‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 236 sur 631 · Examen de VEuch., 6» Traité, 5' Sect. - 3 Jdem, p. ^6S · texte numérisé non relu

Examen de VEuch., 6» Traité, 5' Sect. - 3 Jdem, p. ^6S

• 2. Examen, p. 47S.

THAITÉ DE LA COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES

Mais ce qui ne se peut souffrir, c'est qu'on avance que (iiiranl plus de mille ans on n'ait jamais donné la roninuHiion que suus les doux espèces, et encore que ce soil une chose « de noloriélc publique, une » ciiose qui n'a pas Ijcsoin de preuve, une chose » qui n'est point contestée. »

Il faudrait rcspcclcr la foi publique , et ne pas abuser de ces grands mots. M. Jurieu sait bien en sa conscience que nous conleslons tout ce qu'il dit ici : les seuls litres des articles de la première partie de ce discours font assez voir combien il y a d'occasions où nous soutenons qu'on donnait la communion sous une espèce : je ne suis pas le premier à le dire, à Dieu ne plaise, et je ne fais qu'expliquer ce qu'ont dit devant moi tous les catholiques.

Mais y a-t-il rien de moins sincère, que de n'apporter ici d'exception à la communion ordinaire, que la communion des malades , et encore do n'y trouver de la différence, qu'en ce qu'on y mêlait les deux espèces? Puisque M. Jurieu voulait rapporter ce qui n'est pas contesté par les catholiques, il devait parler autrement. Il sait bien que nous soutenons que la communion des malades consistait, non à leur donner les deux espèces mêlées, mais à leur donner ordinairement la seule espèce du pain. Il sait bien ce que disent nos auteurs sur la communion de Sérapion , sur celle de saint Ambroise, sur les autres que j'ai marquées; et qu'en un mot nous disons que la manière ordinaire de communier les malades était de les communier sous une espèce. C'en est déjà trop, d'oser nier un fait si bien établi : mais de pousser la hardiesse jusqu'à dire que le contraire n'est pas contesté, je ne sais comment M. Jurieu a pu s'y résoudre.

Mais que veut-il dire, lorsqu'il assure comme une chose que nous ne contestons pas, que « jamais, » durant l'espace de plus de mille ans, oan'a donné » la communion que sous les deux espèces, excepté » dans la communion des malades, où on les don- » nait toutes deux mêlées ensemble? » Quelle exception est celle-ci : On a toujours donné les deux espèces , excepté quand on les a données mêlées ensemble? M. Jurieu a voulu mieux dire qu'il n'a dit; en assurant, comme il fait, que durant plus de mille ans on n'a jamais donné la communion que sous les deux espèces, il a bien senti qu'il fallait du moins excepter la communion des malades. Il le voulait faire naturellement, mais en même temps il a vu que par cette seule exception il perdait le fruit d'une proposition si universelle; et que d'ailleurs, il n'y avait aucune apparence que l'ancienne Eglise ait envoyé les mourants au jugement de Jésus-Christ, après une communion faite contre son commandement. Ainsi il n'a osé dire ce qui lui était d'abord venu dans l'esprit, et il est tombé dans un embarras visible.

Enfin, pourquoi ne parle-t-il que de la communion des malades? D'où vient qu'il n'a rien dit dans ce récit de la communion des petits enfants, et do la communion domestique, qu'il sait bien que nous alléguons toutes deux, comme faites sous une seule espèce? Pourquoi dissimule-t-il ce que nos auteurs ont soutenu, ce que j'ai prouvé après eux par les décrets de saint Léon et de saint Gélase, qu'il était libre de communier sous une ou sous deux espèces, je dis à l'Eglise même, et au sacriticc public? M.

Jurieu a-t-il ignoré ces choses, pour ne rien dire du reste? A-t-il ignoré l'office du vendredi saint, et la communion qu'on y faisait sous une seule espèce? Un homme aussi instruit n'a-t-il pas su ce qu'en ont écrit Amalarius et les autres auteurs du huitième et neuvième siècle, que nous avons rapportés? Savoir ces choses, et poser comme un fait non contesté, que, durant plus de mille ans, jamais on n'a donné la communion que sous les deux, espèces : n'est-ce pas trahir manifestement la vérité et sa propre conscience?

Les autres auteurs de sa communion qui ont écrit contre nous, agissent de meilleure foi. Calixte, M. du Bourdieu, et les autres, tâchent de répondre à ces objections que nous leur faisons. M. Jurieu prend une autre voie, et se contente de dire hardiment, (I que durant plus de mille ans, on n'a ja- » mais entrepris de faire communier les fidèles » autrement que sous les deux espèces, et que la » chose n'est pas contestée. » C'estl e plus court, et c'est le plus sûr, pour tromper les simples; mais il faut croire que ceux qui aimeront leur salut ouvri ront les yeux, et ne souffriront pas qu'on leur impose davantage.

Il ne reste à M. Jurieu qu'un seul refuge : c'est de dire que ces communions, qu'on faisait si souvent dans l'ancienne Eglise sous une espèce, n'étaient pas le sacrement de Jésus-Christ, non plus que la communion qu'on donne dans ses églises avec le pain seul à ceux qui ne boivent pas de vin. En répondant de cette sorte, il répondra selon ses principes, je l'avoue : mais je soutiens, après tout cela, qu'il n'oserait se servir de cette réponse, ni imputer à l'ancienne Eglise cette monstrueuse pratique, où l'on donne un sacrement qui n'en est pas un, et une chose humaine dans la communion.

En tout cas, il fallait toujours, dans une histoire telle qu'il l'avait promise, rapporter des faits si con sidérables. Il n'en dit pas un mot dans son récit: je ne m'en étonne pas; il n'aurait pu parler de tant de faits importants, sans montrer qu'il y avait du moins sur ce point une grande contestation entre eux et nous; et il lui plaisait de dire que c'est une chose qui n'a pas besoin de preuve , et qui n'est pas contestée.

Il est vrai que hors le lieu du récit, et en répondant aux objections, il dit un mot de la communion qu'on faisait à la maison. Il se sauve en répondant', « qu'il n'est pas certain que ceux qui emportaient » ainsi l'Eucharistie avec eux, n'emportassent pas » aussi le vin, et que ce dernier est beaucoup plus » apparent. » Il n'est pas certain ; ce dernier est beaucoup plus apparent. Un homme si affirmatif se délie bien de sa cause, quand il parle ainsi; mais du moins, puisqu'il doute, il ne doit pas dire que « c'est un fait sans contestation , qu'on n'a jamais » entrepris durant plus de mille ans de communier » les fidèles autrement que sous les deux espèces.» Voilà, dès les premiers siècles de l'Eglise, une infinité de communions que lui-môme n'a pas osé assurer avoir été faites sous les deux espèces. C'était un abus, dit-il. N'importe, il fallait rapporter le fait, la question de l'abus viendrait après, et on verrait s'il faut condamner tant de martyrs, et tant d'autres

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