parce que Jésus-Christ parla seuP; et l'Eglise de Metz est exhortée à se conformer en cela à l'exemple de Jésus-Christ, sans toutefois rieri violenter.

L'exemple de Jésus-Christ ne fait donc pas une loi selon ce synode; et selon les autres synodes, il est libre de séparer de la célébration de ce sacrement la parole, qui est l'àme des sacrements, comme l'exemple du baptême le peut faire voir, pour ne pas ici alléguer le consentement de toute la chrétienté et de tous les siècles.

On voit, par ces décisions, que ce que Jésus- Christ a fait ne parait pas une loi aux prétendus réformés. Il faut faire la distinction de ce qui est essentiel d'avec ce qui ne l'est pas. Jésus-Christ ne l'a pas faite lui-môme, et il a dit généralement : Faites ceci. C'est donc à l'Eglise à la faire , et sa pratique constante doit être une loi inviolable.

Mais enfin , pour attaquer nos adversaires dans leur fort, puisqu'ils le mettent pour la plupart dans ces paroles. Faites ceci : voyons quand Jésus-Christ les a dites.

Il ne les a dites qu'après avoir dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps; car c'est alors que saint Luc seul lui fait ajouter : Faites ceci en mémoire de moi^ ; cet évangéliste ne rapportant pas qu'il en ait dit autant après le calice.

Il est vrai que saint Paul raconte, qu'après la consécration du calice, Jésus-Christ dit : Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous boirez*. Mais après tout, ce discours de Notre Seigneur, à le prendre dans la rigueur et dans la précision des termes , emporte seulement un ordre conditionnel , de faire ceci en mémoire de Jésus-Christ toutes les fois qu'on le fera, et non pas un ordre absolu de le faire : ce que je pourrais prouver par les interprètes protestants , si la chose n'était pas trop claire pour avoir besoin de preuve.

Ainsi le mot, Faites ceci , ne se trouverait appliqué absolument qu'à ces paroles : Prenez, mangez, et les protestants perdraient leur cause.

Que s'ils disent , comme font quelques-uns des leurs , que ces paroles attribuées à la réception du corps : Faites ceci en mémoire de moi, ont la môme force que celles-ci qui sont dites après le calice : Toutes les fois que vous boirez faites-le en mémoire de moi, l'un et l'autre ordonnant bien àe. faire en mémoire, et non pas de faire absolument : leur cause n'en sera que plus mauvaise, puisqu'ainsi il ne restera dans tout l'Evangile aucun précepte ab-

1. Disrip. etc. Observ. sur l'art, ix, pag. 185. — 2. Idem. — - 3. Lue., XXII. IH. — 4. /. Cor., xi. 25.

TRAITÉ DE LA GOMMUxNION SOUS LES DEUX ESPÈCES.

solu de prendre aucune des espèces, loin qu'il y en ail un de prendre les deux.

Il ne leur sert de rien de répondre , que l'inslitution de Jésus-Christ leur suffil, puisque la question revient toujours de savoir ce qui appartient à l'essence de l'institution, Jésus-Christ ne l'ayant pas distingué, et tous les exemples précédents démontrant invinciblement qu'il n'y a que la Tradition dont on puisse l'apprendre.

S'ils ajoutent , qu'en tout cas on ne se peut tromper en faisant ce qui est écrit, et ce que Jésus- Christ a fait; c'est avec une raison apparente laisser la difficulté tout entière , puisque d'un côté ils ont vu tant de choses qu'il fallait observer, quoiqu'elles ne soient point réglées dans l'Ecriture; et que d'autre part ils en voient aussi un si grand nombre qui sont écrites, et que Jésus-Christ a faites, qu'on n'observe point , même parmi eux , sans qu'on trouve rien dans l'Ecriture qui puisse nous assurer qu'elles soient moins importantes que les autres.

Ainsi, sans le secours de la Tradition, on ne saurait comment consacrer, comment donner, comment recevoir, ni, en un mol, comment célébrer le sacrement de l'Eucharistie , non plus que celui du baptême; ei celle discussion nous peut aidera entendre avec combien de raison saint Basile a dit, qu'en rejetant la Tradition non écrite, on attaque l'Evangile même , et on en réduit la prédication à de simples mots', dont on ne comprend point parfaitement le sens.

En efTet, toutes les réponses, et tous les raisonnements des ministres, visiblement ne produisent que de nouveaux embarras; et le seul moyen d'en sortir, c'est de rechercher, comme nous faisons, l'essence de l'institution de Notre Seigneur, et l'intelligence certaine de son commandement dans la tradition et la pratique de l'Eglise.

Si donc elle a toujours cru que la grâce de l'Eucharistie n'était pas attachée aux deux espèces; si elle a cru que la communion sous une ou sous deux espèces était salutaire; si les prétendus réformés ont suivi ce sentiment en un certain cas que l'Evangile ne marquait point, c'est-à-dire, à l'égard de ceux qui ne boivent pas de vin : quelle difficulté trouvera-t-on dans une chose réglée par des principes si certains , et par une pratique si constante?

Aussi voyons-nous que la communion sous une espèce s'est établie sans bruit, sans contradiction et sans plainte , de même que s'est établi le baptême par simple infusion, et tant d'autres coutumes innocentes.

VII. La communion sous une espèce s'est ét.vblie SANS contradiction. — La crainte qu'on eut de répandre le sang de Notre Seigneur, au milieu d'une multitude qui s'approchait de la communion avec beaucoup de confusion, fut cause que les fidèles, persuadés de tout temps qu'une seule espèce sufTisait, se réduisirent insensiblement à n'en prendre en etïet qu'une seule.

On avait tant de peine à ne point répandre ce sang précieux dans les églises où il y avait peu de minisires, et dans les églises nombreuses, les précautions qu'il fallait apporter en le distribuant rendaient le service si long, surtout dans les grandes solennités, et dans les grandes assemblées, que

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