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•RAITE DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES
par où il parait, qu'où il n'a pas insisté sur celleci , ou qu'on n'en a pas fait grand bruit.
Calixte convient avec yEneas Silvius , auteur voisin de ces temps, qui a écrit cette histoire , que le premier qui remua celle question, fut un nommé Pierre Dresde, maître d'école de Prague'. Il se servait contre nous de l'autorité du passage de saint Jean ; Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme , et ne butez son sang , vous n'aurez point la vie en vous. Ce passage persuada Jacobel de Misnie, qui révolta contre l'Eglise toute la Bohême vers la lin du quatorzième siècle. Il fut suivi de Jean Hus, au commencement du quinzième, et la querelle qu'on nous fait sur les deux espèces n'a pas une plus haute origine.
Encore faut-il remarquer que Jean Hus n'osa pas dire d'abord, que la communion sous les deux espèces fut nécessaire : Il lui suffisait qu'on lui avouât qu'il était permis et expédient de la donner ; mais il n'en déterminait pas la nécessité : tant il était établi, qu'en effet il n'y en avait aucune.
Quand on change des coutumes essentielles , l'esprit de la Tradition, toujours vivant dans l'Eglise ne manque jamais d'exciter de la résistance. Les ministres, avec tous leurs grands raisonnements, ont peine encore à accoutumer leurs peuples à voir mourir leurs enfants sans baptême, et malgré l'opinion qu'ils leur ont mise dans l'esprit, que le baptême n'est pas nécessaire k salut, ils ne peuvent empêcher le trouble que leur cause un si funeste événement, ni presque retenir les pères qui veulent absolument qu'on baptise leurs enfants dans cette nécessité, suivant l'ancienne coutume. Je l'ai vu par expérience , et on le peut avoir remarqué dans ce que j'ai rapporté de leurs synodes : tant il est vrai que la coutume qu'une tradition immémoriale et universelle a imprimée dans les esprits, comme nécessaire, a une force invincible; et loin qu'on puisse éteindre un tel sentiment dans toute l'Eglise , on a peine même à l'éteindre parmi ceux qui le contredisent de propos délibéré. Si donc la communion d'une seule espèce a passé sans contradiction et sans bruit, c'est, comme nous avons dit, que tous les chrétiens, dès l'origine du christianisme, étaient nourris dans cette foi; que la même vertu était répandue dans chacune des deux espèces, et qu'on ne perdait rien de substantiel lorsqu'on n'en prenait qu'une seule.
Il n'a fallu faire aucun effort pour faire entrer les fidèles dans ce sentiment. La communion des enfants, la communion des malades, la communion domestique, la coutume de communier sous une ou sous deux espèces indifféremment dans l'Eglise même et dans les saintes assemblées, et enfin les autres choses que nous avons vues, avaient naturellement inspiré ce sentiment à tous les fidèles dès les premiers temps de l'Eglise.
Ainsi , quand Jean de Pekam , archevêque de Canlorbéry, au treizième siècle, fit enseigner à son peuple avec tant de soin, que sous la seule espèce qu'on leur distribuait , ils recevaient Jésus-Christ toul entier'^ , la chose passa sans peine, et personne ne le contredit.
El ce serait chicaner, de dire que ce grand soin
I. iV. 24, 25. — 2. Conc. LamU-lh., c. i, tom. xi. Conc, col.
fait voir qu'on y trouvait de la répugnance , puis- <iue nous avons déjà vu que Guillaume, évêque de Ghàlons, et Hugues de Saint-Victor, pour ne point à présent remonter plus haut, avaient constamment enseigné , plus de cent ans avant lui, la même doctrine, sans que personne y eût rien trouvé de nouveau ni d'cirangc, tant elle entre naturellement dans les esprits. Nous voyons , en tout temps et en tous lieux, la charité pastorale soigneuse de prévenir jusques aux moindres pensées que l'ignorance pouvait faire tomber dans l'esprit des peuples. Et enfin , c'est un fait constant , qu'il n'y a eu ni plainte , ni contradiction sur cet article durant plusieurs siècles.
J'avance même, sans crainte, qu'aucun de ceux qui ont cru la réalité n'a jamais révoqué en doute de bonne foi celle intégrité, pour ainsi parler, de la personne de Jésus-Christ sous chaque espèce, puisque ce serait donner un corps mort, que de donner un corps sans sang et sans âme , chose qui fait horreur à penser.
De là vient qu'en croyant la réalité, on est porté à croire la pleine suffisance de la communion sous une espèce. Nous voyons aussi que Luther était tombé naturellement dans cette pensée; et longtemps après qu'il se fut ouvertement révolté contre l'Eglise, il est certain qu'il tenait encore la chose pour indifférente , ou du moins pour peu importante , censurant grièvement Carloslad, qui avait, contre son avis, établi la communion sous les deux espèces, et qui semblait , disait-il, mettre toute la Réforme dans ces choses de néant '.
Il dit môme ces insolentes paroles dans le Traité qu'il publia en 1523, sur la formule de la messe : « Si un concile ordonnait ou permettait les deux » espèces, en dépit du concile, nous n'en pren- » drions qu'une , ou ne prendrions ni l'une ni » l'autre , et maudirions ceux qui prendraient les » deux en vertu de celle ordonnance : » paroles qui font assez voir que lorsque lui et les siens se sont depuis tant opiniâtres aux deux espèces, c'est plutôt par esprit de contradiction , que par un sérieux raisonnement.
En effet, il approuva la même année les lieux communs de Mélanchton, où il range parmi les choses indifférentes la communion sous une ou sous deux espèces. En 1528, dans la visite de la Saxe^, il laisse positivement la liberté de n'en prendre qu'une seule, et persiste encore dans ce sentiment en 1533, quinze ans après qu'il se fut érigé en réformateur.
Tout le parti luthérien suppose qu'on ne perd rien d'essentiel ni de nécessaire au salut, quand on manque de communier sous les deux espèces, puisque dans l'Apologie de la Confession d'Augsbourg, pièce aussi authentique dans ce parti , que la Confession d'Augsbourg elle-même, et également souscrite par tous ceux qui l'ont embrassée, il esl expressément porté , « que l'Eglise est digne d'ex- » cuse, de n'avoir reçu qu'une seule espèce, ne » pouvant avoir les deux : mais qu'il n'en est pas » de môme des auteurs de cette injustice. » Quelle idée de l'Eglise, qu'on nous représente forcée avant Luther à ne recevoir que la moitié d'un sacrement
1. Ep. Luth, ad Gap. Gutlol., lom. ii. Ep. 56 — 2. Visit. Sax. tom., VI. len.
TRAITE DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES
par la faute de ses pasteurs ! comme si les pasteurs n'étaient pas eux-mêmes , par l'institution de Jésus- Christ , une partie de l'Eglise. Mais enfin il parait par là, de l'aveu des luthériens, que ce que perdit l'Eglise, selon eux, n'était pas essentiel, puisqu'il ne peut jamais être excusable ni tolérable de recevoir les sacrements de qui que ce soit contre l'essence de leur institution, et que la droite administration des sacrements n'est pas moins essentielle à l'Eglise, que la pure prédication de la parole.
Calixte, qui nous rapporte avec soin tous ces passages', excuse Luther, et les premiers auteurs de la .réformation, sur ce que l'ayant entreprise (voici un aveu mémorable , et un digne commencement de la Réforme), sur ce que, dit Calixte, ses premiers auteurs l'ayant entreprise plutôt par la violence d'autrui, que de leur propre volonté, c'est-à-dire, plutôt par esprit de contradiction, que par un amour sincère de la vérité , ils ne purent pas au commencement découvrir la nécessité du précepte de communier sous les deux espèces, ni rejeter la coutume. Voilà ce que dit Calixte, et il ne voit pas combien il détruit lui-même l'évidence qu'il attribue à ce précepte, en le faisant voir ignoré par les premiers hommes de la nouvelle Réforme, et par ceux qu'on y croit choisis de Dieu pour cet ouvrage. N'auraient-ils pas aperçu une chose que Calixte trouve si claire? ou Calixte n'en a-t-il pas trop dit, quand il nous donne pour si clair ce qui n'est point aperçu par de tels docteurs?
Mais pour ne plus parler d'eux, Calixte lui-même, ce Calixte qui a tant écrit contre la communion sous une espèce , à la fin du môme Traité où il l'a tant combattue', bien éloigné de nous en parler comme [ d'une chose où il s'agisse du salut , déclare qu'il n'exclut pas du nombre des vrais fidèles nos ancêtres , qui ont communié sous une espèce il y a plus de cent cinquante ans, et, ce qui est bien plus remarquable , ceux qui y communient encore aujourd'hui, ne pouvant mieux faire^ ; et conclut en général que tout ce qu'on pense, ou ce qu'on pratique sur ce sacrement, ne peut être un obstacle au salut, ni une matière légitime de division , à cause que la réception de ce sacrement n'est pas d'une obligation essentielle. Que ce principe de Calixte soit vrai, et que sa conséquence en soit bien tirée, ce n'est pas de quoi il s'agit. C'est assez que cet ardent défenseur des deux espèces soit obligé à la fin de convenir, qu'on se peut sauver dans une Eglise où on n'en reçoit qu'une seule : par où il est obligé à reconnaître , ou qu'on peut faire son salut hors de la vraie Eglise, ce qu'assurément il ne dira pas; ou, ce qu'il dira aussi peu , que la vraie Eglise peut demeurer telle en manquant d'un sacrement; ou, ce qui est plus naturel, et ce qu'en effet nous disons, que la communion des deux espèces n'est pas essentielle à celui de l'Eucharistie.
Voilà à quoi aboutissent ces grandes disputes contre la communion sous une espèce; et après avoir épuisé toute sa subtilité, on en vient enfin par tous ces efforts à reconnaître tacitement ce qu'on a tâché de combattre par des traités si étudiés.
Vin. Réfutation de l'histoire du retranchement DE LA coupe , faite pah M. JuRiEu. — Daus le der-